Joyeux Carême

Le sourire du RessucitéLe compte à rebours est lancé : depuis le mercredi 13 février, nous sommes entrés en Carême. Ce temps sonne souvent comme une période triste, terne, ténébreuse. Pourtant, c’est tout le contraire. Nous sommes invités à nous préparer à festoyer aux noces de l’Agneau. Disposons nos cœurs à cette joie durant ces 40 jours qui nous séparent de Pâques. N’hésitons pas, courons à la rencontre du Christ, avec endurance, pour nous convertir et croire davantage à l’Evangile, comme nous avons été invité lors du mercredi des Cendres. Continuer la lecture de « Joyeux Carême »

Combattre avec pour toute arme la Parole

Christ en croix de la chapelle du Château de Javier (Espagne)

Le carême n’a jamais eu pour moi une dimension de privation. C’est bien plus une occasion de « sentir et gouter intérieurement » le don que Dieu me fait en son fils dans le chemin vers sa Pâque. C’est véritablement une invitation récurrente à saisir, à nouveau frais, cet invitatoire, que nous offre la Liturgie des Heures durant ce temps liturgique :

« les yeux fixés sur Jésus, entrons dans le combat de Dieu ».

Si le Carême nous met dans l’ambiance du combat  – victorieux – de Jésus, contre toutes les tentations c’est pour nous proposer d’entrer chaque jour qu’il fait dans cette lutte, qui pour moi, est si bien résumée au chapitre 25 de l’Evangile de Matthieu. Il est si difficile chaque jour de regarder l’autre comme celui que j’ai à aimer, car il est, tout comme moi, crée à l’image de Dieu, que ces 40 jours vers Pâques ne suffisent pas. Même si je peux comprendre qu’il puisse s’agir d’un tremplin. Pour moi chaque jour est à la fois un carême, une semaine sainte et l’exaltante fête de Pâques.

Une écharde dans l’effort

Nos vies sont suffisamment lourdes, à la fois des petites contrariétés quotidiennes mais aussi des échardes dans la chair que nous pouvons porter comme des croix, qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter. Je tâche plutôt  de me réjouir de cette grâce de Dieu quotidienne qui me devance et m’appelle à cette contemplation de son œuvre. La Parole de Dieu méditée chaque jour et pas seulement durant ce temps de carême, me donne d’accroire cette familiarité avec Dieu, de mieux entendre de quelle manière elle résonne en moi et comment je veux et je peux aussi, à mon tour, entrer concrètement en résonance avec elle. Dans cette perspective, le carême n’a pas de spécificité propre hormis la liturgie qui comporte une certaine réserve et retenue en vue de cette belle fête de Pâques.

De la liturgie à la Grâce

La liturgie de la Semaine Sainte est, en théorie, un moyen qui donne à nos sens de vivre intérieurement ces temps forts. Malheureusement, dans beaucoup de paroisses, les prêtres sont âgés et ne peuvent donner toute la solennité requise. Pourtant, que l’on soit dans une abbaye bénédictine, dans l’église cathédrale ou dans une paroisse de campagne c’est le même Christ que nous sommes invités à suivre pas à pas. Il nous faut alors s’en remettre totalement en la grâce de Dieu pour vivre de l’intérieur, en Eglise, ce chemin vers la révélation suprême de l’amour. Mais ces jours ne sont, comme l’est le Carême, que des marqueurs, des jalons sur notre chemin quotidien pour nous rappeler la nécessité de suivre le Christ pour aimer et servir davantage nos contemporains.

Si le Carême peut me permettre de vivre avec une acuité renouvelée cette urgence du service, de la diaconie, oui alors je le vis. Mais, je dois bien avouer que c’est plus de l’ordre d’un chemin – léger – de croix car même si j’ai à cœur ce désir de le servir en « cette vie et en cet état », je dois bien constater que c’est de l’ordre du combat quotidien. Là réside peut-être mon affection pour cette antienne de Carême avec laquelle je commençais de billet.

Combattre pour la justice

« Les yeux fixés sur Jésus-Christ, entrons dans le combat de Dieu ». Cette antienne de ce temps de carême, nous place au cœur même du désir de Dieu combattre pour et avec lui en compagnie de son Fils. Mais quel peut bien être ce combat ? Il est sans aucun doute vaste, mais une constante apparaît à la lecture de sa Parole notamment chez le Prophète Isaïe (58, 6-7), lorsqu’il est question du jeûne qui plait à Dieu : « faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs. N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, recueillir chez toi le malheureux sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ? ». En d’autres mots, se mettre à la suite du Christ et entrer dans le combat en faveur de la justice sociale qui est inévitablement lié au service de la foi.

Pour le Chrétien, le combat en faveur de la justice sociale prend sa source dans la Parole de Dieu : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait ». Il n’est pas optionnel, c’est une question de crédibilité et de cohérence inhérente à notre attachement au Christ.

La justice sociale, avant d’être un champ d’action, c’est d’abord une passion, une obsession et une préoccupation de chaque instant. C’est aussi et surtout un devoir de solidarité les uns par rapport aux autres, au-delà de toutes différences et de toutes sortes de frontières. Elle consiste à ne pas se satisfaire du fait que des hommes et des femmes puissent être instrumentalisés, ignorés, méprisés ; qu’au plus près de chez nous, nos contemporains soient contraints à vivre dans des conditions contraires à la dignité humaine. En fait, c’est une manière de considérer l’autre comme mon semblable, titulaire comme moi de droits, de devoirs mais surtout de dignité. Ce doit être une dominante de notre engagement au service de nos contemporains. Il nous revient de la faire dialoguer avec d’autres catégories comme notamment la bonté et bien sûr la dignité.

Promouvoir la justice sociale, en faire une priorité dans nos actions et dans nos vies est un véritable défi. Cela demande de notre part, une attention sans cesse renouvelée à ce qui se passe autour de nous. Nous devons aussi essayer de réfléchir avec d’autres à des solutions concrètes à mettre en place pour instaurer cette justice sociale et aider ainsi nos contemporains. Un véritable travail en réseau est pour cela nécessaire ; c’est une force devant les enjeux de notre société. Une vigilance accrue est indispensable, en premier dans notre travail, mais également dans notre pays pour que cette « justice sociale » soit davantage instaurée sans oublier une ouverture sur le monde. Il y a bien des lieux, des situations que nous ne connaissons pas forcément qui méritent notre attention et notre investissement. Par exemple tout ce qui concerne le trafic des êtres humains ou bien encore l’accès à l’eau et à des conditions sanitaires dignes. Sans oublier ceux qui fuient leur pays en guerre pour trouver un espace de paix et de tranquillité même au prix de condition de vie précaire. Même si cela n’impacte pas directement et immédiatement nos conditions de vie, cela porte tout de même à conséquence. Nous ne pouvons pas rester indifférents à ces enjeux.

Pour autant, ce combat quotidien pour la justice sociale demande de notre part de nous tenir informé des nouveaux enjeux de notre société. En fait, être attentif à la justice sociale c’est l’être aussi au « vivre ensemble ». Il s’agit de manifester de la reconnaissance à nos contemporains et de les aider à être reconnus comme sujet. C’est-à-dire saisir, agir et comprendre, là où nous sommes, avec ce que nous sommes, qu’ils sont avant toutes choses des hommes et des femmes qui ont une histoire personnelle avant d’être dans telle ou telle situation particulière. C’est en faisant attention à tout ce qui se vit au quotidien même, et surtout, dans ce qui ne se dit pas que nous pourrons avoir une action efficace et efficiente.

D’ailleurs, les évêques lors du synode sur la justice de 1971 résumaient ainsi cet engagement : « La mission de pêcher l’Evangile exige, aujourd’hui, l’engagement radical pour la libération de l’homme, dès maintenant, dans la réalité même de son existence en ce monde. Si le message chrétien d’amour et de justice ne se réalise pas, en effet, dans l’action pour la justice dans le monde, il paraîtra difficilement crédible aujourd’hui ». Ce temps de carême qui vient de s’ouvrir il y a peu, est l’occasion de se rappeler cette exigence. Nous sommes appelés à prendre notre part à cette annonce de l’Evangile dont nous ont parlé les évêques. Cette annonce est destinée à des hommes et des femmes que nous devons servir à la suite du Christ.

N’oublions pas que la seule valeur ajoutée de notre société est la dignité humaine. Ce doit être une valeur repère qui doit guider nos choix. En cette période électorale, il est bon de ne pas oublier cette dominante essentielle et primordiale s’il on désire bâtir « un monde juste, durable, digne, inclusif qui favorise la vie collective ».

Vers la joie de Pâques

Depuis le mercredi des cendres nous nous préparons à la fête de Pâques, nous sommes invités à entrer avec le Christ dans sa Passion. Chemin d’humanité, chemin de vérité, chemin d’authenticité qui nous invite à mieux le connaître et mieux l’aimer, mais aussi à découvrir davantage combien nous sommes souvent prompts  à lui tourner le dos.
Lorsque nous prenons le temps de regarder les événements qui conduisent Jésus à sa Passion et sa Résurrection nous pouvons être étonnés du comportement des foules, voire scandalisés par leur manque de constance et leur retournement, leur renoncement à leur foi très rapide. Ainsi, lorsque Jésus entre solennellement à Jérusalem (Lc 20), il est accueilli en Messie, la foule l’acclame, nappe de manteaux le chemin qu’Il emprunte assis sur l’âne royal. Quel enthousiasme, quelle consécration, Jésus est enfin accueilli comme il se doit, pouvons-nous penser. Cependant, l’Evangile n’est pas un conte de fées, avec un happy end, il est puissance de contestation de nos comportements et de nos fonctionnements complexes.
En effet, Jésus, dans ce passage, ne fait pas de triomphalisme, il demeure pleinement dans sa mission prophétique et nous renvoie à notre propre réalité. Ce qui compte, ce n’est pas de le célébrer avec tambours, trompettes et acclamations, c’est juste de l’accueillir pour recevoir la joie et la consolation. Sa Parole nous dérange souvent, même les pharisiens veulent le faire taire, mais il nous fait saisir qu’elle vient d’ailleurs, qu’elle est vie, force, dynamisme. Il n’est pas possible de taire cette Parole qui est acte, et qui veut nous construire en maison de paix, en rempart contre l’injustice, le mensonge et l’égoïsme. Accueillir Jésus, tel qu’il est, même dans ce qui me dérange, c’est être en mesure d’accueillir l’autre tel qu’il est, dans la simplicité du quotidien. Mais, pour cela, il nous faut nous enraciner dans la constance d’une foi en Dieu, en ce Dieu fait homme qui ne cesse de nous appeler à devenir sa ressemblance (1 Jn 3, 2). Ce n’est pas plus facile pour nous aujourd’hui, que pour les disciples  de Jésus qui vivaient avec lui au quotidien.
Quelques versets plus loin, nous prenons conscience de la versatilité des contemporains de Jésus. Une foule vient l’arrêter et parmi elle, Judas, un de ses intimes, de ses compagnons de chemin. Quelle déception doit habiter Jésus, mais au lieu de s’y appesantir, au lieu de lui faire un reproche, lui rappelant sa condition de disciple, Jésus le remet devant ses responsabilités : « c’est par un baiser que tu trahis le fils de l’homme » (Lc 22,48). Même comportement devant les gardes qui veulent l’arrêter manu militari. Jésus ne cesse de remettre l’homme devant ses inconséquences, ses contradictions. Il met en lumière la fragilité de nos prises de position, non pour les condamner définitivement et nous y enfermer mais pour nous inviter à nous appuyer d’abord sur Lui (cf . ps 8, 5). Là, est la pierre de fondation, sur le Christ, sur sa Parole qui nous invite à regarder plus loin, à oser affronter nos peurs, nos doutes, nos questions. L’apôtre Pierre ne s’y est pas trompé, lorsqu’il a pleuré, après s’être rendu compte qu’il avait trahi son maître et ami. Pierre comme Judas a trahi, mais la différence est que le premier s’en est repenti, ses pleurs et son mouvement en sont le signe. Pierre prend conscience de l’importance de la Parole du Christ et en la faisant sienne accepte de sortir de son refus, d’assumer son appartenance au Christ. Il y a toujours un avenir avec Dieu, il suffit d’accepter de lui faire confiance, de se remettre devant lui, à l’écoute de sa Parole.
C’est cela la puissance de Pâques, l’ouverture à l’inouï de la splendeur de l’Amour de Dieu. Il ne cesse de venir en notre monde, en nos vies, afin de les transformer, les transfigurer, les inonder de sa lumière jaillissante. Cette lumière du matin de Pâques nous fait tenir dans les difficultés, les doutes, les désespoirs car elle vient nous remettre debout, nous ressusciter.

Consentir à la volonté de Dieu

Suivre le Christ
Suivre le Christ

Devant les tribulations de ce monde où les peuples s’entre-déchirent et les dirigeants exacerbent la partie la plus vile de leur autorité, de leur humanité, je me suis senti un peu oppressé et perdu. Est-ce possible que tout aille de mal en pis, que l’Etre humain n’ait rien appris de son passé, que l’histoire soit vaine ? Et puis ce moment de découragement passé, il m’est revenu à l’esprit un passage des Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola. Fidèle à cette tradition spirituelle, je me suis dit que l’Esprit Saint aidant, Dieu désirait me faire saisir sa présence active en ce monde.

Ignace de Loyola, dans ce passage (Ex. sp. 102) nous demande de contempler l’incarnation. L’histoire que nous donne à saisir le fondateur de la Compagnie de Jésus est lorsque les trois personnes divines ont décidé que la seconde « se fasse homme afin de sauver le genre humain ». Cette thématique du Salut de tout les hommes m’a interpellé en ce temps de Carême d’autant plus que la décision de Dieu est la conséquence de la conduite des hommes qui « descendaient tous en enfers ». Il est ici question du Salut qui résonne avec celle de la liberté des l’homme d’ignorer l’appel à la Vie que Dieu leur fait. Cette histoire peut ressembler à une sorte d’ingérence dans l’histoire des Hommes. « En quoi devrais-je obéir à Dieu, cela amputerait ma liberté » sommes-nous susceptibles de rétorquer. Cependant, nous ne pouvons tout de même reprocher à Dieu, à l’auteur de nos jours, de chercher à nous montrer le sens de la vie et sa raison d’être. Voilà le sens pour moi que prend cette délibération que nous demande de contempler Ignace de Loyola pour entrer dans le projet de Dieu de nous sauver.

L’auteur des Exercices veut aussi nous inviter à entrer dans une « connaissance intérieure du Seigneur qui pour moi s’est fait homme, afin que je l’aime et le suive davantage » (Ex. sp. 104). Il s’agit d’entrer en communion personnelle avec le Christ, avec celui qui s’est incarné pour nous, pour nous sauver. Ignace avant toute chose nous invite à une intimité avec le Christ, à devenir, par sa seule grâce, son compagnon. Cette invitation peut nous faire comprendre que le Salut n’est pas d’abord d’agir pour agir mais agir dans et au nom de quelqu’un et de quelque chose. Nous pouvons toujours parcourir le monde, faire le bien autour de nous, nous dévouer en toutes choses, toutes œuvres de charité si nous ne sommes pas d’abord enracinés dans un désir mature nous risquons d’être déçu et d’y perdre notre vie.

Le désir dans notre vie est essentiel. Il ne faut pas confondre désir et convoitise. Le désir consiste à croire, à se développer, à rechercher une communion, une plénitude. Lé désir est en quelque sorte le consentement de la liberté. Ignace dans ce passage des Exercices nous fait demander au Seigneur d’accroitre notre désir de le suivre au plus près et en même temps nous donne de sentir et de goûter, au plus intime de ce que nous sommes, le désir, la volonté, l’ambition, la sagesse des trois personnes divines de sauver les hommes qui se dirigent « tous en enfer » par le don de la « seconde personne ».

Pâques est, par conséquent, l’achèvement du projet de Dieu, commencé à l’incarnation, de vivre la vie des hommes pour nous apporter le Salut. Ce projet prend tout son sens dans l’événement de la Résurrection qui nous dit que l’Espérance demeure et que la Vie a toujours le dernier mot. Mais comment passer du spirituel au temporel ? Comment faire en sorte que ce désir de rencontre de Dieu avec l’Homme pour le sauver me conduise non seulement au désir de le rencontrer mais d’aller vers mes contemporains qui sont, eux aussi, sujet du Salut de Dieu ? En fait, il s’agit de trouver le point de rencontre entre contemplation et action qui permet de rechercher Dieu en toutes choses.

Il faut revenir, il me semble, à ce que propose Ignace dans cette contemplation. Il nous propose de voir, d’entendre et de regarder. Et si nous utilisions, à notre tour, ces trois verbes avant de mener une action décisive. Si nous prenions le temps de bien analyser ce qui est en jeu. Un peu comme Ignace à la lecture de la vie des saints qui eu le désir d’entreprendre de grandes choses à l’image de François d’Assise ou de Dominique pour la plus grande gloire de Dieu, osons l’imiter pour mieux le servir et mieux l’aimer et par conséquent nos contemporains.

Cette contemplation de l’incarnation nous amène donc à réaffirmer notre désir de suivre le Christ en l’enracinant dans le discernement. Il ne s’agit pas seulement de vivre en Sa divine présence mais de vivre de Sa divine présence. Cette délibération nous offre le Salut mais fait aussi appel à notre liberté. Libre d’accepter ce Salut signifie que nous avons la liberté de nous reconnaître aimé d’une manière gratuite et infinie par ce Dieu là, qui a choisit de venir à notre rencontre dans l’intimité et l’humilité de notre condition humaine. De cette liberté, de ce choix qui doit être sans cesse renouvelé nous devons en faire bénéficier les « autres hommes parcourant la face de la terre » en leur permettant eux aussi de vivre de cette grâce. Autrement dit, il m’apparaît nécessaire de s’engager sous « l’étendard de la croix » au service de nos contemporains dans ce qui fait notre quotidien le plus banal. Les solutions de paix au niveau des États ne pourront germer que si cette dernière existe non seulement en nos cœurs mais aussi au niveau le plus élémentaire de nos lieux de vie, pour reprendre ce que dit le Bienheureux Jean XXIII dans son encyclique Pacem in Terris (n° 165). Soyons donc attentif à faire régner la Paix en prenant tout les moyens nécessaires.

Combattre avec Dieu

Cette marche vers la clarté de Pâques que nous entreprenons tout au long du carême nous entraîne au combat pour retrouver le chemin de Dieu. Tout au long de notre vie de foi nous sommes invités à nous conversion, à changer nos habitudes, nos comportements, notre manière de pensée pour essayer de ressembler davantage au Christ. Le carême nous invite donc d’une manière toute particulière à nous exercer au combat spirituel.
Le combat spirituel est bien expliqué par l’apôtre Paul dans son épître aux Ephésiens (6, 10,20). A travers la métaphore de l’équipement du combattant, il nous fixe des repères à la fois pour se protéger mais aussi pour entrer en lice contre tout se qui nous risque de nous détourner de notre vocation chrétienne. Ce combat est à mener au travers de plusieurs grandes batailles qui toutes visent à redonner à la personne humaine sa dignité de Fils de Dieu. La première d’entre elle est la lutte contre le mal. Il s’agit d’un ennemi particulièrement sournois et fourbe qui se loge un peu partout et surtout dans tout ce qui pourrait permettre de croître. Un des signes de l’action de l’ennemi est le découragement et la désespérance. Dans ces moments, il faut redoubler de prudence et s’armer de patience sans oublier d’intensifier sa prière et le partage avec des frères et sœurs.
Le choix des armes est important dans ce combat. Il est important tout d’abord de demander au Seigneur la grâce d’être rempli de sa paix, de sa joie; c’est lui le Maitre que l’on désire faire régner dans nos vies. Il est l’Eternel Seigneur de toutes choses en qui le Père a mis tout son amour révélé par l’Esprit. Il est l’auteur de la notre Mission et le Maitre de la Joie. Ainsi armés nous pouvons partir au combat sous l’étendard de la Croix. Cette lutte il nous faut d’abord la mener en nos cœurs et à nos âmes. Comment pouvons-nous essayer d’annoncer le Prince de la Paix si nous sommes en guerre à l’intérieur de nous ? Prenons le temps de nous laisser pacifier par celui que nous servons car les ruses de l’ennemi de la nature humaine sont rudes et nombreuses.
Notre désir est d’apporter à ce monde le salut qui nous vient de Dieu. Ce salut qui consiste à délier les chaînes de ceux qui sont prisonniers de leur vie, de leur situation. Nous ne devons pas nous satisfaire du provisoire, du précaire, de l’a peu près. Nous sommes appelés à annoncer la Vie, à donner la Vie alors pourquoi nous contenterions-nous d’un feu de paille alors que le feu de l’Amour nous est donné en héritage ? Cela demande aussi un enracinement dans le concret, une attention de chaque instant et aussi d’accepter la responsabilité de nos actions. Il faut être également très prudent à l’égard de notre désir de reconnaissance et de la culture ambiante des résultats. Notre ambition est autre et notre plaisir ne consiste pas en des résultas chiffrés. Il faut se rappeler la joie qu’évoque Luc dans son chapitre 15 à propos de la brebis perdues. Cela nous place dans la perspective de tout faire pour ceux vers lesquels nous sommes envoyés et mais aussi de savoir leur laisser toute la liberté d’agir. Nous ne sommes pas à leur place, nous ne vivons pas pour eux, ni par eux ; seulement avec eux. Nous sommes appelés à une fraternité universelle ce qui signifié être à côté dans un compagnonnage et non dans une fusion/absorption.
Ce ne sont là que quelques pistes pour entrer dans ce combat où Dieu nous attend pour bâtir son règne. Il faut résolument vivre en communion avec les trois personnes divines qui nous montrent le vrai mode de relation qui est un échange permanent. C’est dans cet attachement à la fois personnel et communautaire à ce Dieu trinité que nous trouverons l’enthousiasme, la force et l’énergie d’entrer en résistance afin que la dignité de l’être humaine ne soit jamais bafouée. Notre foi qui entraîne notre action doit favoriser des conditions de vie de chacun de ceux qui sont nos frères et sœurs afin et qu’il puisse vivre en plénitude dans la paix, la joie et l’allégresse.

Splendeur de l’Amour de Dieu

Pendant les quarante jours où nous nous préparons à la fête de Pâques, nous sommes invités à entrer avec le Christ dans sa Passion. Chemin d’humanité, chemin de vérité, chemin d’authenticité qui nous invite à mieux le connaître et mieux l’aimer, mais aussi à découvrir davantage combien nous sommes souvent prompts  à lui tourner le dos.

Il y a toujours un avenir avec Dieu
Il y a toujours un avenir avec Dieu

Lorsque nous prenons le temps de regarder les événements qui conduisent Jésus à sa Passion et sa Résurrection nous pouvons être étonnés du comportement des foules, voire scandalisés par leur manque de constance et leur retournement, leur renoncement à leur foi très rapide. Ainsi, lorsque Jésus entre solennellement à Jérusalem (Lc 20), il est accueilli en Messie, la foule l’acclame, nappe de manteaux le chemin qu’Il emprunte assis sur l’âne royal. Quel enthousiasme, quelle consécration, Jésus est enfin accueilli comme il se doit, pouvons-nous penser. Cependant, l’Evangile n’est pas un conte de fées, avec un happy end, il est puissance de contestation de nos comportements et de nos fonctionnements complexes.
En effet, Jésus, dans ce passage, ne fait pas de triomphalisme, il demeure pleinement dans sa mission prophétique et nous renvoie à notre propre réalité. Ce qui compte, ce n’est pas de le célébrer avec tambours, trompettes et acclamations, c’est juste de l’accueillir pour recevoir la joie et la consolation. Sa Parole nous dérange souvent, même les pharisiens veulent le faire taire, mais il nous fait saisir qu’elle vient d’ailleurs, qu’elle est vie, force, dynamisme. Il n’est pas possible de taire cette Parole qui est acte, et qui veut nous construire en maison de paix, en rempart contre l’injustice, le mensonge et l’égoïsme. Accueillir Jésus, tel qu’il est, même dans ce qui me dérange, c’est être en mesure d’accueillir l’autre tel qu’il est, dans la simplicité du quotidien. Mais, pour cela, il nous faut nous enraciner dans la constance d’une foi en Dieu, en ce Dieu fait homme qui ne cesse de nous appeler à devenir sa ressemblance (1 Jn 3, 2). Ce n’est pas plus facile pour nous aujourd’hui, que pour les disciples  de Jésus qui vivaient avec lui au quotidien.
Quelques versets plus loin, nous prenons conscience de la versatilité des contemporains de Jésus. Une foule vient l’arrêter et parmi elle, Judas, un de ses intimes, de ses compagnons de chemin. Quelle déception doit habiter Jésus, mais au lieu de s’y appesantir, au lieu de lui faire un reproche, lui rappelant sa condition de disciple, Jésus le remet devant ses responsabilités : « c’est par un baiser que tu trahis le fils de l’homme » (Lc 22,48). Même comportement devant les gardes qui veulent l’arrêter manu militari. Jésus ne cesse de remettre l’homme devant ses inconséquences, ses contradictions. Il met en lumière la fragilité de nos prises de position, non pour les condamner définitivement et nous y enfermer mais pour nous inviter à nous appuyer d’abord sur Lui (cf . ps 8, 5). Là, est la pierre de fondation, sur le Christ, sur sa Parole qui nous invite à regarder plus loin, à oser affronter nos peurs, nos doutes, nos questions. L’apôtre Pierre ne s’y est pas trompé, lorsqu’il a pleuré, après s’être rendu compte qu’il avait trahi son maître et ami. Pierre comme Judas a trahi, mais la différence est que le premier s’en est repenti, ses pleurs et son mouvement en sont le signe. Pierre prend conscience de l’importance de la Parole du Christ et en la faisant sienne accepte de sortir de son refus, d’assumer son appartenance au Christ. Il y a toujours un avenir avec Dieu, il suffit d’accepter de lui faire confiance, de se remettre devant lui, à l’écoute de sa Parole.
C’est cela la puissance de Pâques, l’ouverture à l’inouï de la splendeur de l’Amour de Dieu. Il ne cesse de venir en notre monde, en nos vies, afin de les transformer, les transfigurer, les inonder de sa lumière jaillissante. Cette lumière du matin de Pâques nous fait tenir dans les difficultés, les doutes, les désespoirs car elle vient nous remettre debout, nous ressusciter.