Paroles pour Parole

Pendant que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel revêtent leur tenue de sauveur de l’Euro et des banques, sans oublier de sauver la Grèce de la faillite (ce qui est tout de même une bonne nouvelle), les déclarations idiotes, iniques et ubuesques de certains ministres français demeurent. Il est vrai que la campagne pour 2012 s’est intensifiée, que le sortant sort du bois et que, celui que je soutiens, François Hollande, est en capacité de le remplacer. Cependant, une parole de l’Ecriture, entendue récemment, me semble être un point d’appui essentiel si nous voulons reprendre notre dignité et surtout, permettre à ceux que notre mépris ou tout simplement notre peur en prive, la retrouve.

 A croire que nous sommes sans cesse dans cet effet de balancier qui vise à ce que tout ce qui peut être positif se transforme en négatif. C’est une des forces majeures de ce gouvernement : la course à la proposition la plus immensément démagogique sans aucun lien avec le bien-être des personnes. Mais, à bien y réfléchir, nos gouvernants ne vivent peut être pas dans le même monde que nous. Ils ne connaissent pas les fins de mois difficiles, ni la nécessité de payer des factures toujours plus fortes pour ceux qui ont des revenus de moins en moins élevés. J’en veux pour preuve la déclaration de M. Wauquiez  (leader de la droite sociale – sic)  de « réserver une partie des logements sociaux à ceux qui travaillent. ». Faut-il comprendre que pour ce ministre de la République, chargé de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, les personnes sans emploi le font, non seulement exprès, mais sont en plus des profiteurs qui ont un magot leur permettant d’avoir une résidence principale confortable à… Neuilly ? Ou bien encore dernièrement l’évocation par certains parlementaires de créer un nouveau de taux de TVA pour renflouer les caisses de l’Etat. Si j’en crois les informations entendues récemment ce serait sur des produits qui aujourd’hui sont à 5.5% comme les plats préparés. Comme par hasard, une fois encore ( ?) ce sont des produits souvent achetés par des personnes aux revenues modestes… Nous marchons vraiment sur la tête et il est vraiment temps que nous changions de méthode de gouvernement, de gouvernants et, plus largement de manière de considérer nos concitoyens. Le Général de Gaulle avait dit que les Français étaient des veaux… Alors faisons honneur à cette expression et saisissons-nous de notre instinct grégaire pour affirmer démocratiquement, en 2012, notre volonté de changement.

 Il est de notoriété publique que je soutiens François Hollande. C’est un soutien raisonné car je crois qu’il est capable de battre Nicolas Sarkozy et de proposer un autre modèle aux Français. Pour autant, je ne crois pas aux miracles, ni aux belles déclarations. Je crois le candidat du PS lorsqu’il dit, dans son discours d’investiture, avoir entendu (et écouté j’espère) les souffrances des plus fragiles, de ceux qui travaillent et ne peuvent vivre que difficilement de ces revenus. Egalement, lorsqu’il manifeste sa confiance dans la capacité de mobilisation et de sursaut des Français. Mais, et il y a toujours un mais, s’il est élu, quelle sera sa capacité d’action, quelles marges de manœuvres aura-t-il dans une économie qui est de plus mondialisée où la finance a bien (trop) souvent plus de poids que le politique. Aura-t-il non pas la volonté mais cette désobéissante pugnacité de mener à bien son désir que « le rêve français », dont il est l’ardent défenseur, devienne réalité ? Ses quatre principes présentés lors de son investiture, comme candidat du PS, semble l’augurer et cette volonté de vérité, transparence, volonté et justice me permette de le croire. Alors, avec François Hollande partons à l’assaut et tâchons de permettre à cette espérance qu’il promeut de devenir réalité.

 Toutefois et conscient de l’impératif de séparation des pouvoirs entre le spirituel et le temporel et celui de non confusion des champs d’investissement, je ne peux m’empêcher de penser que l’Ecriture peut être utile dans un discernement chrétien en vue de l’action politique. Un passage de l’écriture me reste ancré dans le cœur depuis la fin de la semaine dernière. Il s’agit d’une lecture tirée du livre de l’Exode (22, 20-26) :

Quand Moïse transmettait au peuple les lois du Seigneur, il disait : « Tu ne maltraiteras point l’immigré qui réside chez toi, tu ne l’opprimeras point, car vous étiez vous-mêmes des immigrés en Égypte. Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin. Si tu les accables et qu’ils crient vers moi, j’écouterai leur cri. Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée : vos femmes deviendront veuves, et vos fils, orphelins.
Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n’agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d’intérêts. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. C’est tout ce qu’il a pour se couvrir ; c’est le manteau dont il s’enveloppe, la seule couverture qu’il ait pour dormir. S’il crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis compatissant ! »

C’est en quelque sorte la profession de foi de Dieu. Dans ce texte, Dieu fait saisir à son peuple qu’il ne le laissera maltraiter le plus démuni, celui qui est immigré, affamé, transit de froid. Ce texte n’est pas non plus angélique mais juste ; il met au centre de l’action l’homme. Au delà de toute dette ce qui doit être préservé c’est l’intégrité de l’homme, ne pas l’accabler ni lui faire rendre gorge parce qu’il doit quelques subsides. Cette attitude de respect à l’égard du prochain et surtout du « blessé de la vie » devrait nous faire réfléchir bien au-delà de la sphère ecclésiale et de la prédication domicile plus ou moins bien réussie. Il s’agit d’un enjeu d’humanité : celui de considérer l’autre de la même manière que j’aimerai être considéré par lui. C’est un présupposé chrétien mais surtout un présupposé humain.

Peut être que nos édiles et surtout ceux qui aspirent à la magistrature suprême devraient lire et relire ce texte le matin en se rasant. Ils y trouveraient, sans aucun doute, de quoi nourrir leur action politique et démocratique. Mais, la condition à la fois ultime et première est que ces mots aient véritablement un sens pour eux.

Servir la « res publica »

Étymologiquement, la république est la chose publique. S’engager en politique c’est d’abord être mû, j’espère, par ce désir d’apporter un renouveau, un bien à cette chose publique dont chaque citoyen, en démocratie, a la responsabilité. Nous sommes tous responsables de la cité. Au travers de scrutins électoraux, nous déléguons cette responsabilité à des hommes et des femmes qui sont appelés à nous en rendre compte au quotidien et pas seulement en période électorale. Les élections sont la confirmation ou l’infirmation de la bonne gestion du projet pour lequel nous avons mandaté ces représentants. Gageons qu’ils sont tous, de prime abord, sensibles à l’amélioration du bien commun, des conditions de vie de leurs concitoyens. Ensuite, ce sont les méthodes, les idées, les concepts et leurs mises en œuvre qui changent selon les partis politiques. Cependant, dans notre pays, nous pouvons avoir certains doutes et interrogations, tant l’image qu’ils renvoient, et ce dans l’ensemble de la classe politique, sans exception, est déplorable. Cette piètre image est peut-être la cause de cette désaffection du politique (tant au niveau du nombre d’électeurs qui se rendent aux urnes que du nombre d’adhérents au sein des partis politiques).
Il me semble que le combat d’idées, d’un modèle de société, d’une manière d’être laissé la place à la lutte à qui sera le plus populaire, le plus influent, le plus… C’est au bout d’un moment le pouvoir qui est recherché et non plus le service. Cependant, si nous voulons « refonder » la politique, il est indispensable de retrouver la motion première. C’est par l’exemple que nous pourrons redonner confiance à ceux que nous choisissions de servir. Il s’agit d’un service à rendre et non pas une soif de pouvoir à assouvir.
S’engager en politique, ce n’est pas d’abord partir à la quête d’un mandat. C’est s’inscrire d’abord dans une logique d’adhésion aux principes défendus par la famille politique choisie. C’est accepter le débat ad intra pour le porter sur la place publique. Au sein du parti politique, il est important d’appliquer la même éthique que celle que nous défendons à l’extérieur. Sinon, quelle crédibilité, quel chemin du service de nos concitoyens s’il n’y a pas de dialogue, de respect, de partages des idées ? Cela paraît une vue du monde politique très certainement utopique… Cependant, comment être crédible si le lieu d’apprentissage de la politique, n’est pas empreint de valeurs ? Le réel dit l’inverse : au sein même du parti, les luttes intestines existent. Qu’il y ait des divergences, des modalités différentes de mettre en œuvre les lignes de force, c’est plutôt sain. Mais ce qui apparaît, c’est bien plus faire taire celui qui ne pense pas comme le chef, par peur qu’il prenne la place. Cessons ce jeu de dupe. L’écoute est censée être l’un des fondements de toutes les relations humaines. Apprenons donc, surtout en politique, à écouter la parole de l’autre, même et surtout différente, elle enrichit. C’est le média principal de l’action politique, et par elle nous nous engageons et engageons les autres sur cette parole publique. Si nous ne voulons pas entendre chanter, à la fin de chaque discours, « paroles, paroles, paroles », soyons attentif à sa justesse. Elle doit résonner non seulement en cohérence avec l’action, mais aussi avec les idées.
Même s’il s’agit de l’exercice d’un pouvoir, l’action politique doit être avant tout orientée pleinement vers les autres, et non pas vers une catégorie de personnes. Même si le mandat qui est confié est le fait d’une partie, certes majoritaire, mais une partie seulement des électeurs. Il y a là un discernement à opérer et ne pas oublier la fin pour laquelle de l’élection existe : remplir un service pour le peuple. Il est indispensable d’avoir cela au cœur lorsque l’on s’engage en politique. Ce désir de se mettre au service des autres, de devenir une sorte de levier pour améliorer la vie quotidienne doit allier partage, débat d’idées et action. Ceci dans le respect d’une éthique. Il est inconcevable de faire n’importe quoi pour gagner des voix. Non seulement cela porte atteinte à la dignité de la politique et la décrédibilise, mais porte atteinte surtout à la dignité de l’homme. C’est sur les projets et leurs mises en œuvre que doit se jouer le combat politique.
Ce qui compte aussi, à mon sens, c’est la vérité d’une action associée à celle d’une parole. Celui qui s’engage en politique n’a pas la science infuse et le mandat qui lui a été confié ne lui donne pas une connaissance immanente. D’où l’importance de l’humilité, d’accepter de devoir s’appuyer sur d’autres, sur des collaborateurs, militants ou non, qui peuvent éclairer tel ou tel aspect. C’est une question de crédibilité. Accepter de déléguer, de travailler avec d’autres, de se laisser conseiller, même dans un militantisme de base, atteste que c’est un projet commun qui est porté, que c’est une équipe, une famille de pensée qui veut faire avancer, dans une certaine direction, les affaires publiques. Bien sûr, il faut des leaders, des têtes d’affiches, mais ce n’est pas une course au pouvoir solitaire ou une quelconque conquête du graal pour satisfaire un je ne sais quel nombrilisme. C’est marcher, ensemble, dans une même direction. C’est soutenir celui ou celle qui est « le meilleur d’entre-nous », le « plus apte » à nous représenter.
Porter une responsabilité politique, c’est véritablement entrer dans une démarche de médiation. Non seulement parce que l’on incarne une certaine idée du vivre ensemble pour ceux que nous représentons, mais aussi parce que nous avons à faire du lien. C’est peut-être ce qui manque le plus aussi. Nos concitoyens se plaignent de voir ceux qu’ils ont élus seulement en période de campagne électorale. Même si c’est faux, il demeure que la proximité est essentielle. Elle ne consiste pas seulement en des poignées de main mais dans une écoute véritable. C’est valable pour tout militant politique. Nos concitoyens ont sans doute plus besoin de sentir pris en compte de manière attentive et performative leurs problématiques qu’une pseudo-réponse immédiate et surtout peu pérenne (éviter le « je vous ai compris » suivi d’une non action). C’est une question de confiance, de respect et d’humilité.
Servir la « res-publica », c’est chercher avant tout à promouvoir, à mettre en avant, à soutenir tout ce qui peut améliorer le quotidien de nos concitoyens. Il est nécessaire de prendre de la hauteur et d’avoir en ligne de mire le bien commun, ce qui apportera des conditions aussi optimales que possible en vue d’un véritable vivre ensemble. Malheureusement, c’est trop souvent perçu comme des coups bas, les querelles de personnes, des petites phrases stériles le plus souvent, drôles parfois. Mais tout cela ne donne ni le goût de s’investir, ni de s’intéresser à un véritable débat d’idées. Alors pour redonner le goût de la politique, lui rendre ses lettres de noblesse, il faut que les militants et dirigeants politiques aient au cœur la vertu de l’exemplarité. Il est impératif que les idées prennent définitivement le pas sur tout autre chose qui parasite cette volonté de servir ses concitoyens. Le respect, l’écoute et la bienséance doivent être les maîtres-mots de l’agir en politique. C’est le porche d’une véritable éthique, d’une charte de bonne conduite de l’homme, de la femme politique.