Le Christ et les malades du cœur ?


Méditations au coeur du monde / vendredi, février 9th, 2024
Temps de lecture : 5 minutes(Last Updated On: 9 février 2024)

Statue du ChristCe 6e dimanche ordinaire est aussi la journée mondiale de prière pour les malades. La première lecture et l’Évangile nous parlent d’ailleurs de la manière des malades, mais pas sous le même angle. Il est important de se souvenir que la maladie, la souffrance n’est pas un châtiment divin. Dieu ne vient pas punir en nous rendant malades. Cette vision est contraire à son infinie miséricorde, à sa tendresse pour chacun d’entre nous, à son fol amour.

Jésus venu pour les malades

D’ailleurs, notre foi nous engage à œuvrer pour être témoins de cette miséricorde de Dieu pour chacun. Aussi, n’entendons-nous pas, dans l’Évangile de ce dimanche que Jésus est pris de compassion pour ce lépreux. Jésus est saisi jusqu’aux entrailles devant la détresse de cet homme lépreux. Ce n’est pas rien d’être pris aux entrailles, d’être remué au plus profond de soi. C’est un sentiment profond et fort qui nous dit toute la tendresse de Dieu pour les malades.

De la détresse à la guérison

Cet homme vient vers Jésus avec toute sa détresse, sa foi, son désir et il le guérit par amour. Voilà l’action de Dieu dans toute sa densité : un amour qui rejoint le désir de l’homme. Un amour inconditionnel. Il ne lui est pas dit « je te guéris si… » Il n’y a pas de conditionnel dans cet amour. Jésus purifie et renvoie le lépreux aux règles de son époque.

Guérir, consoler, envoyer

Une fois encore Jésus ne vient pas transgresser les lois de son époque. Il n’est pas un révolutionnaire, un messie politique qui vient affirmer un leadership, une volonté de puissance. Il vient nous guérir, nous consoler et nous envoyer. Là est la profondeur de sa mission. Et nous ? Comment entendons-nous cet appel à la compassion ? Sommes-nous attentifs aux soubresauts de notre cœur, aux alertes qu’il nous donne pour entrer en communion, en compassion avec les autres ? Sans les autres, sans cette attention nous passons à côté de notre mission de baptisés.

Le difficile amour universel

Certes, il est difficile d’aimer tout le monde, nous ne sommes pas Dieu. Mais, rien ne nous empêche de ne pas être des malades du cœur qui sont étouffés dans l’égoïsme. La grâce de Dieu, son Esprit saint souffle au cœur du monde pour nous aider à ouvrir largement l’espace de notre cœur. C’est un défi de chaque jour et une urgence apostolique.

Des cœurs malades et compliqués

Pour entrer davantage dans cette dynamique nous pouvons reprendre cette prière qu’affectionne le pape François : « Jésus, que mon cœur ressemble au tien ». Cette petite phrase, gardons là au cœur. Elle est une aide pour nous dont la charité est parfois malmenée par notre quotidien, le poids du jour. Cette compassion, cette attention aux autres doit-être naturelle et non empreinte d’intérêt ou de désir de manipulation. Ne tombons pas dans l’excès du « faire semblant ».

Ne pas nuire

Si nous n’arrivons pas, malgré tout, à entrer dans une relation juste avec l’autre, tâchons tout de même de ne pas lui nuire. C’est de degré zéro de la charité, mais c’est déjà une bonne étape vers davantage de compassion et de liens. Ce qui importe c’est d’abord de prendre conscience que « notre cœur est malade et compliqué (Jr 17, 9) ». Le nôtre d’abord et par conséquent celui de l’autre.

La difficile justesse de relation

Il nous est toujours difficile d’entrer dans une relation juste et nos affects prennent souvent le dessus. Les sentiments ne sont pas une mauvaise chose s’ils nous font bouger. Au long de l’Évangile, nous voyons Jésus manifester des sentiments : de la compassion, de la colère… C’est ce qui nous rend pleinement humains. Mais, ils ne doivent pas complètement guider notre action.

Cœur et cerveau en dialogue

Le cœur et le cerveau sont nécessaires pour réaliser un bon discernement. Ce qui nous meut doit-être premier. Mais, prenons le temps de la faire dialoguer avec la raison en cas de doute. Un dialogue heureux, devant Dieu — bien sûr — où ce qui germe sera posé, offert, discuté avec confiance. C’est cette démarche que nous propose Paul dans la seconde lecture. Il nous enseigne que ce qui compte ce n’est pas sa propre gloire, sa propre opinion, les idées qu’il défend, mais de porter l’Évangile du Christ.

Respect l’autre

Dans cet infini respect que nous manifestons à l’autre, il y a un appel. Il permet de faire saisir à l’autre que mon action s’attache à s’enraciner dans l’amour du Christ. Pas facile, une fois encore, mais c’est pourtant essentiel. Comprendre le fossé qu’il existe entre ce désir et notre quotidien c’est saisir que notre cœur est malade.

Malades, le Christ peut nous guérir

Cette maladie le Christ peut la guérir avec notre concours. C’est une invitation à entrer dans la dynamique de conversion perpétuelle, de rencontre avec le cœur du Christ. Regardons les apôtres, tous les disciples du Christ à travers les âges et nous verrons que cette conversion à l’amour est possible. Elle vient avec le temps, dans une patience infinie envers nos pas lents. Mais dans l’assurance que c’est bien le Christ qui nous appelle à le servir au travers d’un amour plus grand.

Dépasser le mépris

Nous savons combien le mépris est tout aussi facile que la mauvaise critique. Nous nous laissons facilement aller à ces comportements aisés. Pourtant, ils sont destructeurs pour la personne concernée, mais aussi pour notre cœur. Manquer de charité, malgré nous, est une chose, mais le faire pour nuire ou rire de l’autre c’est abîmer volontairement le corps du Christ. Prendre conscience de nos comportements, travailler à y remédier c’est déjà avancer sur un chemin de conversion.

Compter sur l’Esprit Saint

Avançons avec la pleine assurance que l’Esprit nous sera donné si nous souhaitons guérir nos cœurs malades. Il est Celui qui nous indique, dans un discernement des signes des temps, les voies que nous pouvons prendre pour devenir aussi miséricordieux que le Père.

Entendre l’appel

Ne renonçons pas à cet appel à construire davantage un monde plus charitable, plus fraternel, plus juste. C’est, certes, une route sinueuse, escarpée, parfois semée de ronces plantées depuis longtemps dans notre cœur. Mais, avec le Christ, nous savons que cette maladie peut guérir. Entrons résolument dans un cœur à cœur avec Dieu pour avancer sur ce chemin de miséricorde. C’est alors que de malades nous deviendrons des hommes et des femmes heureux, emplis d’allégresse dont le Seigneur est la joie. (psaume 31) Telle est la grâce que nous pouvons demander à ce 6ᵉ dimanche.