Dernière modification 4 heures ago by Chrétien en ce temps
« Il n’est pas bon que nous délaissions la parole de Dieu, pour servir aux tables » entendons-nous dans la lecture des Actes des Apôtres de ce 5ᵉ dimanche de Pâques. Ainsi, dès les débuts du christianisme, la tension entre l’annonce de l’Évangile et les œuvres de charité était là. Nous connaissons cela, nous aussi.
Annonce de l’Évangile ou service des pauvres
Nous sommes parfois tiraillés entre la prière et les œuvres et ne savons pas trop comment incarner l’impératif d’une foi en action. Les apôtres semblent régler cette question en instituant les diacres. Ils sont mandatés, en leur nom, pour servir les veuves. Ainsi, le problème semble réglé et satisfaisant tout le monde — c’est ce que nous dit la suite de ce passage. Les apôtres annoncent l’Évangile, les diacres s’occupent des veuves. Un problème, une solution.
Que faire ?
Mais est-ce si simple ? Pouvons-nous nous satisfaire de cette théologie simplifiée du ministère diaconal dont semblent être tirées des théories managériales de notre temps ? Sans nul doute que non. Parce que l’annonce de l’Évangile et le soin des veuves, ce n’est pas qu’une question de ministère, de responsabilité, de délégation.
L’Unité dans l’annonce de l’Évangile
Il est essentiel de nous rappeler qu’il ne peut pas y avoir d’Eucharistie sans lavement des pieds, sans service. L’un est ordonné à l’autre. Ainsi, le service de l’annonce de l’Évangile et le soin des plus fragiles sont inextricablement unis. Lorsque l’Église prend soin des plus fragiles, c’est du Christ qu’elle prend soin : c’est l’Évangile en actes qu’elle annonce.
Une foi qui se dit en action
Aussi, nous ne pouvons pas nous contenter d’une foi qui se proclame mais qui n’agit pas. La foi, la passion pour le Christ et sa Bonne Nouvelle doit nous entraîner à nous compromettre avec nos frères et sœurs en humanité. Nous avons à épouser le même mouvement que celui du Christ à son Incarnation, qui est venu partager notre humanité. Notre foi ne nous met pas à part en nous faisant devenir des citoyens au balcon qui regardent la tragédie de l’humanité.
Nous sommes des glaiseux
Le Créateur fait de nous des glaiseux, des femmes et des hommes façonnés par l’Amour de Dieu pour l’annoncer, même au cœur des duretés de la vie, à nos frères et sœurs en humanité. Ainsi, nous sommes pleinement participants, acteurs — parfois victimes — de cette humanité partagée.
Appelés à annoncer les merveilles de Dieu
Mais, nous, chrétiens, nous avons une responsabilité dans ce monde et pour ce monde. Notre baptême nous fait rejoindre l’appel de Dieu à faire, en Lui, toutes choses nouvelles. C’est ce que Pierre nous dit à la fin de la seconde lecture de ce dimanche : nous sommes appelés à annoncer « les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. »
Annoncer l’Évangile « en sortie »
Nous sommes ainsi invités à sortir d’une foi personnelle, d’une relation intime avec Dieu, pour aller dehors et annoncer ce qu’il ne cesse de faire pour nous : nous aimer sans raison. C’est donc bien à une Église en sortie, une Église missionnaire, que Pierre nous invite à devenir ce dimanche. Nous pouvons y entendre comme un écho du pontificat de François.
Une Église fragile
Souvenons-nous aussi que cette proclamation de l’Église en sortie est assortie de l’hôpital de campagne (EG 49) : présente au cœur pour apporter la discrète charité de ceux qui font l’Église. Cette Église au cœur de nos fragilités, du mystère de notre humanité, est là pour révéler que Dieu, avec nous, veut prendre soin de nous. Ce n’est pas une Église triomphante qui proclame un dieu lointain, assoiffé de sacrifice et d’offrande d’or. C’est davantage des compagnons avec l’humble proximité de frères et sœurs qui s’abaissent pour relever celui ou celle que la vie fragilise.
Se laisser rejoindre par la vie de nos contemporains
Aussi, cela demande de se laisser mouvoir par l’autre, de laisser ses joies, ses peines, ses angoisses (GS 1) nous rejoindre pour les transformer en vivante offrande. Il ne s’agit pas de tout spiritualiser, mais de porter à Dieu, par la prière, la vie de nos frères et sœurs et de recevoir la force de devenir témoins, jalons de l’Amour de Dieu.
Nous ne sommes pas Dieu
Ceci dit, il ne nous revient pas de régler tous les problèmes du monde, tels des super-héros, mais de pouvoir révéler la tendresse de Dieu en agissant comme l’Esprit peut nous le suggérer.
Discerner avec lucidité
Ainsi, il nous revient d’apprendre à discerner, à agir avec prudence, dans les affaires de ce monde que nous rencontrons. Certes, nous sommes appelés à témoigner par nos vies, par nos actes et nos paroles, de la proximité de Dieu, mais nous ne sommes pas Lui. Il nous faut donc agir avec lucidité et humilité dans notre chemin d’humanité, sans pour autant refuser de tendre la main à ceux qui en ont besoin.
Annoncer l’Évangile au cœur du monde
Pour avancer dans cet équilibre, qui manifeste le souci d’annoncer Dieu dans et par toute notre vie, nous avons besoin de nous en remettre à l’Esprit. C’est Lui qui nous permet d’avancer sur les chemins qui conduisent à manifester la tendresse du Père, par le Fils, par nos vies, aux femmes et aux hommes de ce temps.
Une bienheureuse vigilance dans l’action
Soyons vigilants à faire tout ce qui nous est humainement possible pour faire croître la concorde, la paix et la solidarité là où nous sommes. Pour autant, n’oublions pas de laisser toute la place au Seigneur. Ne nous substituons pas à Lui ; nous n’en sommes pas capables, puisque nous ne sommes pas Lui ! Pour autant, demandons-lui de nous inspirer des paroles, des attitudes, des gestes de paix pour que l’espérance croisse en ce monde divisé et déchiré.
Se recevoir de Dieu
Même si c’est nous qui agissons, nous le faisons en nous recevant du Seigneur, de la force de son Esprit. C’est pour cela qu’il est indispensable, nécessaire de se laisser rejoindre par la Parole de Dieu qui jaillit au cœur du monde, au cœur du temps. Elle est ce commencement d’une fin de brise légère (1 R 19, 13), rafraîchissante comme le vent un soir d’une journée d’été trop chaude.
Agir avec un cœur grand ouvert à Dieu
Prenons le temps de goûter ces moments d’infinie tendresse, d’infinie douceur, qui nous révèlent où est le sens du service de Dieu et de nos frères et sœurs en humanité. Ainsi, nous pourrons « faire les petites choses de tous les jours avec un cœur grand ouvert à Dieu et aux autres », comme le disait le pape François.
Prions donc les uns pour les autres, les uns avec les autres, pour accueillir la grâce d’annoncer l’Évangile en ce monde et en ce temps par une foi qui se dit dans ce que nous accomplissons au nom du Seigneur.
