La simplicité de l’hospitalité


Méditations au coeur du monde, Temps liturgiques / samedi, novembre 6th, 2021
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(Last Updated On: 6 novembre 2021)

La simplicité de l'hospitalitéEn ce 32e dimanche ordinaire, laissons-nous rejoindre par la simplicité de la veuve de Sarepta. Malgré la sécheresse qu’elle subit, elle offre l’hospitalité à Élie qui la lui demande. Elle n’a presque rien et prépare son dernier repas pour elle et son fils. L’insistance d’Élie peut nous paraître malvenue, malpolie. Pourquoi demander à cette pauvre veuve au-delà de ce qui lui est utile ? Veut-il qu’elle se sacrifie pour lui, qui est prophète ? Sommes-nous dans une forme d’abus de pouvoir ? Il faut voir au-delà du texte pour bien saisir le sens. La simplicité de cette veuve est celle qui nous est demandée pour servir le Seigneur. Il requiert de nous la disponibilité pour servir ce monde, offrir la galette de l’hospitalité à qui le demande.

La simplicité du don

Cette galette symbolique du premier Testament n’est pas sans nous rappeler ce pain, devenu corps du Christ, auquel nous communions. La simplicité du don, de l’accueil, crée la communion. C’est un des sens profonds de ce texte. Cette communion est aussi le fruit d’une requête, d’une demande. Nous ne sommes pas loin de Jésus qui s’adresse à la Samaritaine : « Donne-moi à boire ». Élie aussi demande à boire. Ainsi, Dieu, par son Fils ou ses prophètes, se fait mendiant. Étrange retournement de situation. Nous passons notre temps à lui demander quelque chose, même au cœur du Notre Père et pourtant, dans l’Évangile, c’est souvent Lui qui nous demande. Dieu est bien Celui qui est à la porte de notre cœur (Ap 3, 20), qui vient nous demander l’hospitalité, la communion. Car c’est bien là l’essentiel.

Si nous choisissons, dans la simplicité, de communier avec le Seigneur, de le laisser prendre une place dans nos vies, elles seront habitées de l’abondance de la joie du Seigneur.

« Sois sans crainte »

Pour cela, il nous faut chasser la crainte et entendre jour après jour le « sois sans crainte ». Avec le Seigneur nous avons à oser la confiance, à passer de la stérilité à la fécondité. L’alliance qu’il vient nouer avec nous n’est pas de la subordination, mais de la filiation. Par le Christ, nous sommes devenus ses enfants bien aimés, qu’Il ne cesse d’appeler au bonheur. Il nous appelle à la plénitude pour que la nôtre soit plénitude de la joie.

Voilà la simplicité de notre vocation chrétienne : être témoin de la joie de Dieu, missionnaire de son hospitalité, vigilant à ce que chacun soit pleinement accueilli.

La simplicité nous dépossède

Enracinons-nous dans cette importance de l’hospitalité. Elle est la clé pour que nos relations humaines soient dépossédées de toutes volontés de puissance, d’abus de pouvoir. Par l’hospitalité, nous devenons hôtes les uns des autres, habitants d’une tente commune. Cependant, une condition semble requise : celle de la confiance, de la foi commune dans la capacité de l’autre à me faire du bien. Sinon, ce n’est pas de l’accueil, mais de l’esclavage. Cette simplicité de la veuve de Sarepta peut nous aider à relire tous les moments où nous avons été hôtes. Avons-nous reçu ou été reçus « comme le Christ » comme demande la règle de saint Benoît ? Avons-nous su percevoir la voix de Dieu qui pouvait se révéler dans cet hôte, même s’il me dérange, ou ne fait pas comme je ferais ? C’est un appel à relire notre manière de co-habiter au quotidien, mais aussi sur notre Terre. Nous en sommes tous les hôtes et, par conséquent, avons à être vigilants.

Témoigner du fol amour de Dieu

Dans cette bienveillante vigilance, nous exerçons pleinement et librement notre vocation baptismale de vecteur du fol amour de Dieu. C’est cette conviction qui doit nous habiter et nous faire entrer dans la louange comme nous y invite le psaume de ce dimanche. Louer Dieu, car sa présence dépasse nos absences, nos pauvretés, nos cœurs lourds, lents à croire, notre foi si fragile. La présence de Dieu nous invite à vivre de son Évangile en plein monde, au cœur du monde. Notre louange nous entraîne à sa suite et fortifie notre foi. Elle n’est pas une ode à une idole, mais une déclaration d’amour au Dieu de vie. Elle vivifie notre Espérance. Nous pouvons faire cette expérience si nous avons la simplicité de laisser de la place à l’autre dans notre vie. C’est un lieu où le Seigneur peut nous visiter, même – et peut-être surtout – si cela nous dérange dans un quotidien bien rodé. Qui sait ce qui ce serait passé si cette pauvre veuve de Sarepta n’avait pas accueilli Élie… Et pourtant, dans son indigence, elle a fait de la place à l’autre.

La confiance nous rend disponibles

La générosité n’appauvrit pas, au contraire, elle enrichit et permet de saisir ce qu’est notre nécessaire pour vivre. Dans sa disponibilité à Élie, elle nous apprend la confiance qui peut naître des situations incongrues. Souvenons-nous que Dieu écrit droit avec des lignes courbes pour reprendre un titre d’un livre de Stan Rougier. Il dépasse nos planifications pour nous entraîner à nous en dépouiller pour (re)trouver la simplicité du cœur. Lorsque nous célébrons l’Eucharistie, ne faisons pas attention à ce qui entoure l’autel, à la beauté des chants et du jeu de l’orgue, ni même à la qualité de celui qui préside.

Accordons notre importance à l’essentiel : ce pain tout simple qui devient par la foi de l’Église le corps du Christ. La simplicité à son paroxysme devient la force qui fait trembler le monde.

La simplicité du corps du Christ

Ce simple bout de pain, devenu corps du Christ est la force des fragiles, car elle est donnée, offerte en partage pour la multitude. Il témoigne que l’abnégation, la dépossession, l’abandon et la confiance en l’autre sont des forces qui dépassent les armes de destruction massive. L’Amour de Dieu signifié par son Eucharistie est une instruction de construction massive, elle est ce qui doit nous aider à construire la communion de notre société tout entière.

Communier à l’Amour de Dieu qui se donne dans la simplicité du pain n’est pas une récompense ou un mérite, mais une nécessité. Elle nous entraîne à construire avec l’autre cette société du partage, de l’amour et de la disponibilité.

Gardons cette conviction à cœur et demandons au Seigneur de nous rendre davantage vecteurs de communion pour vivre en ce monde une fraternité renouvelée.

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