Aimer pour mieux servir

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Dernière modification 1 heure ago by Chrétien en ce temps

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et ton prochain comme toi-même », nous dit Jésus dans l’Évangile de ce 30e dimanche ordinaire. Ainsi, nous sommes toujours invités à vivre du 8e sacrement : celui du frère ou de la sœur. La proclamation de la foi chrétienne ne peut donc pas se faire sans prendre en considération l’autre. Il est l’image du Christ et, lui aussi, aimé par le Père. Nous sommes donc convoqués par Dieu à l’amour du prochain.

L’incarnation pour aimer

L’incarnation est la preuve ultime de cet amour du Père pour les hommes et les femmes de ce temps. Le Fils de Dieu a choisi de prendre notre corporéité pour mieux nous entraîner dans sa divinité. C’est l’humanité tout entière qui est entraînée dans le sillage de l’Amour de Dieu. Elle est invitée à prendre soin d’elle pour qu’elle devienne le reflet de la vie de Dieu.

Vivre de la vie de Dieu

Ainsi, si nous voulons vivre de cette vie, nous devons prendre soin de chaque homme, de chaque femme, sans aucune discrimination ni réserve. C’est ce que nous enseigne la première lecture de ce 30e dimanche. Elle est une invitation à être juste, à agir avec bienveillance envers le prochain. Il s’agit donc d’un amour, d’un intérêt qui dépasse les affects, les sympathies et autres sentiments d’attachement.

Trouver en l’autre, l’icône de l’amour

Jésus met sur le même plan l’amour de Dieu, l’amour du prochain et l’amour de soi. Il faut trouver le moyen de faire entrer en résonance ces amours pour qu’ils trouvent une unité, pour mieux servir le Seigneur et donc notre prochain. Il ne nous est pas demandé d’aimer pour le plaisir, comme nous nous mirerions devant la glace. Ce n’est pas au narcissisme que nous sommes appelés, mais à considérer l’autre comme celui qui me révèle l’amour de Dieu. Ainsi, comment avoir de la haine, du mépris pour son prochain et, en même temps, proclamer l’amour de Dieu dans la liturgie ? Cette question mérite que chacun et chacune d’entre nous se la pose.

Aimer comme Dieu nous aime

Nous sommes appelés à être image et ressemblance du Christ, mais le chemin pour y arriver est encore long, reconnaissons-le. En nous naissent et demeurent, parfois, des sentiments mêlés ; ils ne sont pas toujours en adéquation avec l’exigence de l’amour universel, du combat pour la justice que le Seigneur réclame de nous.

Discerner

Il nous faut donc faire preuve de discernement dans ce qui nous habite et ainsi « distinguer parmi les esprits qui nous hantent, le bien et le mal, un moindre bien, du plus grand bien, l’amour-propre de la grande gloire de Dieu » (P.-H. Kolvenbach). Aussi, cela nous appelle à marcher vers un souci de vérité intérieure qui nous conduira à l’urgente conversion permanente qu’il nous faut mener. Sinon, nous ne pourrons pas faire droit à cette exigence de l’amour mutuel, à cette fraternité, sororité que le Seigneur nous demande de bâtir, si nous ne faisons pas l’effort de choisir d’aimer.

La garde du cœur

C’est une résolution, un combat, que nous devons mener en conscience et en nous appuyant sur la grâce de Dieu. Nous ne pouvons pas faire l’économie de cet exercice si nous voulons trouver en vérité le juste chemin de Dieu dans le service du prochain. C’est autant un exercice, une bienheureuse vigilance, une garde que nous devons monter devant notre cœur qu’une grâce à recevoir.

Manifester au monde, les merveilles de Dieu

Car cet amour que nous sommes invités à manifester au monde et à nos frères et sœurs en humanité, c’est celui que Dieu nous a d’abord manifesté. N’oublions pas que c’est lui qui nous aime en premier. Aussi, cette force d’amour, ce don du Père que le Christ incarne, n’est pas une récompense pour une bonne conduite, mais une invitation à témoigner de ce dynamisme, de cette folie au monde.

L’alliance : une histoire sainte

Aimer le Seigneur, notre prochain et nous-mêmes, c’est accepter d’entrer dans l’histoire sainte de l’humanité, d’accueillir l’alliance que Dieu désire faire avec l’humanité. À partir de ce « oui », de notre consentement à œuvrer aux œuvres du Père, le chemin de la mission s’ouvre à notre cœur. Il n’est pas inutile de garder en mémoire que nous sommes créés par, dans et pour l’amour. C’est le sens profond de la mission que le Seigneur veut pour nous et le message qu’il nous revient de porter dans et par toute notre vie.

Faire rayonner l’amour de Dieu

C’est pourquoi Jésus nous demande de nous aimer. Ce n’est pas une question de narcissisme, d’autosatisfaction ni d’égocentrisme. Mais bien plutôt de s’accepter comme « le prodige, l’être étonnant que je suis », comme nous le lisons dans le psaume 138. N’oublions pas que nous sommes créés à l’image de Dieu pour faire rayonner son amour. Aussi, comment ne pas alors se réjouir de cette création et de cet appel à la sainteté, à la ressemblance divine que le Seigneur nous fait ?

Faire confiance à Dieu

Si nous entendons et écoutons ce désir de Dieu pour chacun et chacune d’entre nous, alors nous pourrons entrer dans une plus grande charité, un plus grand amour capable de dépasser et de déplacer des montagnes. Pour cela, il faut commencer par se faire confiance, car nous savons que l’Esprit du Seigneur, versé en nos cœurs, est à l’œuvre en ce monde et en ce temps. Aussi, cela doit nous entraîner à risquer nos vies pour les autres au nom de l’Évangile.

« Va vers mes frères »

Pour nous, fidèles du Christ, cette invitation à aller vers nos frères et sœurs n’est pas un altruisme généreux, humaniste. Elle est une convocation qui est une provocation pour vivre notre mission baptismale d’aller porter l’Évangile aux confins de la terre. Cette mission n’est pas du prosélytisme, mais un témoignage de vie, un cadeau que nous désirons offrir aux femmes et aux hommes de ce temps. Elle est ce bon vin des noces servi à Cana pour rassembler le monde dans la joie de Dieu. Si ce désir nous habite d’aimer davantage notre prochain comme nous-mêmes, nous sommes alors proches de faire advenir le Royaume de Dieu en ce monde, et sa justice.

La grâce nous devance

Si ce désir demeure en nous, si nous choisissons de le faire croître par la prière, la charité fraternelle et les sacrements, spécialement l’Eucharistie, alors nous pourrons contribuer à faire croître le Royaume de Dieu et sa justice. Mais n’en restons pas à notre volonté, à notre capacité. Souvenons-nous que, toujours, la grâce nous devance et que l’Esprit nous accompagne. Il nous soutient dans cette convocation qui est en même temps une provocation à vivre de la mission du Christ.

Alors, réjouissons-nous, soyons dans la louange, car Dieu nous appelle à vivre de sa vie pour que nous l’annoncions dans cet amour que nous avons pour nous, pour les autres et pour Dieu.

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