Ambassadeurs de la grâce du Christ

« Christ est ressuscité, Alleluia ! » a été proclamé samedi au cœur de la vigile pascale. Ce cri de joie qui déchire la nuit du tombeau est le cœur de la foi chrétienne. « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi » nous dit Paul dans son épître aux Corinthiens. Avouons que cette affirmation qui change tout à notre vie, qui nous dynamise et dont nous avons, pour certains, fait l’expérience, a de quoi étonner. Cette résurrection, cette sève, cette joie qui parcourt la vie des chrétiens est parfois bien terne et difficilement explicable. Comment ne pas penser à tous ceux et celles qui souffrent en ce jour de Pâques au-delà de nos frontières comme sur les lits de nos hôpitaux, dans les maisons de retraite ou bien encore ceux qui souffrent de solitude, de pauvreté, d’exclusion… Pâques est pourtant aussi pour eux mais comment leur donner de goûter à Celui qui nous sauve, alors que leur vie peut ressembler au vendredi saint et à cette autre cri qui a déchiré les cieux : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » ? Continuer la lecture de « Ambassadeurs de la grâce du Christ »

Vers la joie de Pâques

Depuis le mercredi des cendres nous nous préparons à la fête de Pâques, nous sommes invités à entrer avec le Christ dans sa Passion. Chemin d’humanité, chemin de vérité, chemin d’authenticité qui nous invite à mieux le connaître et mieux l’aimer, mais aussi à découvrir davantage combien nous sommes souvent prompts  à lui tourner le dos.
Lorsque nous prenons le temps de regarder les événements qui conduisent Jésus à sa Passion et sa Résurrection nous pouvons être étonnés du comportement des foules, voire scandalisés par leur manque de constance et leur retournement, leur renoncement à leur foi très rapide. Ainsi, lorsque Jésus entre solennellement à Jérusalem (Lc 20), il est accueilli en Messie, la foule l’acclame, nappe de manteaux le chemin qu’Il emprunte assis sur l’âne royal. Quel enthousiasme, quelle consécration, Jésus est enfin accueilli comme il se doit, pouvons-nous penser. Cependant, l’Evangile n’est pas un conte de fées, avec un happy end, il est puissance de contestation de nos comportements et de nos fonctionnements complexes.
En effet, Jésus, dans ce passage, ne fait pas de triomphalisme, il demeure pleinement dans sa mission prophétique et nous renvoie à notre propre réalité. Ce qui compte, ce n’est pas de le célébrer avec tambours, trompettes et acclamations, c’est juste de l’accueillir pour recevoir la joie et la consolation. Sa Parole nous dérange souvent, même les pharisiens veulent le faire taire, mais il nous fait saisir qu’elle vient d’ailleurs, qu’elle est vie, force, dynamisme. Il n’est pas possible de taire cette Parole qui est acte, et qui veut nous construire en maison de paix, en rempart contre l’injustice, le mensonge et l’égoïsme. Accueillir Jésus, tel qu’il est, même dans ce qui me dérange, c’est être en mesure d’accueillir l’autre tel qu’il est, dans la simplicité du quotidien. Mais, pour cela, il nous faut nous enraciner dans la constance d’une foi en Dieu, en ce Dieu fait homme qui ne cesse de nous appeler à devenir sa ressemblance (1 Jn 3, 2). Ce n’est pas plus facile pour nous aujourd’hui, que pour les disciples  de Jésus qui vivaient avec lui au quotidien.
Quelques versets plus loin, nous prenons conscience de la versatilité des contemporains de Jésus. Une foule vient l’arrêter et parmi elle, Judas, un de ses intimes, de ses compagnons de chemin. Quelle déception doit habiter Jésus, mais au lieu de s’y appesantir, au lieu de lui faire un reproche, lui rappelant sa condition de disciple, Jésus le remet devant ses responsabilités : « c’est par un baiser que tu trahis le fils de l’homme » (Lc 22,48). Même comportement devant les gardes qui veulent l’arrêter manu militari. Jésus ne cesse de remettre l’homme devant ses inconséquences, ses contradictions. Il met en lumière la fragilité de nos prises de position, non pour les condamner définitivement et nous y enfermer mais pour nous inviter à nous appuyer d’abord sur Lui (cf . ps 8, 5). Là, est la pierre de fondation, sur le Christ, sur sa Parole qui nous invite à regarder plus loin, à oser affronter nos peurs, nos doutes, nos questions. L’apôtre Pierre ne s’y est pas trompé, lorsqu’il a pleuré, après s’être rendu compte qu’il avait trahi son maître et ami. Pierre comme Judas a trahi, mais la différence est que le premier s’en est repenti, ses pleurs et son mouvement en sont le signe. Pierre prend conscience de l’importance de la Parole du Christ et en la faisant sienne accepte de sortir de son refus, d’assumer son appartenance au Christ. Il y a toujours un avenir avec Dieu, il suffit d’accepter de lui faire confiance, de se remettre devant lui, à l’écoute de sa Parole.
C’est cela la puissance de Pâques, l’ouverture à l’inouï de la splendeur de l’Amour de Dieu. Il ne cesse de venir en notre monde, en nos vies, afin de les transformer, les transfigurer, les inonder de sa lumière jaillissante. Cette lumière du matin de Pâques nous fait tenir dans les difficultés, les doutes, les désespoirs car elle vient nous remettre debout, nous ressusciter.