Les bagages du pèlerin

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Évangile du 15e dimanche ordinaire de l’année BAlors que beaucoup d’entre nous préparent les bagages pour prendre quelques jours de congés salutaires, nous entendons Jésus, dans l’Évangile de ce 15e dimanche ordinaire de l’année B nous dire de ne : «  rien prendre pour la route », sauf un bâton. Nous entendons volontiers cet appel au pèlerinage, à l’itinérance apostolique. Mais, tout de même, nous avons besoin de quelques bagages pour la route ! Certes, à l’époque où cet Évangile a été écrit, les conditions étaient plus rustres, mais bon… Sans forcément prendre au pied de la lettre ce passage de l’Écriture, nous avons, sans nul doute, à y entendre quelque chose, pour notre mission de disciple-missionnaire.

Une mission communautaire

Déjà, il nous faut saisir que cette mission n’est pas une histoire individuelle. Ce n’est pas « ma mission » que je garde jalousement. C’est la mission confiée par le Christ au groupe des disciples. Et, sans doute, parce qu’« il n’est pas bon que l’homme soit seul », ils sont envoyés « deux par deux ». Cela intensifie la dimension communautaire de la mission et invite à faire un effort de charité. Nous avons à trouver, entre nous, un chemin d’entente pour que la mission soit accomplie. Parfois, il y a des compagnies qui sont plus lourdes que des bagages… C’est là que nous avons à nous souvenir que ce que nous avons à apporter au monde, au nom du Christ, est plus important que nos sensibilités et nos affections. Même si elles rentrent bien évidemment en ligne de compte, ce qui importe, c’est d’accomplir la mission, d’être en communion, en cohésion les uns avec les autres.

La paix dans nos bagages

Ainsi, nous sommes invités à faire front commun pour annoncer le bien de la part du Seigneur. La mission commence donc par la réconciliation au sein même de la communauté qui la porte. Les Apôtres n’étaient pas toujours d’accord entre eux, il y a eu – comme dans tout groupe humain – des tensions, des désaccords. Les Actes des Apôtres nous le relatent d’ailleurs. Mais ils n’ont jamais perdu de vue l’objectif essentiel : « Annoncer au monde les merveilles de Dieu ». Cela consiste à demeurer là où ils sont bien reçus, dans ce lieu où la paix de Dieu peut reposer, car la bienveillance est de mise, où la Parole sera accueillie. Cette mention dans l’Évangile de Marc peut nous inviter à faire mémoire de tous ces lieux où nous pouvons venir tels que nous sommes. Ces endroits où la parole est libre et vraie et où nous pouvons – accessoirement – poser nos bagages. Dans le fait de demeurer dans un lieu de Paix, nous pouvons comprendre que l’accueil y est mutuel.

Un compagnonnage confiant

Annoncer l’Évangile ne doit pas être une contrainte, un esclavage, un poids que nous ajouterions aux bagages de la vie. C’est une manière d’être, qui doit amener dans nos cœurs la Paix. Celle qui nous vient de Dieu. Le fait que le Christ envoie les disciples « deux par deux » les invite au dialogue, au compagnonnage confiant. L’un peut ainsi aider l’autre dans ses doutes, difficultés, peines du moment, et réciproquement. Ainsi, ils dépasseront leur singularité pour communier l’un avec l’autre. Alors, peut-être que ceux qui les rencontreront pourront dire « Voyez comme ils s’aiment ». C’est ainsi que nous pourrons témoigner que l’Évangile est une aventure passionnante, même si elle demeure exigeante. Mais, l’exigence ne signifie pas que cela est impossible, inaccessible. Vivre l’Évangile en plein monde demande simplicité, humilité et convivialité. Il s’agit également de se laisser entraîner par le Christ, en laissant quelques bagages de nos vies sur place, dans une dynamique de réconciliation. C’est ainsi que nous pourrons répondre à notre vocation profonde, comme Paul nous l’annonce dans la deuxième lecture : « Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. ».

Un témoignage de qualité

Suivre le Christ ne demande donc ni armes, ni bagages, mais d’accepter de se laisser rejoindre par un désir plus ardent. Il nous invite à nous faire le « prochain du prochain ». Cela demande du temps, de la persévérance et aussi une bonne dose d’Esprit Saint.

C’est à la qualité de notre témoignage, à notre art de vivre, à notre manière d’être fraternel les uns avec les autres, que l’avenir du christianisme se joue.

Le Christ ne cesse de nous appeler à cette manière d’être. Il ne s’agit pas de faire semblant, de faire belle figure, mais de répondre à son appel insistant à aimer. Cela ressemble un peu à un rendez-vous en terre inconnue. Nous avons à nous laisser entraîner par le vent de l’Esprit pour devenir des prophètes d’espérance, à temps et à contretemps.

Vivre la chasteté

C’est une invitation à être vrai dans la relation. C’est, d’ailleurs, une manière de vivre correctement la chasteté. Ne pas posséder l’autre, voilà peut-être une autre manière d’entendre cet appel au départ en mission, qui nous est fait ce dimanche. Souvent nos bagages sont lourds de cette tentation et cela ne conduit ni à la paix, ni à la concorde. Si nous rencontrons de tels lieux dans notre parcours de vie, il faut suivre l’invitation de Marc à partir, à secouer la poussière de nos pieds et à plier bagages. Fatiguons-nous plutôt à l’annonce de la Bonne Nouvelle qu’à essayer de changer l’autre. Ceci n’est pas notre mission.

Prier pour aimer davantage

Pour autant nous pouvons le confier au Seigneur dans notre prière. Que la paix et la joie de nous savoir aimés de Dieu nous aident mutuellement dans notre travail de conversion. C’est à cela que nous devons nous atteler. C’est-à-dire comprendre chaque jour davantage la manière et les lieux où le Seigneur souhaite que nous annoncions sa Bonne Nouvelle. Ainsi, nous pourrons changer les choses ; les rendre plus justes, plus fraternelles. Mais pour que cela fonctionne, il faut changer notre cœur.

Cette invitation à sortir – que le Christ nous fait ce dimanche – peut nous permettre de cheminer vers cette conversion. Enfin, « Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel », comme nous y invite l’antienne de l’Évangile de ce dimanche.

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