Dernière modification 3 heures ago by Chrétien en ce temps
« L’homme a plus besoin de pardon que de pain », disait le jésuite François Varillon dans son livre L’Humilité de Dieu. Le pardon donné, le pardon reçu sont des choses difficiles car ils touchent au cœur de ce que nous sommes, de ce qui peut être blessé en nous. Pourtant, ce pardon est au cœur de notre vie chrétienne. Dans l’Évangile de ce 24e dimanche ordinaire, nous voyons Pierre demander un « tarif », « une quotité du pardon » qui paraît raisonnable. Mais, Jésus veut aller plus loin, comme pour faire comprendre qu’il n’y a pas de limite au pardon. Lui-même a pardonné à ses bourreaux sur la croix.
De la conversion au pardon
Ainsi, nous devons être plus prompts à pardonner qu’à condamner. Cela nécessite que nous ayons un cœur généreux, disponible pour accepter que l’autre me blesse, sans lui en vouloir. Le pardon ne signifie pas effacer l’offense, mais passer au-delà.
Pardon et réparation
Aussi, le pardon ne suffit pas à lui-même, il doit entraîner une « réparation », un désir de conversion de celui qui a fait du tort. C’est en cela que cet acte peut porter du fruit. Pardonner c’est permettre à l’autre de grandir, de comprendre l’importance de la conversion. C’est une action éducative qui peut être lassante, fatigante avec cette impression de vider la mer à la petite cuillère. Mais, pour le chrétien, pardonner c’est s’appuyer sur le pardon de Dieu. Pour cela nous pouvons nous rapprocher du cœur miséricordieux du Christ. Avec lui, nous serons capables d’essayer d’aimer nos ennemis, de supporter ceux qui nous persécutent.
Apprendre à pardonner
C’est un exercice spirituel que d’apprendre à pardonner à la suite du Christ. C’est chercher ce qui peut me rapprocher davantage de la condition de disciple, compagnon de Jésus. Aussi, si cela nous coûte de pardonner, c’est bien parce que nous sommes blessés, atteints dans notre amour propre, dans notre orgueil. Il y a peut-être là à chercher la raison de la blessure. Pour autant, il ne faut pas rester sur la blessure et rechercher un baume cicatrisant. Cela peut être dans la vie spirituelle et/ou dans la vie temporelle ; toutefois il faut chercher tout ce qui peut aider à cheminer dans un chemin de pardon mutuel.
Oser pardonner
Regardons l’Évangile de ce 24e dimanche et le comportement du serviteur du roi. Il s’est vu remettre sa dette parce que le roi fut pris de compassion à son égard. Pourquoi alors ne s’est-il pas comporté de la même manière avec son débiteur ? L’Évangile ne le dit pas, mais nous pouvons facilement comprendre que c’est cette question que nous pose le Seigneur. Il nous invite, par conséquent, à nous comporter comme lui.
Vivre de la miséricorde de Dieu
Nous sommes invités à entrer nous aussi dans cet élan de miséricorde qui est le propre du cœur de Jésus. N’ayons pas à cœur le désir de vengeance, tâchons de rejoindre, par la prière et la sollicitude fraternelle, les sentiments mêmes de Dieu. Il est notre unique nécessaire, celui duquel nous recevons la vie, l’espérance et l’être. Désirer avoir un cœur pacifié et pacificateur est une démarche de foi mais c’est surtout un bon chemin pour le vivre ensemble. Notre monde connaît trop de guerre, de rancœur, d’occasion de nuire pour des questions principalement d’orgueil et de quête malsaine du pouvoir.
Vers une vie en abondance
Cherchons ce qui nous conduit davantage du côté de la vie et d’une vie en abondance comme nous le promet le Seigneur. Si nous désirons vivre du côté du Christ, marcher à sa suite et chercher à lui ressembler davantage, rapprochons-nous de la manière de procéder du Christ. Il a eu des paroles parfois vigoureuses mais toujours constructives. Le Seigneur est bien là pour nous conduire, pour nous apprendre les choses du Père à l’image d’un maître avec son élève, comme nous le rappelle Ignace de Loyola dans son récit (n° 27).
Vers une plus grande disponibilité intérieure
C’est donc bien une disponibilité intérieure que nous sommes appelés à acquérir si nous voulons nous laisser rejoindre par la miséricorde de Dieu. Si nous n’arrivons pas à faire de la place dans nos vies, dans nos cœurs, il nous sera difficile de discerner les appels de Dieu pour vivre de sa vie. Si nous voulons vivre de la force d’amour de Dieu, si nous avons le désir de le choisir pour maître et pour ami, il faut sans cesse renaître à l’espérance. Sans elle, nous ne pouvons pas avancer. Nous risquons alors de céder aux « sirènes » de l’ennemi de la nature humaine qui nous fait toujours baisser les bras et penser que les autres sont meilleurs que nous.
Comparaison est poison
Souvenons-nous que toute comparaison est un poison si elle nous fait considérer l’autre comme « meilleur que nous ». Chacun et chacune d’entre nous cheminons, comme nous le pouvons, sur le chemin de la foi, malgré fatigue et contradiction. La seule conviction qui doit nous habiter est que Dieu nous aime follement, passionnément, intensément. Il désire que nous puissions le servir pour construire son Royaume et sa justice. N’attendons pas la perfection.
Suivre le Christ de plus près
Dieu veut que nous prenions sa suite, que nous marchions derrière lui pour rencontrer nos contemporains aux carrefours du monde. Prendre ce chemin est risqué car nous nous exposons toujours dans la rencontre. Mais, c’est le chemin que le Seigneur a choisi de prendre lors de l’incarnation.
Dieu avec nous
Souvenons-nous qu’il demeure avec nous sur nos chemins de vie. Sa miséricorde nous aide à avancer pour que nous puissions le reconnaître dans nos frères et sœurs en humanité. Ainsi, nous pourrons mieux servir, pardonner et aimer davantage. Laissons-nous rejoindre par cette tendresse de Dieu, elle nous conduit vers une connaissance de Dieu « intimement présent en nous, plus encore que nous ne le sommes en nous-mêmes », pour reprendre une expression d’Augustin d’Hippone.
Compagnons de Jésus
N’oublions pas de mettre Dieu au cœur de ce que nous sommes, de le prier, de l’invoquer dans nos activités pour qu’il nous aide à vivre l’audace évangélique. Puissions-nous aussi vivre dans une dynamique de pardon, de réconciliation et de guérison individuelle mais aussi communautaire.
Notre monde a besoin de disciple de réconciliation, de prophète d’espérance annonçant au monde dans et par toute leur vie la miséricorde de Dieu. Peut-être alors que Dieu aura la première place dans notre monde et que l’humanité choisira, et nous avec, de bâtir la paix dans le pardon.

