Faire de la vie d’autrui un paradis

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Christian Bobin -  photo C. Hélie - Gallimard
Christian Bobin - photo C. Hélie - Gallimard

Christian Bobin est un écrivain français. Il est l’auteur de plusieurs livres dont les plus connus : Le Très Bas, La plus que Vive, Autoportrait du radiateur, la part manquante. Ces deux derniers livres sont Carnet du Soleil (Lettres Vives, 2011) et Un assassin blanc comme neige (Gallimard, 2011).
Christian Bobin cherche toujours à faire jaillir l’enthousiasme, la joie et le positif au fil de ses pages. Il m’a fait l’amitié de m’accorder – à titre professionnel – cet entretien.

Dans vos livres, vous nous faites percevoir qu’il ne faut jamais se résigner, que la lumière demeure même au cœur de l’obscurité. Comment en avoir la certitude ?

Il me semble que l’on peut atteindre, un jour où l’autre, le fond de cette vie et faire l’expérience qu’elle est bienveillante. Cette expérience ne s’explique pas et même si elle s’éloigne, elle ne s’efface pas tout à fait.
Si je ne devais garder qu’une seule phrase dans tous mes livres ce serait : « la certitude d’avoir été, au moins un jour, au moins une fois, aimé, c’est l’envol définitif du cœur dans la lumière ». Cette certitude m’a été donnée par une de mes amies proches, il y a trente ans. Cette amie est aujourd’hui morte. La joie qu’elle m’a donnée est toujours agissante.
Ce ne sont pas les grandes choses qui sont pertinentes. C’est la personne la plus immédiatement proche de nous qui peut nous ouvrir les portes du ciel.

Vous êtes très sensible au « salut », au fait qu’il est toujours possible d’ouvrir un avenir. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Le salut est un terme merveilleux et délicat. Il faut le prendre comme l’on prend un napperon en dentelle : du bout des doigts. Il faut le laver de toute relation de puissance. Il est toujours possible de se placer dans une situation de domination, de mettre la main sur l’autre sous prétexte de le sauver. Mais je crois fondamentalement que chacun de nous à plus à être sauvé qu’à sauver.
Ce qui compte toujours c’est le lien d’une personne à une autre. Un lien réel qui n’a rien à faire avec les écrans – qui portent d’ailleurs bien leur nom. Ce qui compte c’est la présence réelle qui me fait découvrir qu’il me manque quelque chose.
Le sens de cette vie c’est d’essayer d’aider quelqu’un ; faire de la vie d’autrui un paradis avant la grande traversée des flammes. C’est quelque chose qui nous arrache aux ténèbres du temps. Aider quelqu’un c’est comprendre que l’on est fait de la même substance que lui.

La figure de Dieu est très présente dans vos livres. Quel visage a-t-il pour vous ?

Le visage de celui qui me parle, à l’instant où il me parle. Dieu. C’est l’étincelle d’un rapport humain soucieux de vérité. La Vérité n’est pas toujours agréable à entendre ; le Christ n’était pas toujours tendre.
La rencontre réelle entre deux personnes. C’est le nom intime du divin. Cette rencontre est, parfois, difficile. Pour que le nom de Dieu résonne il est nécessaire que la rencontre soit tournée du côté du plus fragile. Une phrase de Jean Grosjean m’habite souvent en ce domaine : « Le regard des malades, des prisonniers, des bandits sur nous, c’est le regard de Dieu ».  La vie est faite de beaucoup de choses que l’on sent, que l’on ne peut pas expliquer. Il y a beaucoup de discours sur Dieu qui semblent connus d’avance, qui ne surprennent pas.  Le visage de Dieu c’est le visage du premier venu, de celui qui est dans le métro avec moi. Dieu est aussi celui qui tend sa main pour une pièce. C’est difficile à voir. Nous avons du mal à voir, à sortir de notre somnolence, de ce que l’on croit savoir, pour commencer à regarder.

Quelle Parole de Dieu fait sens pour vous aujourd’hui ?

« J’avais faim et vous m’avez donné à manger. J’étais prisonnier et vous m’avez visité ». Ce passage je ne le commenterai pas. L’étrangeté de cette parole me sidère, me coupe le souffle. Souvent, c’est ce qui vous coupe le souffle qui vous aide à respirer.

Aux morts !

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La France, la nation rend hommage, ce mardi 19 juillet, aux soldats morts ces derniers jours en Afghanistan. C’est, bien sûr, une bien triste nouvelle que de savoir ces jeunes hommes tombés sous le feu des bombes ou dans une embuscade. L’émotion a, sans doute, due être grande dans la cathédrale saint Louis des Invalides puis dans la cour des Invalides, lorsque le président de la République a prononcé l’éloge funèbre et lorsque les honneurs militaires ont été rendus. Le protocole a été respecté et les familles et les proches de ces jeunes, trop jeunes, militaires, n’en seront pas plus consolées  pour autant. Cependant, il y a des rites qui aident et qui marquent une étape essentielle pour avancer dans ce travail de deuil, si difficile.
Ce charivari médiatique autour du décès de ces soldats m’inspirent quelques réflexions. Tout d’abord un agacement. Ces militaires appartenaient, sauf erreur de ma part, à des troupes d’élites préparées, comme tout bon militaire, à l’exercice de cette mission. Certes, ils ne partent pas pour mourir mais connaissent le risque lorsqu’ils se sont engagés. Cela n’empêche pas leurs proches de ressentir de la tristesse et de la douleur quant à la mort de ces soldats. Cependant, au lieu de faire dans la gnangnan et la polémique politicienne, il me semble préférable de revenir aux fondamentaux du métier des armes et de mettre en valeur le professionnalisme de nos soldats. Également, il est important de souligner que le risque zéro n’existe pas.
Ensuite, en écoutant certains médias qui sont pourtant, d’habitude, gages de qualité et de retenue, réaliser des interviews de parents de soldats mort dans des conditions similaires ; j’aimerai les appeler à plus de respect et de professionnalisme. Il est aisé de comprendre qu’il n’est pas à la joie et que ce n’est pas avec légèreté de cœur et allégresse qu’il va (re)vivre ces moments d’hommage de la nation. Je n’accuse personne, mais j’en appelle, modestement, à de la retenue devant la douleur de ces personnes. Nous ne sommes pas aux jeux du cirque et il n’y a point besoin de pathos. De plus,  cela n’ajoute rien à l’information.
Devant le flux d’information concernant ces soldats défunts m’est revenu ce texte de Charles Péguy (1873-1914) :

Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.
Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.
Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol, à la face de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut-lieu,
Parmi tout l’appareil des grandes funérailles.
Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles,
Car elles sont le corps de la cité de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu
Et les pauvres honneurs des maisons charnelles.
Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans la première argile et la première terre.
Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre.
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.

Respectons donc la douleur, faisons silence pour respecter ces défunts mais n’en faisons pas trop. Chaque vie est unique et possède la même valeur que l’on soit « mort au front » à 20 ans ou isolé à plus de 90 ans, dans une maison de retraite. Les conditions et l’âge sont juste différents mais la tristesse et la douleur sont la même pour ceux qui reste et qui aiment ces personnes défuntes.

L’autre est mon semblable

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Respecter l’autre, c’est le considérer comme digne d’intérêt, lui manifester ma reconnaissance pour ce qu’il est. Avouons que ce n’est pas facile, que cela nous demande un effort et une conversion de chaque jour. Comme chrétien, nous n’avons pas d’autre choix que « d’aimer notre prochain comme nous-mêmes ».

Combien de fois sommes-nous tentés d’enfermer l’autre dans ce que nous aimerions qu’il soit ? Combien de fois avons-nous eu envie de le faire taire, ou bien encore de le faire disparaitre comme par magie de notre présent ? Reconnaissons que la violence, la colère, l’agacement sont bien plus présents dans nos vies que la bienveillance et l’accueil chaleureux et inconditionnel de l’autre. C’est, si j’ose dire, normal. Cependant, ne nous contentons pas de cette « normalité » qui, pour le chrétien, est complètement « anormale ». « Anormale » car nous sommes invités à ressembler au Christ miséricordieux empreint de douceur et de compassion. Mais, notre cœur est si compliqué et malade qu’il a du mal à se convertir à cet appel du Dieu qui nous demande de regarder le prochain comme le « visage du Christ ».

Compter sur Dieu

Se laisser convertir pour entrer dans cet indispensable respect est une véritable nécessité. Cela dit nous avons, très souvent, du mal à le vivre; et parfois l’impression que c’est du ressort de l’impossible. Alors, commençons à accepter que cela ne viendra pas d’abord de nous, de nos propres forces. Ensuite, demandons à Dieu de nous donner ce goût, ce désir de respecter l’autre, de l’aimer comme il est. Cette attention et cette considération de l’autre, dans la plénitude de sa personne, est un mouvement qui doit nous venir de l’intérieur même de notre cœur. C’est pourquoi, nous devons les recevoir de Dieu. C’est lui qui ensuite nous donnera de discerner dans le quotidien des jours le concret de cette attitude. Dieu ne fait pas sans nous et nous devons, à notre tour, apprendre à ne pas faire sans lui. Cela induit d’avoir l’intime certitude de sa fidélité et de son action au cœur de ce monde, au cœur de nos vies.

Regarder autrement

Avoir Dieu, à la fois comme point d’ancrage et tremplin pour aller vers nos frères est un bon point de départ. Cette certitude demande tout de même, de notre part, une mise en œuvre concrète afin de mieux respecter et donc aimer chacun de ceux qui sont nos frères et sœurs en humanité. Une chose simple est de lutter contre notre tentation récurrente de nous croire supérieur ou meilleur que l’autre. Nous sommes chacun différent et ce n’est pas notre position sociale qui fait ce que nous sommes. Il nous faut absolument apprendre à contempler l’autre afin d’essayer de saisir ce qui l’amène à être ce qu’il est. Respecter une personne, c’est reconnaître son parcours de vie et surtout sa singularité. C’est accepter sa différence comme une chance, une source d’enrichissement.

Pour poursuivre cette thématique, je vous invite à lire ce très beau texte de Maurice Bellet

Allez au cœur de Jésus avec Pedro Arrupe, sj

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Pedro ArrupePedro Arrupe a été préposé général de la Compagnie de Jésus durant 18 ans. Ce jésuite basque nourrissait une dévotion particulière pour le Cœur de Jésus. Il y trouvait la plénitude de la foi, cet amour de Dieu qui s’est fait homme, en Jésus, pour chacun de nous.

Le cœur du Christ, symbole de l’amour de Dieu, est pour le Père Arrupe ce qui l’a soutenu tout au long de sa vie. Malgré sa spiritualité toute tournée vers le cœur de Jésus, le Père Arrupe n’a pas souhaité en faire un axe majeur de son généralat. Toujours soucieux de ne pas choquer inutilement, il avait conscience des présentations parfois désuètes du cœur de Jésus. Il préféra alors en vivre intensément, comme la sève de son ministère, et laisser le temps à cette spiritualité faire son chemin et rejoindre, au temps favorable, les hommes et les femmes de ce temps.

Cependant, le cœur de Jésus, est, pour ce successeur d’Ignace, une des portes d’entrée les plus aisées pour aller vers le Christ. Il nous ouvre une intimité parfaite avec Dieu, il nous conduit vers la tendresse de son amour et nous aide à aller vers nos frères et sœurs avec un cœur paisible et attentif.

Le cœur du Christ peut également, selon de Père Arrupe, nous ouvrir à la tendresse miséricordieuse du Père. Il nous donne de connaître davantage Dieu. En s’attachant au cœur de son fils, nous sommes invités à entrer au plus près de l’amour de Dieu. Il nous dit sa tendresse pour chacun de nous et son désir de nous voir libre et heureux. Ce cœur de Dieu nous révèle l’intimité des relations entre les trois personnes divines. Ainsi nous saisissons que chacune n’existe que si elle est en communion avec les deux autres. A nous de suivre cet exemple, de nous ouvrir, en vérité, aux autres dans une réelle disponibilité. Cet attachement au cœur du Christ doit nous aider, pour reprendre les mots même d’Ignace de Loyola, à avoir le « désir d’être plus disposé à sauver l’expression de la pensée d’autrui qu’à la condamner » (E.S. 22).

Pour aller plus loin : http://www.jesuites.com/histoire/arrupe/

« Être un lieu d’interpellation mutuelle et bienveillante »

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Claude Baty, pasteur et Président de la fédération protestante de France a accepté de répondre, pour l’Armée du Salut, aux questions posées par votre serviteur.

  1. En tant que Président de la Fédération protestante de France, de quelles manières œuvrez-vous afin que l’unité soit en marche dans cette diversité d’Eglises rassemblées ?

 Il n’y a pas que des Églises dans la Fédération, il y a aussi des œuvres et des mouvements. Cela ajoute de la complexité. Il est important, tout d’abord, de se référer à la Charte de la Fédération Protestante. Il ne s’agit pas d’une confession de foi mais d’une charte de partenariat qui repose sur l’affirmation centrale de l’annonce du Salut par la grâce, reçue par la foi seule. Sur cette base qui crée une communion – manifestée par l’accueil mutuel à la Sainte Cène – nous proposons un projet partagé qui ouvre sur la rencontre avec les autres. Cela part d’une disposition d’esprit qui considère que les différences sont stimulantes même si ce n’est pas sans difficulté. La Charte est ainsi un moyen de progression. Ce qui est essentiel, pour moi, c’est cette volonté de rencontrer les autres à partir d’un socle commun qui sert de tremplin.

La vocation de la Fédération Protestante de France consiste à encourager l’ouverture et l’unité. Cette ouverture nous préserve de nous croire les dépositaires de la grâce. Nous ne cherchons pas à circonscrire, à barricader, mais, par notre ouverture, nous souhaitons être un lieu d’interpellation mutuelle et bienveillante. Ainsi, par rapport à l’Armée du Salut, nous pouvons l’interpeller sur son rapport à la Sainte Cène et lui laisser la latitude de nous interpeller sur l’importance donnée aux sacrements dans les autres Églises membres de la Fédération.

 2. Comme chrétiens nous sommes invités à « rendre compte de l’espérance qui est en nous ». Pourtant nous vivons souvent en tension entre le « service de Dieu » et le « service du Frère ». Comment vivre alors ces deux dimensions essentielles d’une manière pacifiée ?

 En principe, il ne devrait pas y avoir de tension. Dans l’Évangile, il est exclu de faire un choix. Tout le monde en est convaincu. Engagement social et évangélisation ne sont pas opposés, au contraire, ils sont indissociables. Mais, dans l’histoire, nous savons que cela n’a pas toujours été le cas. Il y a toujours un effet de balancier. Au XIXe siècle, il y a eu une croissance de l’engagement social. Cette accentuation de l’engagement social a fait craindre par la suite un engagement politique dangereux et a donc provoqué un repli sur  l’évangélisation et sur l’Église. Pour le croyant, le monde est alors perçu comme quelque chose de mauvais. Cette tendance existe encore dans certaines Églises. Elles prônent le repli communautaire pour vivre une foi pure. Ces positions extrémistes ne sont pas tenables. Être chrétien c’est tenir ensemble l’engagement social et l’annonce de l’Évangile. Il me semble important de réaffirmer cette nécessité. Cela signifie qu’il faut sans cesse s’interroger sur le pourquoi de notre engagement, au nom de qui nous allons vers nos frères et sœurs.

J’admets volontiers que les évolutions peuvent être difficiles et chaotiques mais il est essentiel de prendre conscience que nous n’avons pas à privilégier l’engagement ou l’évangélisation. Souvent dans notre action nous pouvons être suspectés, à tort, de faire du prosélytisme si nous affichons au nom de quoi, au nom de qui nous agissons. Cette question rejoint celle de la place du religieux dans la société.

 3. Vous êtes un ardent défenseur d’une laïcité ouverte, qui permet à chacun de vivre d’une manière apaisée sa religion. En même temps vous redoublez de prudence et de vigilance quant à son utilisation politique et polémique. Quels critères de discernement pouvez-vous donner pour vivre comme chrétien, de manière pleinement apaisée et ajustée, dans cette société en quête de sens ?

La relation entre Église et pouvoir a toujours été problématique et souvent malsaine. Là où il y a du pouvoir, il y a danger d’abus de pouvoir et perte de l’esprit de service. Quand l’Église s’associe au pouvoir pour asseoir ses convictions et, de même, lorsque le pouvoir cherche à utiliser l’Église, c’est calamiteux. D’autant plus que cela peut être au mépris de ceux qui ne sont pas membres de « l’Église officielle » et qui risquent de subir des persécutions. C’est pourquoi il faut être attentif à une égalité des citoyens dans la République. Chacun a le droit, et c’est inscrit dans la Constitution de notre pays, de professer sa foi et de célébrer son culte sans que cela lui porte préjudice. D’ailleurs, personne ne conteste ce principe. L’Église catholique a été, autrefois, en position de monopole par rapport aux autres religions et elle peut parfois connaître, encore aujourd’hui, des difficultés de positionnement et se sentir affaiblie. Le contexte actuel l’invite à partager sa place…

Les luttes autour de la loi de 1905 ont laissé des traces. Certains ont combattu l’Église pensant qu’elle souhaitait prendre le pouvoir. Or ce n’est pas là la vocation de l’Église. C’est la même réaction de certains « laïcards » aujourd’hui vis-à-vis de l’islam. Ils le voient comme une institution qui passe son temps à « tester » la République. Penser cela, c’est ne pas être dans la réalité mais dans le fantasme partagé, d’ailleurs, par certains politiques à des fins électoralistes.

Les questions de laïcité deviennent des enjeux politiques et il est important que les religieux ne se laissent pas instrumentaliser. C’est d’ailleurs le sens que prend la déclaration de la Conférence des responsables de culte en France . Elle rappelle des vérités simples afin que personne ne puisse se permettre de parler à notre place. Il est fondamental de repréciser que la religion n’est pas synonyme de violence. Il ne faut pas se laisser piéger par ces raccourcis. Nous refusons toute association entre la violence et la religion. Cette parole commune est significative.

Enracinés dans l’Amour de Dieu

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Le quotidien nous accapare bien souvent. Il nous arrive de nous sentir débordé, angoissé peut-être même paniqué devant les tâches à accomplir. Dans ces cas là, il nous faut prendre du recul et nous souvenir que c’est dans le calme et la paix que nous accomplissons l’essentiel, en communion avec Dieu.
Nos agendas sont remplis, nos journées passent à vive allure et les dossiers à traiter se multiplient. Malgré un travail acharné, une organisation redoutablement efficace, nous ne voyons pas la fin de la tâche courante à accomplir. Et si tant est que nous commencions à en voir le commencement de sa fin, un dossier encore plus urgent viendrait se greffer et retarde l’achèvement de l’actuel.
Vivre libre avec Dieu
Cette description ressemble au quotidien de beaucoup d’entre nous. C’est alors que peut se poser la question de l’essentiel, de ce qui a réellement le plus de sens et m’aide à accomplir le désir que Dieu a pour moi : celui de le servir en esprit et en vérité. Il ne s’agit pas de faillir à son devoir d’état et d’aller prier au lieu de travailler. Il s’agit de vivre dans toutes nos actions en union intime avec le Dieu et Père de Jésus-Christ. C’est un impératif de santé spirituelle, de sainteté pour celui qui souhaite marcher sous l’étendard la Croix. Prendre ce chemin demande tout d’abord d’en recevoir la grâce et donc de la demander. Le Seigneur ne fait pas sans nous et ne force pas notre liberté. Au contraire, il vient nous permettre de la vivre pleinement en nous disposant à le recevoir dans nos vies quotidiennes.
Inclure Dieu dans mon quotidien
Pour vivre de Dieu et avec Dieu au milieu de nos préoccupations quotidiennes, il faut l’inclure au cœur même de ces dernières. Il est possible par exemple de les lui présenter de la même manière qu’à un collègue. L’appui d’un frère ou d’une sœur dans la foi peut aussi être une grande utilité pour discerner la volonté de Dieu dans ce quotidien. Il y a peut-être quelque chose de l’ordre de la conversion, de l’abandon à la divine providence à vivre. L’important dans l’accomplissement de nos œuvres, dans le service à effectuer, c’est la qualité d’amour que l’on y met. Comme chrétiens, ce que nous réalisons est une manière de rendre présente dans ce monde l’œuvre du créateur.
Ambassadeurs de l’amour de Dieu
Nous sommes comme en « ambassade » pour le Christ et nos manières de faire, de vivre, de nous comporter doivent être orientés, ordonnés, conformes à accomplir sa volonté. Pour cela, il est nécessaire d’accepter de nous laisser saisir par l’amour du Christ. Il doit être premier dans nos vies et en être le moteur même. Sans cet amour, il manquera une âme à ce que nous réalisons. Cet amour n’est pas à comprendre dans une dimension sentimentale mais comme la manière authentique de se donner à Dieu et donc à ses frères et sœurs. C’est en nous enracinant dans cet amour qui unit les trois personnes divines et qui se dit dans l’incarnation de Jésus que nous pourrons affronter notre quotidien si souvent chargé voire surchargé.

Voeux bénédictins de Pentecôte

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En cette solennité de la Pentecôte je vous partage ces quelques mots reçus de Mère Marie-Madeleine, prieur de la Communauté des Bénédictines de Vanves et Présidente Mondiale des Bénédictines de Sainte Bathilde.

Réunis autour du Christ ressuscité, nous sommes une fois de plus invités à prier le Père ! Louons-le dans l’Esprit qui nous habite et nous unit.
Louons Dieu pour les merveilles qu’il continue d’accomplir, oui des petites pousses de Dieu, il y en a partout, et même en France, il y a en dans nos familles, dans nos communautés, dans le monde : oui, des nouvelles petites pousses de l’Esprit !
Elles sont bien cachées, étouffées par le faux semblant, le faux témoignage, le faux sous toutes ses formes…
Mais, n’ayons pas peur ! Osons reprendre la prière des Apôtres, avec foi : « A présent, Seigneur, considère les menaces et afin de permettre à tes serviteurs d’annoncer ta parole en toute assurance, étends la main pour opérer des guérisons, signes et prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus. »
Osons demander cette liberté de dire ce que l’Esprit inspire, de vivre dans sa mouvance. Osons croire que Dieu répond et qu’il envoie son Esprit, aujourd’hui laissons ouvrons les fenêtres, les portes de nos communautés, de notre cœur, toutes les fenêtres, toutes les portes bien grandes… pour que nous recevions de Dieu sa réponse qui est son Esprit : « Tandis qu’ils priaient, l’endroit où ils se trouvaient réunis trembla ; tous furent alors remplis du Saint-Esprit et se mirent à annoncer la parole de Dieu avec assurance. »
Et le don de l’Esprit sera là, à l’œuvre, dans ces petites pousses qui vibrent au vent de l’amour, de la justice, de la vérité ! Ne perdons pas l’Esprit car aujourd’hui, il souffle et frappe et bouscule, déloge dans une liberté absolue, dans une vérité vraie qui rend libre !
Belle fête de Pentecôte dans la joie d’une vie nouvelle que Dieu désire malgré nous peut-être mais pas sans nous, pas sans l’Homme !

Mère Marie-Madeleine
Présidente Mondiale des
Bénédictines de Sainte Bathilde

Le but de l’Église, c’est la rencontre de Dieu

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Claude Dagens, membre de l’Académie Française et évêque du diocèse d’Angoulème, a répondu aux questions de l’auteur de ce blog, pour le journal Avec Vous, journal interne de la Congrégation de l’Armée du Salut en France et en Belgique. Normalien et docteur ès lettres, il est l’auteur de plusieurs ouvrages et rapports portant notamment sur l’inscription chrétienne dans une société sécularisée.
La foi chrétienne a toujours été et est toujours un signe de contradiction. Comment faire de cette originalité une force pour à la fois approfondir notre foi en Christ et en témoigner aujourd’hui?        
Le terme “foi chrétienne” est moins souvent utilisé que celui de “christianisme”. Ce dernier évoque plutôt un système religieux, avec  une organisation plus ou moins complexe. Alors que la foi chrétienne est une réalité d’un autre genre. Ce n’est pas un système. C’est un appel auquel nous répondons en disant: “JE crois en Dieu qui s’est fait homme en son Fils Jésus”. C’est le témoignage de l’apôtre Pierre chez le centurion Corneille : Pierre parle du Christ en expliquant “qu’il passait en faisant le bien” et qu’il est vivant. Il est important d’être des croyants qui témoignent du Christ, même si la foi chrétienne est et demeure un signe de contradiction.
Dès le début de l’Église, il y a eu des chrétiens incompris, rejetés, persécutés. Aujourd’hui encore, il y a des personnes qui sont martyrisées à cause de leur foi en Dieu, le Père de Jésus-Christ. Dans nos pays sécularisés (là où la référence religieuse ne fait plus la loi), le phénomène chrétien est marginalisé. En fait, le christianisme est souvent méconnu plus que rejeté. Souvent, on se contente d’une image préfabriquée, plus ou moins caricaturale,  alors que l’Église n’a pas d’autre but que d’ouvrir des chemins qui conduisent à Dieu. La foi chrétienne est aujourd’hui signe de contradiction à un double titre: elle témoigne de l’espérance en un temps d’incertitude et elle milite pour le respect de tout être humain.

  • L’effondrement du système communiste a suivi d’un sentiment d’ euphorie. L’avenir du monde semblait ouvert grâce à la croissance économique et à des relations internationales pacifiées. Et puis, il y a eu le 11 septembre, l’attentat de New-York sur les tours du World-Trade-Center. Certains ont alors parlé de “conflit des civilisations”. A l’échelle des peuples, le monde ne vit pas sous le signe de la confiance. Il est plutôt marqué par le désenchantement. Je suis toujours surpris dans les lettres que les jeunes m’envoient pour demander le sacrement de la confirmation par les nombreuses références au mal, à la souffrance, à la mort. Il y a donc un combat chrétien à mener, celui “d’espérer contre toute espérance”. C’est un peu le message des moines de Tibhirine qui ont vécu au milieu des violences, sans prendre parti, en terre algérienne. Après leur mort, leur témoignage demeure. Espérer c’est remettre l’avenir entre les mains de Dieu.
  • Le respect de chaque personne humaine, avec ce qui fait qu’elle est unique, est fondamental. Une des dérives qui marque notre société, ce sont les processus de déshumanisation. Nombreux sont les refus de prendre en compte la dignité humaine au profit d’impératifs techniques ou financiers immédiats. La foi chrétienne inspire un combat pour la dignité de chaque être humain et surtout en faveur des plus fragiles. C’est d’ailleurs, il me semble, ce que l’Armée du Salut veut promouvoir. Quand la précarité est trop importante, il n’y a pas de cris, il n’y a que de la souffrance et lorsque cela devient insupportable, cette souffrance explose.

Il est de la responsabilité des chrétiens de veiller, de discerner , de regarder au-delà des apparences. Il y a toujours près de nous une personne humaine qui attend d’être reconnue et aimée.
De quelles manières les Chrétiens, mus de leur foi et par cette passion de l’homme et surtout du plus fragile, peuvent-ils être force de proposition dans la société actuelle, alors que leur parole est à la fois attendue et rejetée ?
Il y a le charivari des phénomènes  médiatiques qui jouent avec l’éphémère, l’immédiat et donc qui voient mal ce qui n’est pas immédiatement visible. Cela ne me trouble pas. Ce qui importe c’est l’existence d’ hommes et de femmes qui, au fond d’eux-mêmes, portent des attentes profondes et qui demandent à être reconnus pour ce qu’ils sont. Souvent, pris par l’immédiat, on ne trouve pas des chemins pour aller à l’essentiel.
Nous devons, comme Chrétiens, ne pas nous laisser fasciner par ce charivari et discerner ce qui est révélateur de Dieu, ce qui atteste loe travail de Dieu au sein de notre humanité. Certains faits récents sont significatifs: par exemple le film Des hommes et des dieux qui a été vu par beaucoup de spectateurs. Combien de fois n’entendons-nous pas, sur la place publique, ces interrogations adressées à Dieu : “où es-tu ?” “que fais-tu quand le mal, la maladie, la souffrance surviennent ?…”. N’oublions pas non plus toutes ces personnes adultes qui se préparent à recevoir le baptême et les familles qui le demandent pour leurs enfants.
Notre société d’indifférence est en même temps traversée par une attente, un désir de Dieu. Pour répondre, il faut d’abord alors faire silence, écouter la Parole et écouter aussi les cris de notre humanité. Ensuite, laissons faire Dieu, son action est toujours surprenante. Il est le Dieu de la promesse, le Dieu qui tient parole, le Dieu qui console. Consoler ce n’est pas effacer les larmes, c’est rendre plus solide que ce qui peut nous blesser. La naissance de Jésus est inimaginable. Il est difficile de penser l’événement de Noël. Ainsi, Dieu demeure avec nous pour toujours et il désire faire de nous ses témoins. En Jésus, Dieu s’engage en se liant avec chacun de nous, jusque dans les situations de détresse. Un autre étonnement peut nous saisir lorsque nous pensons à la la mort de Jésus. Crucifié, il est abandonné de tous, seules demeurent quelques femmes, une de ses dernières paroles est “Père, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font”. (Lc 23, 34). Cette parole de Jésus sur la croix est le plus grand signe de contradiction, car elle signifie que l’Amour  de Dieu est plus fort que toutes violences et que“l’acte de pardon est aussi décisif que l’acte de création”, pour reprendre une expression de saint Thomas d’Aquin.
Comment penser l’Église d’abord comme Corps et sacrement du Christ, “don de Dieu en Jésus-Christ”,  ferment de fraternité, et non comme une organisation qu’il faudrait faire fonctionner ?
Il faut sortir de ces catégories enfermantes pour nous-mêmes qui voudraient que d’un côté il y ait l’Esprit et de l’autre le Corps. C’est un peu comme dans le débat sur la bioéthique où l’on sépare les réalités biologiques et les réalités spirituelles.  Nous avons du mal à faire la synthèse des deux. Nous sommes constitués  d’un  corps (avec tout ce qui exprime notre sensiblité) , d’une âme ( principe de vie intérieure) et de l’ Esprit (qui nous est donné de Dieu). Il est nécessaire d’apprendre à laisser l’Esprit nous travailler. Si nous vivons notre relation à l’Eglise comme la participation à une organisation religieuse, nous sommes infidèles au don du Christ. Avec son Esprit, Il nous appelle à devenir pleinement son corps en solidarité avec nos frères et soeurs. Cependant, une institution (ce qui fait tenir) est nécessaire. Mais l’Église n’est pas instituée pour devenir son propre but. Le but de l’Église, ce n’est pas l’Eglise. Elle est comme le doigt de Jean-Baptiste qui montre celui qui vient et qui invite à la découverte de Dieu. L’Église, c’est le corps du Christ qui se déploie en nous et qui fait signe pour le monde.
Je suis toujours surpris qu’il y ait encore tant de personnes qui n’ont jamais rencontré Jésus de façon personnelle. Un des lieux où est proposée cette rencontre, c’est la communauté oecuménique de Taizé, en Bourgogne. Le silence, la Parole, la lumière, la contemplation des icônes, les chants répétés… Toutes ces choses simples sont autant d’éléments qui peuvent conduire au mystère du Christ et  à sa présence. Là est le coeur de L’Église.

A Dieu Bernard !

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Bernard StasiBernard Stasi est décédé dans la nuit du 3 au 4 mai 2011. Brutale nouvelle qui vient assombrir notre paysage politique. Ce grand homme fait partie des rares politiques qui ne cherchaient pas à flatter l’électeur, telle une vache au Salon de l’agriculture, à la recherche de voix. Il cherchait à dire ce qui lui semblait le plus utile, le plus vrai, le plus authentique pour ceux qu’il était appelé à servir.
A Epernay, il tâchait de favoriser les populations marginales, ce qui ne plaisait pas à la droite. Sur la scène nationale, il était le héraut du combat contre les idées nauséabondes du Front National. C’était véritablement un homme politique, un homme tourné vers la Cité pour ses concitoyens. Soucieux des plus fragiles, de ceux qui étaient en péril, il n’a jamais hésité à prendre une parole authentique, quitte à se faire des ennemis et à perdre des voix voire un mandat.
J’ai eu la chance de côtoyer Bernard Stasi. Il a été le maire de ma commune et surtout le Président du Centre des Démocrates Sociaux de la Marne. Il m’a donné le goût de l’engagement public et politique. Il m’a aidé à comprendre que les convictions intérieures ne doivent pas entrer en conflit avec les convictions politiques. L’une et l’autre doivent entrer en dialogue pour trouver ce qui est meilleur pour le service de la cité. Si aujourd’hui je cherche où servir, c’est bien parce cet exemple d’authenticité de l’action me hante. Où aujourd’hui s’engager, dans quelle formation politique trouvons nous cette audace du « dire ce qui déplaît », cette volonté de déplacer les montagnes pour faire vivre cet « indéniable vivre ensemble ?»
Sa voix s’est éteinte, il était déjà silencieux depuis quelques années, affecté par la maladie d’Alzheimer. L’image que je garde de lui c’est cet homme affaibli qui avait fait le déplacement à Reims pour le meeting présidentiel de Bayrou. Porté à bout de bras par quelques proches, il avait été acclamé par l’assistance. Lui aussi croyait que Bayrou était l’homme de la situation, d’ailleurs il avait pris fait et cause pour lui dans un article du Monde. Ensuite, c’est cet ouvrage : Tous français, formidable analyse de notre société qui mériterait d’être sur la table de nuit de beaucoup de responsable politique et sur les gondoles des librairies. Un livre à la hauteur de cet homme au langage simple mais non simpliste, clair et percutant. Un livre dont le contenu est tiré du terrain, de l’expérience.
Bernard Stasi, nous manque déjà. Même si sa maladie nous a habitué au silence, son souvenir lui, j’espère, ne le restera pas. Ce qu’il incarné, tout ce qu’il a défendu mérite bien mieux que de belles phrases funèbres et in memoriam. Ses combats faisaient le respect et l’unanimité de tous, même le Parti Communiste adresse son respect par ces mots : « attaché aux valeurs fondamentales de la République et au sens de l’Etat qui ne se perdit jamais dans les compromissions électoralistes avec les franges les plus xénophobes de la droite ». C’est dire la grandeur de cet homme.
Des hommes comme Bernard Stasi font l’honneur de la France, de son système d’intégration et de la grandeur de l’engagement politique. Reste maintenant que ses « successeurs » sauront garder intact cet héritage. Nous avons besoin de consensus, de sens, de conscience intelligente morale comme l’était Bernard Stasi.
Gageons que ceux qui lui rendront hommage sauront marcher dans ses traces et faire honneur à cet homme qui avait la « Politique au Cœur ».

 Merci, Bernard !