Dernière modification 15 heures ago by Chrétien en ce temps
« Frères, n’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel » nous dit Paul dans la seconde lecture de ce 23e dimanche ordinaire. Cette dette de l’amour mutuel est bien difficile à rembourser. Non seulement il nous est difficile d’aimer, et encore plus à la manière du Christ, mais nous ne savons pas comment nous sommes aimés. En fait, l’amour est toujours un mystère, une chose insaisissable, que nous n’avons jamais fini ni de comprendre, ni d’appréhender. C’est peut-être pour cela que les trois personnes divines ont choisi d’envoyer le Fils pour nous montrer, par l’exemple, ce que signifie « aimer ». Il s’agit de se consumer pour les autres, de leur faire une place pour les aider à grandir, à croître dans la connaissance de Dieu.
Capable d’amour ?
C’est cette dynamique qui devrait nous habiter au long des jours et des nuits. La question que nous devrions nous poser à la fin de chaque journée est : « Ai-je été capable d’aimer aujourd’hui ? » Cela pourrait guider notre relecture de vie et orienter nos demandes de grâce pour le lendemain.
Apprendre à s’aimer
Il semble difficile de s’aimer, justement. Car la tentation est grande de s’admirer par coquetterie ou prétention. S’aimer c’est d’abord réjouir de l’œuvre que nous sommes. Certes, nous le savons bien, nous ne sommes pas parfaits. Le chemin de la conversion pour y parvenir est encore long. Toutefois, nous nous efforçons chaque jour davantage, sous le regard du Christ, d’y parvenir. Pour cela, nous pouvons compter sur les autres, nos compagnons et compagnes de route. Avec eux, nous cheminons sur le chemin de la vie pour croître chaque jour davantage.
Supporter le compagnonnage
C’est un devoir pour nous d’être attentifs au chemin des autres, de leur exprimer de la sollicitude. Nous entendons cet impératif dans la première lecture par le prophète Ézéchiel. Ce qui est plus important que la conversion de l’autre, c’est notre capacité à devenir son prochain. Il ne s’agit pas de déborder d’affection pour l’autre. Pour autant, c’est une invitation réciproque à être vigilant, attentif à ce que son pied ne heurte pas une pierre et le fasse chuter. Parfois, poussés par des sentiments de vengeance, de colère, nous aimerions que l’autre chute. Nous allons parfois même jusqu’à le souhaiter et nous en réjouir. Mais nous savons, au creux de notre cœur, que ce sentiment, qui nous soulage un instant, n’est ni humain ni chrétien.
Veiller les uns sur les autres
Notre mission est bien de veiller sur les autres, d’être attentifs pour nous entraider au bien, plutôt que de céder aux inclinations du mal qui sommeille sournoisement en nous. Le Seigneur nous veut en vie pour que nous vivions et annoncions au monde sa bonne nouvelle.
Vivre en harmonie
Aussi, ne nous laissons pas entraîner par ce qui nuit à la croissance et aux relations humaines. Cherchons ce qui conduit davantage à vivre en harmonie, en pacificateur, en disciple de l’amour de Dieu. C’est en cela que nous pourrons contribuer à construire le Royaume de Dieu et sa justice en ce monde et en ce temps.
Nous et le péché
L’Évangile de ce 23e dimanche nous engage à aller encore plus loin que cette vigilance mutuelle. Nous sommes invités à reconnaître que nous sommes capables de blesser l’autre, de faire un péché contre lui, c’est-à-dire de manquer éminemment de charité et de sollicitude à son égard.
Apprendre à vivre ensemble et à aimer
Vivre ensemble n’est pas facile, et grande est la capacité de blesser l’autre — même et souvent — involontairement. Dans ce passage de l’Évangile de Matthieu, nous sommes invités à aller voir celui qui nous a fait du tort, pour comprendre l’attitude de l’autre et l’inviter à s’amender. Ce que nous relate Matthieu est une procédure par étapes pour entendre les explications et inviter l’autre à progresser. C’est un processus de conciliation qui s’opère avant toute sanction, tout jugement définitif.
La force du lien
En fait, ce qui importe, c’est la puissance du lien, de ce qui s’opère dans les relations humaines. Elles ne sont pas choses aisées, tant les quiproquos, les mauvaises compréhensions, les malentendus sont nombreux. Pourtant, Jésus nous invite à y porter attention, car là est le terrain dans lequel nous sommes invités à croître.
Présupposé favorable
Nous retrouvons aussi cette importance portée aux relations chez Ignace de Loyola, avec son présupposé favorable qui nous entraîne à ne pas nous précipiter à la condamnation. L’Évangile nous invite à entrer dans une meilleure compréhension de l’autre, à chercher en lui une raison d’espérer plutôt que de le haïr et de l’exclure de nos vies, de nos relations. Pour autant, nous ne sommes pas appelés à avoir le même niveau de proximité avec tout le monde. Jésus a choisi douze disciples sans pour autant avoir, à l’égard des autres, une attitude d’exclusion. Mais nous devons avoir une attitude d’accueil et d’ouverture a minima. Qui sait si les événements, la vie, les rencontres ne feront pas de notre « meilleur ennemi » une relation, et pourquoi pas un « ami » ?
Aimer et accueillir
Par amour du Christ et au nom de l’Évangile, tâchons d’être accueillants et bienveillants les uns avec les autres. Dans nos communautés, nos groupes divers d’appartenance, laissons l’Esprit de Dieu nous surprendre. Laissons de la place à la spontanéité de la relation sans jugement a priori. Pour autant, cela ne signifie pas tout accepter au nom de la charité fraternelle. Il s’agit plutôt d’accueillir, de recueillir l’autre et sa parole comme quelque chose qui m’est offert pour grandir.
Aimer, vivre et croître
C’est un exercice d’agilité que de vivre les uns avec les autres et de les recevoir comme des frères et sœurs en Christ. Mais souvenons-nous que cet amour qui nous amène à vivre et à faire croître n’est pas une chose abstraite, ni un règlement à respecter. C’est une manière concrète de nous laisser rejoindre par celui qui ne cesse pas de nous regarder avec bonté et de nous aimer comme un père tendre et miséricordieux. C’est de lui que vient l’Amour que nous sommes invités à répandre autour de nous, dans et par toute notre vie. Alors, ne perdons pas l’espérance de devenir des femmes et des hommes capables d’aimer davantage, de mieux entrer dans le projet de Dieu et, ainsi, de chercher à bâtir la paix. Prions donc l’Esprit, les uns pour les autres, afin que nous soyons entraînés davantage vers une abondante charité.

