Devenir disponible pour la mission

Devenir disponible pour la mission
Devenir disponible pour la mission

« Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? », avons-nous entendu dans la première lecture de ce dimanche. Nous entendons la réponse d’Isaïe : « Me voici : envoie-moi ! ». Ces phrases nous invitent à réfléchir à la mission que le Seigneur nous confie. Continuer la lecture de « Devenir disponible pour la mission »

Noël : une révolution

Noël : une révolutionEn cette nuit de Noël, Dieu choisit de faire en nous sa demeure pour que nous nous établissions en Lui.  Dieu a choisi de s’allier avec nous en se faisant homme. Voilà la vraie révolution, celle que nous promet Dieu. Ce choix de Dieu est inaliénable et profondément gratuit. Pour autant, si nous reconnaissons l’enfant de la crèche comme « Celui qui vient libérer nos vies » cela exige de notre part de reconnaître que Sa confiance nous entraîne, nous émonde, nous édifie. Cette confiance de Dieu doit nous conduire à vivre de sa Joie, guidés par sa lumière.
Tout au long du temps de l’Avent qui vient de se terminer, la tradition veut que chaque dimanche une bougie soit allumée. Cette lumière nous la retrouvons dans la première lecture de cette nuit de Noël. Nous avons entendu « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière, sur le pays de l’ombre une lumière a resplendi » dans le livre d’Isaïe. Même si nous avons la foi, la connaissance de la divinité du Christ mort et ressuscité dont nous célébrons la naissance cette nuit, nos vies sont parfois ténébreuses. Le quotidien nous pèse, les soucis nous envahissent, même à la messe. Nous avons du mal à faire de la place à l’annonce de la Bonne Nouvelle. Reconnaissons humblement ces pauvretés, ces contingences qui font notre humanité. Mais, ne cédons pas à la culpabilité. Dieu vient nous retrouver dans ces espaces d’ombre. Il vient – pourvu que nous l’accueillions – les habiter pour que nous-même nous acceptions de faire cohabiter notre vie avec le don de Dieu. Il vient se révéler aujourd’hui dans le silence et la simplicité de cette mangeoire. Il s’offre à nous pour que nous nous offrions à Lui. Ainsi, nous serons assuré de cette joie que nous annoncent les textes de la liturgie.
Jalons
Lumière et joie sont les deux mots que nous pouvons retenir pour cette nuit de Noël. Ce sont deux mots, jalons pour notre route à la suite du Christ, ce sont comme deux bâtons pour nous aider dans notre marche à la rencontre de nos contemporains. Cette lumière est ce qui nous permet de tenir dans cette joie à la fois promise et donnée. La Joie de Dieu n’est pas forcément l’exubérance, le rire aux éclats et autres manifestations plus ou moins brillantes. Cette joie est ce don offert et sans cesse renouvelé, qui nous enracine dans l’espérance. C’est cette assurance d’un amour par dessus tout, qui nous aide à tenir dans la fidélité non seulement à la foi reçue des apôtres mais surtout à tout ce que nous avons promis, à ce à quoi nous nous sommes engagés. Nous tenons parce qu’un autre nous fait tenir. Tels Marie et Joseph qui se sont engagés à suivre les demandes de Dieu par les paroles des Anges.
Confiance
« Ne crains pas » leur a dit l’Ange. Nous pourrions comprendre fais-moi confiance car  Dieu nous dit que sa parole est une Parole de Vie qui nous emmènera bien plus loin que nous pouvons imaginer. Faire confiance à Dieu est aussi une révolution. C’est-à-dire que cela nous conduit à venir à l’origine, au fondement de ce qui nous fait devenir chaque jour davantage « Enfant de Dieu » : l’Amour inconditionnel de ce Dieu qui nous offre cette nuit son Fils unique. Croire en l’Amour c’est bien souvent ce qui nous manque pour que notre vie puisse être pleinement déployée et que nous vivions de cette vie en abondance promise et annoncée par le Christ. Noël c’est aussi accueillir l’inouï de la vie que le Père nous donne en la naissance de son fils, cet enfant que nous contemplons aussi dans l’humble mangeoire de la crèche.
Accueillir, faire confiance à Dieu c’est donc marcher avec Lui qui est la lumière par excellence pour que nos vies soient porteuses de Sa Joie. Voici donc la proposition que Dieu nous fait en cette nuit particulière. Entrons donc avec un cœur émerveillé dans cette invitation que le Seigneur nous fait ce soir. Avec Lui et en communion les uns avec les autres autres, aidés par le Saint Esprit, nous goûterons à sa tendresse qu’il ne cesse de nous offrir, jour après jour.

Ainsi soient-ils : Amour, soutane et compassion

Le Jeudi 22 octobre 2015 ont été diffusés les derniers épisodes de la série culte d’Arte : Ainsi soient-ils. Au fil des épisodes nous avons fait route avec des jeunes hommes sentant en eux le de désir rejoindre les hommes et les femmes de ce temps au travers du presbytérat. Du séminaire aux premiers temps de leur exercice ministériel nous avons pu parcourir leurs difficultés et être confrontés aux difficultés, joies, questionnements, conversions de ces hommes devenus prêtres. Sur ce chemin, ce sont aussi des visages d’Église qui nous ont été présentés au travers de cette fiction ô combien réaliste…
Engagement
ainsisoientilsDu séminaire des Capucins aux couloirs de la Conférence des Évêques de France en passant par ceux de Rome ou de presbytères peu accueillants, voilà le décor d’Ainsi soient-ils. Nous pouvons nous étonner par cette atmosphère parfois complotiste où la foi et l’attachement au Christ sont loin. Ou bien encore par ces moments d’hésitation, de retournement intérieurs de nos séminaristes avec leur passé ou de ceux qui ont charge de gouverner l’Église. Des histoires d’amour, de passion… des histoires d’hommes et de femmes qui cherchent un sens à leur engagement au cœur de leur humanité.
Nous pouvons bien sûr juger tel ou tel qui semble « infidèle » à son célibat ou bien se dire que ces fragilités sont belles car nous appellent et nous invitent à relire, revisiter les nôtres. Quel appel fait jaillir en nous cet amour de Yann avec Fabienne, la quête du père Bosco avec son amie magnétiseuse qui lui redonne vie et espérance et en même temps qu’une nouvelle appétence pour la rencontre ? Même les errements du père Abel avec sœur Antonietta sont signes de cette humanité partagée avec ceux qui sont dits « mis à part » du fait de sacrement de l’ordre….
Cette série, qui reste une fiction, est pourtant bien réaliste quant aux combats – gagnés ou même perdus – d’hommes, de femmes appelés à vivre une certaine radicalité dans l’engagement.
D’aucuns dans doute s’en offusquent trouvant scandaleux que l’Église soit une fois de plus décriée au travers d’affaires de pédophilie, d’homosexualité, de secrets d’alcôves sous couvert de soutanes rouges, violettes ou blanches… mais, malheureusement, c’est peu ou prou la vérité. Ainsi soient-ils, pour autant, ne vient pas jeter l’opprobre sur l’Église, ne se focalise pas sur les faits mais vient nous inviter à partager une expérience, à rencontrer, au travers de la caméra, des situations concrètes qui ont été, sont et seront vécues par des vrais gens et pas seulement au cinéma.
Amour
Ainsi soient-ils est une série qui ne fait que parler d’Amour. Amour de Dieu, Amour de l’Église, Amour des uns et des autres, Amour du pouvoir… Nous voyons bien en regardant cette série que rien de ce qui fait la vie des hommes et des femmes de ce temps n’est étranger à ces gens d’Église. La passion du père Fromenger pour aider les séminaristes à choisir par eux-mêmes ou celle de son conseil pour la règle et le dogme nous confrontent à nos propres passions au regard de nos contradictions. C’est une invitation à toujours chercher au plus profond de nous ce qui nous fait vivre davantage en faisant, parfois, fi de la règle. Car, comme Bernanos l’écrit dans Le dialogue des Carmélites : « Ce n’est pas la règle qui nous garde, c’est nous qui gardons la règle ».
Au cœur de cette passion du pouvoir, qui semble être le fer de lance des couloirs de la Conférence des Évêques de France, ou dans le désir d’une Église plus « humaine et plus proche » voulue par le père Fromenger et ses amis, nous voyons s’opposer deux visons de l’Église mais un seul et même mouvement : celui de rendre le Christ présent.
Tensions
Cette Église, que l’on soit proche de l’une ou l’autre vision, peut soit nous faire horreur, soit inviter à nous laisser habiter par nos tensions. Par exemple : pour Yann ,dénoncer son curé pédophile et vivre avec l’amour de Fabienne ; vivre son sacerdoce en cohérence avec son homosexualité pour Guillaume et transcender son curé veule et désagréable pour pouvoir vivre la joie d’une rencontre avec d’autres croyants ou non ; accepter que Tom n’entre pas dans son schéma de pensée pour José ou bien encore pour Mgr Poileaux rester fidèle à son humilité et à ses promesses au risque de perdre le Vatican. Ainsi soient-ils est en fait presque une école de discernement. Un discernement pour vivre davantage de la grâce de la rencontre par delà toutes entraves, fatigues et autres contradictions.
Capucins
L’esprit des Capucins scande les épisodes de cette série. Un esprit, forgé par le père Bosco, qui a réussi à percer la carapace de Mgr Poileaux à la fin du dernier épisode. Cette transformation, cette conversion de ce dernier, parfois hésitant, est due, à mon sens, à la découverte de son désir profond d’annoncer le Christ au-delà de toutes manipulations contrairement à son successeur, présenté comme carriériste et défendant une vision de l’Église quelque peu poussiéreuse. Le retour de Rome de Mgr Poileaux après le Conclave, sa passation de responsabilité de l’Église qui est en France lui a ouvert les yeux, tel Paul sur le chemin de Damas. C’est un chemin de liberté qui lui est ainsi offert, invitant à trouver des compagnons assoiffés comme lui d’une vie qui se déploie, au nom du Christ, par un quotidien, même pétris de contradictions. Mais n’est-ce pas cela la foi ? Entrer dans un mouvement d’amour nous amenant à nous interroger chaque jour davantage sur le poids de son choix et à s’enraciner en ceux qui nous font vivre davantage ?
Cette série des trois saisons est vraiment à visionner. Pour celui ou celle que la foi chrétienne habite c’est une occasion de la confronter avec les situations décrites dans Ainsi soient-ils. Situations qui résonnent sans nul doute avec une réalité passée ou présente. Laissons-nous rejoindre également par tel ou tel personnage, peut-être nous sentons-nous proche de l’un ou l’autre… Les auteurs nous invitent, sans doute à leur insu, à un itinéraire intérieur spirituel. C’est en quelque sorte le message que Mgr Poileaux veut nous faire passer lorsque avec empressement il veut faire revivre l’esprit des Capucins afin de vaincre une Église qu’il dit moribonde. Cet esprit n’attend pas pour annoncer le Royaume du Christ aux hommes et aux femmes de ce temps car comme dirait Mgr Poileaux : « Il est là, devant nous. Ça a toujours commencé ; ça a toujours déjà commencé »

Vers une mystique de l’autorité

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » cette citation bien connue de Gandhi est comme le résumé de l’invitation que François vient de nous faire depuis l’Amérique Latine. C’est à croire que le changement est une dynamique redondante chez ceux qui se prénomment François…. Plus sérieusement de ces derniers textes, le successeur de Pierre nous invite à être pleinement acteurs de notre société, sans attendre que le pouvoir vienne réaliser ce changement. Il s’agit plutôt, pour nous, de retrouver le chemin de l’autorité qui doit présider à toutes actions prenant ainsi le pas sur cette « obsession d’occuper tous les pouvoirs disponibles et de voir les résultats immédiats ».1 Continuer la lecture de « Vers une mystique de l’autorité »

Ambassadeurs de la grâce du Christ

« Christ est ressuscité, Alleluia ! » a été proclamé samedi au cœur de la vigile pascale. Ce cri de joie qui déchire la nuit du tombeau est le cœur de la foi chrétienne. « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi » nous dit Paul dans son épître aux Corinthiens. Avouons que cette affirmation qui change tout à notre vie, qui nous dynamise et dont nous avons, pour certains, fait l’expérience, a de quoi étonner. Cette résurrection, cette sève, cette joie qui parcourt la vie des chrétiens est parfois bien terne et difficilement explicable. Comment ne pas penser à tous ceux et celles qui souffrent en ce jour de Pâques au-delà de nos frontières comme sur les lits de nos hôpitaux, dans les maisons de retraite ou bien encore ceux qui souffrent de solitude, de pauvreté, d’exclusion… Pâques est pourtant aussi pour eux mais comment leur donner de goûter à Celui qui nous sauve, alors que leur vie peut ressembler au vendredi saint et à cette autre cri qui a déchiré les cieux : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » ? Continuer la lecture de « Ambassadeurs de la grâce du Christ »

Retrouver l’Humain

la technologie devient un bouclier, une armure qui fait écran à cette indispensable rencontre
La technologie devient un bouclier, une armure

Notre société nous abreuve d’informations à travers le flux continu des chaînes d’informations, radios, médias, internet… A vrai dire, est-ce vraiment de l’information car nous manquons de recul et de temps pour assimiler toutes ces données. Tout va vite, tout va trop vite pour comprendre les enjeux de notre société et le plus grave est que nous y devenons addictifs. Parfois, nous aimerions pouvoir dire « pouce » comme lors des jeux d’enfants. Mais, ce qui m’interroge le plus c’est que derrière toutes ces informations, il y a la vie des hommes, des femmes, des enfants.  Nous avons l’impression que tout cela se passe dans un univers parallèle, quelque part mais pas  dans notre monde. Il me semble plus qu’urgent de prendre le temps de ressaisir cet essentiel, de remettre, plus que jamais, la personne humaine au cœur de notre monde.

Dieu choisit l’Homme

Dans les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola, le passage de la contemplation de l’incarnation dit bien le choix de Dieu d’épouser notre humanité. Ignace invite le retraitant à

demander une connaissance intérieure du Seigneur qui, pour moi s’est fait homme afin que je l’aime et le suive davantage

L’intention de Dieu dans cette décision de rejoindre l’homme est de le sauver, de le conduire sur le chemin du partage, de l’échange. Il désire que celui qu’il a créé à son image soit davantage tourné vers l’altérité et la générosité que vers le repli sur soi et l’égocentrisme. Cela peut ressembler à un vœu pieux dans notre temps où la guerre est souvent plus prompte à être déclarée que les traités de paix et les pactes de non agression voire de coopération à être signés. Je ne parle pas tant des guerres avec les armes à feux, comme aujourd’hui au Mali ou bien encore en Syrie, mais de celles quotidiennes dans nos lieux de vie, de travail.

S’enrichir des différences

Nous avons tellement souvent soif de reconnaissance, de paraître, de posséder que nous oublions que l’autre est notre semblable. Qu’il est doté, lui aussi, de désir, de passion, de préoccupation. Pourquoi vouloir le réduire à un objet, à un exécutant qui n’a pas son mot à dire car il n’est pas décideur ? Ne pourrions-nous pas essayer de changer nos manières de voir nos contemporains, essayer, ne serait-ce qu’une fois, d’accepter leur  diversité qui fait peur. Si l’autre ne pense pas comme moi, je peux peut-être essayer de saisir comment cet écart peut porter des fruits. Il ne s’agit pas de niveler les points de vue, mais de les comprendre, de prendre le temps de les saisir pour ce qu’ils sont et non pour ce que je voudrais qu’ils soient. Il y a beaucoup trop souvent de malentendus dans nos échanges malgré les moyens modernes de communication. Ces derniers, au lieu de nous rapprocher, creusent la distance. Il devient commode d’envoyer un courriel au lieu de prendre son téléphone ou de se déplacer pour franchir la porte de l’autre. Cela devient un obstacle à la rencontre et la technologie devient un bouclier, une armure qui fait écran à cette indispensable rencontre.

La bienveillance en premier

Se souvenir de ce choix de Dieu en faveur de l’homme doit nous aider à saisir que l’entente, le dialogue est une manière de servir à la construction du Royaume. Acceptons de nous décentrer afin d’entrer dans une attitude d’écoute bienveillante de l’autre. Privilégions la conciliation à la confrontation. Nul n’est propriétaire de la vérité, aucune position personnelle ne doit être imposée à l’autre sous forme de diktat. Soyons dans une attitude de réception bienveillante de la parole de l’autre. Même si nous aimons avoir raison, il faut nous habituer à habiter notre temps avec une attitude humble ; acceptant que la fragilité de ma parole puisse rejoindre celle de celui qui me parle. Nous ne sommes pas des robots qui réagissent selon une programmation prédéfinie. Nous sommes des êtres de chair, d’os et de cœur héritiers d’un parcours de vie singulier qui oriente une manière de penser et de vivre qui, cependant, peut évoluer avec les rencontres, les lectures… tout ce qui dans notre vie nous déplace, nous transforme et nous fait devenir chaque jour davantage ressemblance avec ce Christ qui a choisi de nous rencontrer en épousant notre humanité.

Faire le bien

Dans les pages de l’Evangile, il est inscrit que Jésus passait en faisant le bien. Faire le bien pourrait être une invitation concrète afin de rejoindre le Christ. Souvent la distance qui nous sépare de nos contemporains est la même qui nous sépare du Christ. Nous ne pouvons pas aller à Dieu, si nous n’allons pas vers nos frères. Ils ne sont pas nos ennemis, des empêcheurs de tourner en rond mais, comme nous, invités à collaborer à l’œuvre de Dieu et à contribuer à construire la Cité de Dieu dans la Cité des Hommes. Un des obstacles pour que ces deux cités se rencontrent est, sans doute, notre quête incessante de productivité et de pouvoir, nous en voulons toujours plus et n’en avons jamais assez : un peu comme des enfants gâtés capricieux. Dans le même temps nous voulons tout maîtriser, les machines comme notre destin ou nos relations. C’est là une quête vaine, nul n’a connaissance de son avenir  et les autres ne pourront jamais être à l’image de nos désirs. Mettons le respect en premier dans nos rencontres, gardons au cœur et à l’esprit que l’autre est digne d’intérêt, que sa valeur ne réside pas en sa puissance de travail ou d’influence. Ce qui devrait faire notre joie c’est cette alliance entre sa singularité et ma singularité. Ensemble, cherchons à construire une œuvre commune fondée sur l’épanouissement et la croissance de l’humanité de chacun.

Histoire d’un âne

Demain, nous entrons dans la dernière ligne droite vers Pâques. Nous mangerons avec le Christ lors de la dernière Cène, le laisserons nous laver les pieds pour mieux les laver à notre tour.  à nos contemporains. Nous serons invités à le suivre, de près ou de loin, sur le chemin de sa Croix et en vénérant celle qui nous sera offerte, lors de l’office, nous méditerons sur la manière dont le Christ nous aide à porter nos propres croix. Enfin, après avoir apprécié le silence du tombeau, du jour sans Dieu, de la mort du Fils, nous nous réjouirons, le soir venu, autour du feu pascal de le savoir ressuscité pour nous, par le Père. Mais, avant tout cela, j’aimerai revenir sur un personnage de la Passion qui passe souvent inaperçu : l’âne.

L’âne est au début et à la fin de l’Evangile. Cet animal est connoté, il est souvent associé à la bêtise, à la stupidité (cf bonnet d’âne). Cependant, il est présent aux moments essentiels qui révèlent la divinité du Christ. Ainsi, on l’aperçoit auprès de Jésus-Enfant à la crèche, lors de la fuite en Egypte puis à on entrée triomphale à Jérusalem. C’est sur cette présence, juste avant, que je me suis arrêté dans la lecture du chapitre 11 de l’évangile de Marc.

Cette scène a de quoi étonner : des personnes viennent prendre un âne dans une ruelle et si quelqu’un s’en émeut il suffit de dire « Le Seigneur en a besoin ». Pourquoi pas, mais la réponse comme le geste est étrange. Mais il est intéressant que le Seigneur est besoin de quelque chose et que ce soit, une fois de plus, quelque chose de petit, d’innocent et habitué à des travaux parfois difficile. Serait-ce le signe que ce qui brille n’est le cœur des préoccupations de Jésus mais ce qui est difficile, ce qui souffre, ce qui est caché aux yeux de tous ? Également, il est demandé aux disciples de détaché cet âne et de l’apporter à Jésus pour qu’il monte dessus. Cet âne sera celui qui portera devant les yeux de Jérusalem, son Sauveur, celui qui apporte le salut du monde. Cela me fait penser que nous ausi avons besoin d’être détachés, d’être libérés pour pouvoir porter le Christ. Il nous veut libre pour la mission. Son chemin de croix, ses souffrances supportées, ses humiliations endurées sans renier son Père, ni manifester aucune agressivité envers ses agresseurs, sont là pour nous témoigner que l’amour de Dieu rend libre et porteur de sens. Cette mission que nous avons à vivre n’est rien d’autre que de suivre le Christ, le laisser nous conduire là où notre vie à le plus de sens, de goût. L’endroit où nous serons davantage cohérents avec le service de la mission du Christ c’est là où la paix, le bonheur et la tranquillité nous habiterons.

En ces jours saints, prenons le temps dans chacun des jours de ce Triduum pascal, de nous attacher à repérer une dominante par nos cinq sens. Ne cherchons pas autre chose que de nous laisser toucher par du concret ; le mystique viendra sans aucun doute en surplus. Demandons aussi  à Dieu de nous aider à devenir davantage à l’image de cet âne : disponible et libre pour porter le Christ aux hommes. Certes ce n’est ni le lion, ni le cheval, ni un aigle mais c’est lui qui a été choisi par le Christ en fidélité aux écritures.

Que le Fils nous aide dans ces derniers pas vers Pâques à demeurer fidèles en toutes choses et à demeurer attentif, comme lui, à la voix du Père pour entrer pleinement dans sa volonté grâce au don de l’Esprit remis sur la Croix.

Vers la joie de Pâques

Depuis le mercredi des cendres nous nous préparons à la fête de Pâques, nous sommes invités à entrer avec le Christ dans sa Passion. Chemin d’humanité, chemin de vérité, chemin d’authenticité qui nous invite à mieux le connaître et mieux l’aimer, mais aussi à découvrir davantage combien nous sommes souvent prompts  à lui tourner le dos.
Lorsque nous prenons le temps de regarder les événements qui conduisent Jésus à sa Passion et sa Résurrection nous pouvons être étonnés du comportement des foules, voire scandalisés par leur manque de constance et leur retournement, leur renoncement à leur foi très rapide. Ainsi, lorsque Jésus entre solennellement à Jérusalem (Lc 20), il est accueilli en Messie, la foule l’acclame, nappe de manteaux le chemin qu’Il emprunte assis sur l’âne royal. Quel enthousiasme, quelle consécration, Jésus est enfin accueilli comme il se doit, pouvons-nous penser. Cependant, l’Evangile n’est pas un conte de fées, avec un happy end, il est puissance de contestation de nos comportements et de nos fonctionnements complexes.
En effet, Jésus, dans ce passage, ne fait pas de triomphalisme, il demeure pleinement dans sa mission prophétique et nous renvoie à notre propre réalité. Ce qui compte, ce n’est pas de le célébrer avec tambours, trompettes et acclamations, c’est juste de l’accueillir pour recevoir la joie et la consolation. Sa Parole nous dérange souvent, même les pharisiens veulent le faire taire, mais il nous fait saisir qu’elle vient d’ailleurs, qu’elle est vie, force, dynamisme. Il n’est pas possible de taire cette Parole qui est acte, et qui veut nous construire en maison de paix, en rempart contre l’injustice, le mensonge et l’égoïsme. Accueillir Jésus, tel qu’il est, même dans ce qui me dérange, c’est être en mesure d’accueillir l’autre tel qu’il est, dans la simplicité du quotidien. Mais, pour cela, il nous faut nous enraciner dans la constance d’une foi en Dieu, en ce Dieu fait homme qui ne cesse de nous appeler à devenir sa ressemblance (1 Jn 3, 2). Ce n’est pas plus facile pour nous aujourd’hui, que pour les disciples  de Jésus qui vivaient avec lui au quotidien.
Quelques versets plus loin, nous prenons conscience de la versatilité des contemporains de Jésus. Une foule vient l’arrêter et parmi elle, Judas, un de ses intimes, de ses compagnons de chemin. Quelle déception doit habiter Jésus, mais au lieu de s’y appesantir, au lieu de lui faire un reproche, lui rappelant sa condition de disciple, Jésus le remet devant ses responsabilités : « c’est par un baiser que tu trahis le fils de l’homme » (Lc 22,48). Même comportement devant les gardes qui veulent l’arrêter manu militari. Jésus ne cesse de remettre l’homme devant ses inconséquences, ses contradictions. Il met en lumière la fragilité de nos prises de position, non pour les condamner définitivement et nous y enfermer mais pour nous inviter à nous appuyer d’abord sur Lui (cf . ps 8, 5). Là, est la pierre de fondation, sur le Christ, sur sa Parole qui nous invite à regarder plus loin, à oser affronter nos peurs, nos doutes, nos questions. L’apôtre Pierre ne s’y est pas trompé, lorsqu’il a pleuré, après s’être rendu compte qu’il avait trahi son maître et ami. Pierre comme Judas a trahi, mais la différence est que le premier s’en est repenti, ses pleurs et son mouvement en sont le signe. Pierre prend conscience de l’importance de la Parole du Christ et en la faisant sienne accepte de sortir de son refus, d’assumer son appartenance au Christ. Il y a toujours un avenir avec Dieu, il suffit d’accepter de lui faire confiance, de se remettre devant lui, à l’écoute de sa Parole.
C’est cela la puissance de Pâques, l’ouverture à l’inouï de la splendeur de l’Amour de Dieu. Il ne cesse de venir en notre monde, en nos vies, afin de les transformer, les transfigurer, les inonder de sa lumière jaillissante. Cette lumière du matin de Pâques nous fait tenir dans les difficultés, les doutes, les désespoirs car elle vient nous remettre debout, nous ressusciter.

La Contemplation dans l’action


Il nous arrive parfois de tout attendre de Dieu, de nous comporter en notre monde comme spectateur de la scène où Dieu jouerait. Ainsi, il est facile de se lamenter et de s’interroger sur l’action de Dieu en notre monde. L’Ecriture nous enseigne, depuis ses premières pages, que Dieu nous a offert la liberté afin que nous soyons « les intendants bons et fidèles » de sa création. Il nous place dans une attitude de responsabilité avec pour mission une véritable vigilance, non seulement quant au monde dans lequel nous vivons et évoluons, mais surtout à l’égard de nos frères et sœurs avec lesquels nous le partageons.
Parfois, nous pouvons être tentés, poussés par l’esprit de concurrence latent qui règne dans nos sociétés, de fragiliser l’autre, de le mépriser et de faire en sorte qu’il fasse une erreur. Cette attitude est contraire à ceux qui se réclament du Christ et nécessite une vraie conversion, un changement radical de comportement. Il ne s’agit pas de respecter une consigne mais bien d’établir le règne de la Paix et de la Justice dans notre monde.
La contemplation du Christ peut nous aider à sortir d’une sorte de légalisme religieux afin de rechercher ce qui nous fait grandir davantage. Il ne s’agit pas non plus de se comporter en mercenaire de l’Amour de Dieu. La justesse d’attitude et d’action doit guider nos vies. Nous pourrons alors rechercher les modalités concrètes qui améliorent le quotidien de chacun. Quand le Christ reprochait aux pharisiens leurs comportements ce n’était pas pour les enfoncer, mais pour leur montrer le contraste qui existait entre leurs paroles, la Parole qu’ils proclamaient, et leurs vies. Nous aussi, nous sommes constamment invités à mesurer cet écart afin de nous accorder à la douce mélodie de l’Amour  du Père, qu’Il ne cesse de nous porter malgré nos fragilités et nos faiblesses.
Gardons confiance dans le don de l’Esprit et relevons nos manches pour que ce monde soit habitable pour chacun.

A Noël, Dieu fait de nous ses enfants

La nuit de Noël, nous nous souviendrons, avec respect de la venue du fils de Dieu en notre humanité. La nativité doit nous conforter dans notre foi et dans notre action auprès de ceux qui nous sont confiés. Aussi aride que puisse être ce chemin à la suite du Christ, ne perdons jamais cette Espérance, cette étoile qui jaillit au cœur de cette nuit de Noël.

Dieu choisit, par l’incarnation de son fils, de faire définitivement alliance avec nous, en partageant pleinement notre humanité, Dès ce moment-là, Dieu vient nous dire, d’une manière particulière, qu’il compte sur nous, que nous sommes ceux en qui « il a mis tout son amour ». Si nous en doutons, relisons l’Evangile. Il ne nous abandonne pas après la mort du Christ, il le ressuscite et nous donne l’Esprit pour continuer la route. Ce chemin d’annonce au prochain, par un savoir-être au quotidien, de l’incommensurable amour de Dieu.

Noël est le début de cette nouvelle alliance avec Dieu que nul ne peut détruire. Peu importe ce que les autres peuvent penser de nous, peu importe notre fragilité, ce qui est essentiel c’est cet Amour inconditionnel du Père pour chacun de nous, ce même amour qu’il a pour son fils. A Noël, nous devenons, à notre tour, enfant de Dieu, « co-héritier du Christ ».

Que cette fête de Noël nous aide à affermir davantage notre foi, nous renouvelle dans l’Espérance et dynamise notre charité.