L’Homme : principe et fondement de l’engagement.

Temps de lecture : 2 minutes
Print Friendly, PDF & Email

Lorsque nous prenons le temps de nous informer, nous avons comme l’impression que tout va mal et que cette crise ou plus ces crises sont bien loin d’être finies. Le mouvement premier devant ce constat est un repli sur soi comme pour mieux de protéger. Comme croyants, comme disciple du Christ, nous ne pouvons pourtant pas rester dans notre cocon. Nous avons le devoir d’agir et de nous engager.
S’engager au service de l’autre, c’est entrer dans une dimension qui dépasse tout calcul. Etre avec l’autre, cheminer à ses côtés dans un quotidien nous apprend que la seule vraie richesse c’est cette humanité partagée. Cette découverte doit nous conduire à une vigilance extrême sur la place que notre société veut donner à l’Homme. Bien trop souvent, c’est à une valeur marchande qu’il est renvoyé : « Dis-moi combien tu gagnes, je te dirais comment je te considère ». Les critères sont monétaires alors qu’ils devraient s’appuyer sur la richesse de l’expérience, des connaissances apprises. La question que nous devrions nous poser après avoir rencontré une personne est « qu’est-ce qu’elle m’a apporté dans mon humanité ? Comment l’autre m’a aidé, à pu éclairer sur mon chemin ?». C’est à un renversement de raisonnement qu’il nous faut opérer en se positionnant comme une personne qui a toujours à apprendre de l’autre quel que soit sa condition sociale.
Agir avec amour et vérité
 « Allez vers l’autre » est l’essentiel d’une attitude chrétienne mais, à la seule et unique condition, que ce soit guidé par un désir de rencontre et non pour faire bonne figure ou simplement par « charité » et « condescendance. C’est une véritable exigence que d’oser prendre le risque de rencontrer l’autre dans la plénitude de ce que je suis et de ce qu’il est. Laisser les masques au vestiaire pour se révéler dans un cœur à cœur pourrait, sans aucun doute, changer beaucoup de choses dans notre société. Le centre de gravité de cette dernière réside dans le cœur des hommes et des femmes. Pourquoi ne prendrions-nous la décision intérieure de vivre et d’agir en vérité avec nos contemporains ?
Etre avec l’autre
L’harmonie de notre société ce n’est pas une unanimité obtenue par une force de conviction ou de manipulation mais grâce à un consentement libre et éclairé acquis dans le dialogue et le débat. Dans notre investissement au cœur de la société, au service de nos frères et sœurs en humanité, ne soyons pas hypnotisés par l’efficacité. C’est ma manière d’être avec l’autre qui est le critère d’une vie réussie. C’est en comptant les uns sur les autres, dans la confiance, et en tâchant de se comprendre mutuellement qu’il sera possible de bâtir un monde nouveau. C’est à cette qualité d’être qui nous donnera les clefs pour sortir indemne de ces crises.
Ne cherchons pas ailleurs les solutions, elles résident dans le cœur de l’Homme souvent bien compliqué.

Vivre l’Esprit de Noël

Temps de lecture : 3 minutes
Print Friendly, PDF & Email

La fête de Noël fait souvent irruption dans notre quotidien, sans que nous ayons pris le temps de nous y préparer. Noël est la fête de la patience récompensée, de la gratuité d’un amour venu à nous. Noël, c’est le temps où l’on peut prendre conscience que le don est l’essentiel de notre vie.

Pour beaucoup de nos contemporains, Noël est avant tout une fête de famille et non une fête religieuse. Chacun a sans doute parcouru les villes débordantes de monde à la recherche du cadeau à offrir. Trouver le cadeau idoine qui fera plaisir à la grande tante ou au petit frère qui à tout.

Ne pourrions-nous pas plutôt réfléchir à ceux qui n’ont pas abondance de biens et s’efforce à offrir qu’une petite chose à Noël ? Il ne s’agit pas d’offrir beaucoup, de dépenser de grosses sommes d’argent mais d’essayer, par notre attitude, notre présence de dire quelque chose de l’amour, de l’affection, de l’intérêt que l’on porte à la personne à qui l’on offre un présent. Le plus beau cadeau que l’on puisse lui offrir, ne serait-ce pas que nous puissions pleinement être disponibles à la rencontre avec lui, à découvrir sa beauté intérieure ?

Entrer dans la dynamique du don

Cette fête de Noël doit nous aider à essayer d’éradiquer de notre cœur tout ce qui est puissance, autoritarisme et tout ce qui peut nous conduire à l’égoïsme. Notre société met en avant le chacun pour soi et oublie le chacun pour tous. Le chrétien doit lutter de toutes ses forces contre cette tentation. Il est invité au respect bienveillant avec chacun et surtout le plus fragile, celui qui n’a pas de grands moyens pour se défendre.

Le Père a choisi de donner son fils aux Hommes dans l’humilité de la crèche, rejeté de toutes les auberges. Notre Dieu rejette tout ce qui est puissance à la manière des Hommes. Sa force réside dans la douceur de son Amour. Cet Amour qui l’a conduit à offrir son propre fils pour chacun de nous.

Découvrir la joie d’être aimé

Même à Noël, les visages de nos contemporains ont l’air triste et préoccupé. Bien sûr, il y a beaucoup de bonnes raisons pour être inquiets et tourmentés. Notre monde ne va pas forcément au mieux et beaucoup s’interrogent, avec pertinence, sur l’avenir. A Noël, nous devrions pouvoir être capables de nous laisser dépasser ce quotidien, le temps d’une journée, pour nous ouvrir à la joie. Cette joie que nous avons d’être considéré comme aimables car nous ne serons pas seul ce jour-là. Cette joie de nous savoir rejoints par Dieu qui veut notre bonheur. Ce bonheur consiste d’abord à le recevoir comme le Sauveur, celui qui me met debout et me considère comme digne d’intérêt. A Noël, Dieu configure son fils à l’image des hommes, hormis le pêché. Nous devenons ainsi des fils de Dieu et par conséquent entrons dans la joie du Père. Noël, avant d’être une fête de l’abondance de biens, de cadeaux en toutes sortes, doit être celle de l’abondance de considération, de la présence gratuite de l’autre pour l’autre.

Paroles pour Parole

Temps de lecture : 5 minutes
Print Friendly, PDF & Email

Pendant que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel revêtent leur tenue de sauveur de l’Euro et des banques, sans oublier de sauver la Grèce de la faillite (ce qui est tout de même une bonne nouvelle), les déclarations idiotes, iniques et ubuesques de certains ministres français demeurent. Il est vrai que la campagne pour 2012 s’est intensifiée, que le sortant sort du bois et que, celui que je soutiens, François Hollande, est en capacité de le remplacer. Cependant, une parole de l’Ecriture, entendue récemment, me semble être un point d’appui essentiel si nous voulons reprendre notre dignité et surtout, permettre à ceux que notre mépris ou tout simplement notre peur en prive, la retrouve.

 A croire que nous sommes sans cesse dans cet effet de balancier qui vise à ce que tout ce qui peut être positif se transforme en négatif. C’est une des forces majeures de ce gouvernement : la course à la proposition la plus immensément démagogique sans aucun lien avec le bien-être des personnes. Mais, à bien y réfléchir, nos gouvernants ne vivent peut être pas dans le même monde que nous. Ils ne connaissent pas les fins de mois difficiles, ni la nécessité de payer des factures toujours plus fortes pour ceux qui ont des revenus de moins en moins élevés. J’en veux pour preuve la déclaration de M. Wauquiez  (leader de la droite sociale – sic)  de « réserver une partie des logements sociaux à ceux qui travaillent. ». Faut-il comprendre que pour ce ministre de la République, chargé de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, les personnes sans emploi le font, non seulement exprès, mais sont en plus des profiteurs qui ont un magot leur permettant d’avoir une résidence principale confortable à… Neuilly ? Ou bien encore dernièrement l’évocation par certains parlementaires de créer un nouveau de taux de TVA pour renflouer les caisses de l’Etat. Si j’en crois les informations entendues récemment ce serait sur des produits qui aujourd’hui sont à 5.5% comme les plats préparés. Comme par hasard, une fois encore ( ?) ce sont des produits souvent achetés par des personnes aux revenues modestes… Nous marchons vraiment sur la tête et il est vraiment temps que nous changions de méthode de gouvernement, de gouvernants et, plus largement de manière de considérer nos concitoyens. Le Général de Gaulle avait dit que les Français étaient des veaux… Alors faisons honneur à cette expression et saisissons-nous de notre instinct grégaire pour affirmer démocratiquement, en 2012, notre volonté de changement.

 Il est de notoriété publique que je soutiens François Hollande. C’est un soutien raisonné car je crois qu’il est capable de battre Nicolas Sarkozy et de proposer un autre modèle aux Français. Pour autant, je ne crois pas aux miracles, ni aux belles déclarations. Je crois le candidat du PS lorsqu’il dit, dans son discours d’investiture, avoir entendu (et écouté j’espère) les souffrances des plus fragiles, de ceux qui travaillent et ne peuvent vivre que difficilement de ces revenus. Egalement, lorsqu’il manifeste sa confiance dans la capacité de mobilisation et de sursaut des Français. Mais, et il y a toujours un mais, s’il est élu, quelle sera sa capacité d’action, quelles marges de manœuvres aura-t-il dans une économie qui est de plus mondialisée où la finance a bien (trop) souvent plus de poids que le politique. Aura-t-il non pas la volonté mais cette désobéissante pugnacité de mener à bien son désir que « le rêve français », dont il est l’ardent défenseur, devienne réalité ? Ses quatre principes présentés lors de son investiture, comme candidat du PS, semble l’augurer et cette volonté de vérité, transparence, volonté et justice me permette de le croire. Alors, avec François Hollande partons à l’assaut et tâchons de permettre à cette espérance qu’il promeut de devenir réalité.

 Toutefois et conscient de l’impératif de séparation des pouvoirs entre le spirituel et le temporel et celui de non confusion des champs d’investissement, je ne peux m’empêcher de penser que l’Ecriture peut être utile dans un discernement chrétien en vue de l’action politique. Un passage de l’écriture me reste ancré dans le cœur depuis la fin de la semaine dernière. Il s’agit d’une lecture tirée du livre de l’Exode (22, 20-26) :

Quand Moïse transmettait au peuple les lois du Seigneur, il disait : « Tu ne maltraiteras point l’immigré qui réside chez toi, tu ne l’opprimeras point, car vous étiez vous-mêmes des immigrés en Égypte. Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin. Si tu les accables et qu’ils crient vers moi, j’écouterai leur cri. Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée : vos femmes deviendront veuves, et vos fils, orphelins.
Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n’agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d’intérêts. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. C’est tout ce qu’il a pour se couvrir ; c’est le manteau dont il s’enveloppe, la seule couverture qu’il ait pour dormir. S’il crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis compatissant ! »

C’est en quelque sorte la profession de foi de Dieu. Dans ce texte, Dieu fait saisir à son peuple qu’il ne le laissera maltraiter le plus démuni, celui qui est immigré, affamé, transit de froid. Ce texte n’est pas non plus angélique mais juste ; il met au centre de l’action l’homme. Au delà de toute dette ce qui doit être préservé c’est l’intégrité de l’homme, ne pas l’accabler ni lui faire rendre gorge parce qu’il doit quelques subsides. Cette attitude de respect à l’égard du prochain et surtout du « blessé de la vie » devrait nous faire réfléchir bien au-delà de la sphère ecclésiale et de la prédication domicile plus ou moins bien réussie. Il s’agit d’un enjeu d’humanité : celui de considérer l’autre de la même manière que j’aimerai être considéré par lui. C’est un présupposé chrétien mais surtout un présupposé humain.

Peut être que nos édiles et surtout ceux qui aspirent à la magistrature suprême devraient lire et relire ce texte le matin en se rasant. Ils y trouveraient, sans aucun doute, de quoi nourrir leur action politique et démocratique. Mais, la condition à la fois ultime et première est que ces mots aient véritablement un sens pour eux.

Faire de la vie d’autrui un paradis

Temps de lecture : 3 minutes
Print Friendly, PDF & Email
Christian Bobin -  photo C. Hélie - Gallimard
Christian Bobin - photo C. Hélie - Gallimard

Christian Bobin est un écrivain français. Il est l’auteur de plusieurs livres dont les plus connus : Le Très Bas, La plus que Vive, Autoportrait du radiateur, la part manquante. Ces deux derniers livres sont Carnet du Soleil (Lettres Vives, 2011) et Un assassin blanc comme neige (Gallimard, 2011).
Christian Bobin cherche toujours à faire jaillir l’enthousiasme, la joie et le positif au fil de ses pages. Il m’a fait l’amitié de m’accorder – à titre professionnel – cet entretien.

Dans vos livres, vous nous faites percevoir qu’il ne faut jamais se résigner, que la lumière demeure même au cœur de l’obscurité. Comment en avoir la certitude ?

Il me semble que l’on peut atteindre, un jour où l’autre, le fond de cette vie et faire l’expérience qu’elle est bienveillante. Cette expérience ne s’explique pas et même si elle s’éloigne, elle ne s’efface pas tout à fait.
Si je ne devais garder qu’une seule phrase dans tous mes livres ce serait : « la certitude d’avoir été, au moins un jour, au moins une fois, aimé, c’est l’envol définitif du cœur dans la lumière ». Cette certitude m’a été donnée par une de mes amies proches, il y a trente ans. Cette amie est aujourd’hui morte. La joie qu’elle m’a donnée est toujours agissante.
Ce ne sont pas les grandes choses qui sont pertinentes. C’est la personne la plus immédiatement proche de nous qui peut nous ouvrir les portes du ciel.

Vous êtes très sensible au « salut », au fait qu’il est toujours possible d’ouvrir un avenir. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Le salut est un terme merveilleux et délicat. Il faut le prendre comme l’on prend un napperon en dentelle : du bout des doigts. Il faut le laver de toute relation de puissance. Il est toujours possible de se placer dans une situation de domination, de mettre la main sur l’autre sous prétexte de le sauver. Mais je crois fondamentalement que chacun de nous à plus à être sauvé qu’à sauver.
Ce qui compte toujours c’est le lien d’une personne à une autre. Un lien réel qui n’a rien à faire avec les écrans – qui portent d’ailleurs bien leur nom. Ce qui compte c’est la présence réelle qui me fait découvrir qu’il me manque quelque chose.
Le sens de cette vie c’est d’essayer d’aider quelqu’un ; faire de la vie d’autrui un paradis avant la grande traversée des flammes. C’est quelque chose qui nous arrache aux ténèbres du temps. Aider quelqu’un c’est comprendre que l’on est fait de la même substance que lui.

La figure de Dieu est très présente dans vos livres. Quel visage a-t-il pour vous ?

Le visage de celui qui me parle, à l’instant où il me parle. Dieu. C’est l’étincelle d’un rapport humain soucieux de vérité. La Vérité n’est pas toujours agréable à entendre ; le Christ n’était pas toujours tendre.
La rencontre réelle entre deux personnes. C’est le nom intime du divin. Cette rencontre est, parfois, difficile. Pour que le nom de Dieu résonne il est nécessaire que la rencontre soit tournée du côté du plus fragile. Une phrase de Jean Grosjean m’habite souvent en ce domaine : « Le regard des malades, des prisonniers, des bandits sur nous, c’est le regard de Dieu ».  La vie est faite de beaucoup de choses que l’on sent, que l’on ne peut pas expliquer. Il y a beaucoup de discours sur Dieu qui semblent connus d’avance, qui ne surprennent pas.  Le visage de Dieu c’est le visage du premier venu, de celui qui est dans le métro avec moi. Dieu est aussi celui qui tend sa main pour une pièce. C’est difficile à voir. Nous avons du mal à voir, à sortir de notre somnolence, de ce que l’on croit savoir, pour commencer à regarder.

Quelle Parole de Dieu fait sens pour vous aujourd’hui ?

« J’avais faim et vous m’avez donné à manger. J’étais prisonnier et vous m’avez visité ». Ce passage je ne le commenterai pas. L’étrangeté de cette parole me sidère, me coupe le souffle. Souvent, c’est ce qui vous coupe le souffle qui vous aide à respirer.

Aux morts !

Temps de lecture : 3 minutes
Print Friendly, PDF & Email

La France, la nation rend hommage, ce mardi 19 juillet, aux soldats morts ces derniers jours en Afghanistan. C’est, bien sûr, une bien triste nouvelle que de savoir ces jeunes hommes tombés sous le feu des bombes ou dans une embuscade. L’émotion a, sans doute, due être grande dans la cathédrale saint Louis des Invalides puis dans la cour des Invalides, lorsque le président de la République a prononcé l’éloge funèbre et lorsque les honneurs militaires ont été rendus. Le protocole a été respecté et les familles et les proches de ces jeunes, trop jeunes, militaires, n’en seront pas plus consolées  pour autant. Cependant, il y a des rites qui aident et qui marquent une étape essentielle pour avancer dans ce travail de deuil, si difficile.
Ce charivari médiatique autour du décès de ces soldats m’inspirent quelques réflexions. Tout d’abord un agacement. Ces militaires appartenaient, sauf erreur de ma part, à des troupes d’élites préparées, comme tout bon militaire, à l’exercice de cette mission. Certes, ils ne partent pas pour mourir mais connaissent le risque lorsqu’ils se sont engagés. Cela n’empêche pas leurs proches de ressentir de la tristesse et de la douleur quant à la mort de ces soldats. Cependant, au lieu de faire dans la gnangnan et la polémique politicienne, il me semble préférable de revenir aux fondamentaux du métier des armes et de mettre en valeur le professionnalisme de nos soldats. Également, il est important de souligner que le risque zéro n’existe pas.
Ensuite, en écoutant certains médias qui sont pourtant, d’habitude, gages de qualité et de retenue, réaliser des interviews de parents de soldats mort dans des conditions similaires ; j’aimerai les appeler à plus de respect et de professionnalisme. Il est aisé de comprendre qu’il n’est pas à la joie et que ce n’est pas avec légèreté de cœur et allégresse qu’il va (re)vivre ces moments d’hommage de la nation. Je n’accuse personne, mais j’en appelle, modestement, à de la retenue devant la douleur de ces personnes. Nous ne sommes pas aux jeux du cirque et il n’y a point besoin de pathos. De plus,  cela n’ajoute rien à l’information.
Devant le flux d’information concernant ces soldats défunts m’est revenu ce texte de Charles Péguy (1873-1914) :

Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.
Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.
Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol, à la face de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut-lieu,
Parmi tout l’appareil des grandes funérailles.
Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles,
Car elles sont le corps de la cité de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu
Et les pauvres honneurs des maisons charnelles.
Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans la première argile et la première terre.
Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre.
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.

Respectons donc la douleur, faisons silence pour respecter ces défunts mais n’en faisons pas trop. Chaque vie est unique et possède la même valeur que l’on soit « mort au front » à 20 ans ou isolé à plus de 90 ans, dans une maison de retraite. Les conditions et l’âge sont juste différents mais la tristesse et la douleur sont la même pour ceux qui reste et qui aiment ces personnes défuntes.

L’autre est mon semblable

Temps de lecture : 2 minutes
Print Friendly, PDF & Email

Respecter l’autre, c’est le considérer comme digne d’intérêt, lui manifester ma reconnaissance pour ce qu’il est. Avouons que ce n’est pas facile, que cela nous demande un effort et une conversion de chaque jour. Comme chrétien, nous n’avons pas d’autre choix que « d’aimer notre prochain comme nous-mêmes ».

Combien de fois sommes-nous tentés d’enfermer l’autre dans ce que nous aimerions qu’il soit ? Combien de fois avons-nous eu envie de le faire taire, ou bien encore de le faire disparaitre comme par magie de notre présent ? Reconnaissons que la violence, la colère, l’agacement sont bien plus présents dans nos vies que la bienveillance et l’accueil chaleureux et inconditionnel de l’autre. C’est, si j’ose dire, normal. Cependant, ne nous contentons pas de cette « normalité » qui, pour le chrétien, est complètement « anormale ». « Anormale » car nous sommes invités à ressembler au Christ miséricordieux empreint de douceur et de compassion. Mais, notre cœur est si compliqué et malade qu’il a du mal à se convertir à cet appel du Dieu qui nous demande de regarder le prochain comme le « visage du Christ ».

Compter sur Dieu

Se laisser convertir pour entrer dans cet indispensable respect est une véritable nécessité. Cela dit nous avons, très souvent, du mal à le vivre; et parfois l’impression que c’est du ressort de l’impossible. Alors, commençons à accepter que cela ne viendra pas d’abord de nous, de nos propres forces. Ensuite, demandons à Dieu de nous donner ce goût, ce désir de respecter l’autre, de l’aimer comme il est. Cette attention et cette considération de l’autre, dans la plénitude de sa personne, est un mouvement qui doit nous venir de l’intérieur même de notre cœur. C’est pourquoi, nous devons les recevoir de Dieu. C’est lui qui ensuite nous donnera de discerner dans le quotidien des jours le concret de cette attitude. Dieu ne fait pas sans nous et nous devons, à notre tour, apprendre à ne pas faire sans lui. Cela induit d’avoir l’intime certitude de sa fidélité et de son action au cœur de ce monde, au cœur de nos vies.

Regarder autrement

Avoir Dieu, à la fois comme point d’ancrage et tremplin pour aller vers nos frères est un bon point de départ. Cette certitude demande tout de même, de notre part, une mise en œuvre concrète afin de mieux respecter et donc aimer chacun de ceux qui sont nos frères et sœurs en humanité. Une chose simple est de lutter contre notre tentation récurrente de nous croire supérieur ou meilleur que l’autre. Nous sommes chacun différent et ce n’est pas notre position sociale qui fait ce que nous sommes. Il nous faut absolument apprendre à contempler l’autre afin d’essayer de saisir ce qui l’amène à être ce qu’il est. Respecter une personne, c’est reconnaître son parcours de vie et surtout sa singularité. C’est accepter sa différence comme une chance, une source d’enrichissement.

Pour poursuivre cette thématique, je vous invite à lire ce très beau texte de Maurice Bellet

Allez au cœur de Jésus avec Pedro Arrupe, sj

Temps de lecture : 2 minutes
Print Friendly, PDF & Email

Pedro ArrupePedro Arrupe a été préposé général de la Compagnie de Jésus durant 18 ans. Ce jésuite basque nourrissait une dévotion particulière pour le Cœur de Jésus. Il y trouvait la plénitude de la foi, cet amour de Dieu qui s’est fait homme, en Jésus, pour chacun de nous.

Le cœur du Christ, symbole de l’amour de Dieu, est pour le Père Arrupe ce qui l’a soutenu tout au long de sa vie. Malgré sa spiritualité toute tournée vers le cœur de Jésus, le Père Arrupe n’a pas souhaité en faire un axe majeur de son généralat. Toujours soucieux de ne pas choquer inutilement, il avait conscience des présentations parfois désuètes du cœur de Jésus. Il préféra alors en vivre intensément, comme la sève de son ministère, et laisser le temps à cette spiritualité faire son chemin et rejoindre, au temps favorable, les hommes et les femmes de ce temps.

Cependant, le cœur de Jésus, est, pour ce successeur d’Ignace, une des portes d’entrée les plus aisées pour aller vers le Christ. Il nous ouvre une intimité parfaite avec Dieu, il nous conduit vers la tendresse de son amour et nous aide à aller vers nos frères et sœurs avec un cœur paisible et attentif.

Le cœur du Christ peut également, selon de Père Arrupe, nous ouvrir à la tendresse miséricordieuse du Père. Il nous donne de connaître davantage Dieu. En s’attachant au cœur de son fils, nous sommes invités à entrer au plus près de l’amour de Dieu. Il nous dit sa tendresse pour chacun de nous et son désir de nous voir libre et heureux. Ce cœur de Dieu nous révèle l’intimité des relations entre les trois personnes divines. Ainsi nous saisissons que chacune n’existe que si elle est en communion avec les deux autres. A nous de suivre cet exemple, de nous ouvrir, en vérité, aux autres dans une réelle disponibilité. Cet attachement au cœur du Christ doit nous aider, pour reprendre les mots même d’Ignace de Loyola, à avoir le « désir d’être plus disposé à sauver l’expression de la pensée d’autrui qu’à la condamner » (E.S. 22).

Pour aller plus loin : http://www.jesuites.com/histoire/arrupe/

« Être un lieu d’interpellation mutuelle et bienveillante »

Temps de lecture : 5 minutes
Print Friendly, PDF & Email

Claude Baty, pasteur et Président de la fédération protestante de France a accepté de répondre, pour l’Armée du Salut, aux questions posées par votre serviteur.

  1. En tant que Président de la Fédération protestante de France, de quelles manières œuvrez-vous afin que l’unité soit en marche dans cette diversité d’Eglises rassemblées ?

 Il n’y a pas que des Églises dans la Fédération, il y a aussi des œuvres et des mouvements. Cela ajoute de la complexité. Il est important, tout d’abord, de se référer à la Charte de la Fédération Protestante. Il ne s’agit pas d’une confession de foi mais d’une charte de partenariat qui repose sur l’affirmation centrale de l’annonce du Salut par la grâce, reçue par la foi seule. Sur cette base qui crée une communion – manifestée par l’accueil mutuel à la Sainte Cène – nous proposons un projet partagé qui ouvre sur la rencontre avec les autres. Cela part d’une disposition d’esprit qui considère que les différences sont stimulantes même si ce n’est pas sans difficulté. La Charte est ainsi un moyen de progression. Ce qui est essentiel, pour moi, c’est cette volonté de rencontrer les autres à partir d’un socle commun qui sert de tremplin.

La vocation de la Fédération Protestante de France consiste à encourager l’ouverture et l’unité. Cette ouverture nous préserve de nous croire les dépositaires de la grâce. Nous ne cherchons pas à circonscrire, à barricader, mais, par notre ouverture, nous souhaitons être un lieu d’interpellation mutuelle et bienveillante. Ainsi, par rapport à l’Armée du Salut, nous pouvons l’interpeller sur son rapport à la Sainte Cène et lui laisser la latitude de nous interpeller sur l’importance donnée aux sacrements dans les autres Églises membres de la Fédération.

 2. Comme chrétiens nous sommes invités à « rendre compte de l’espérance qui est en nous ». Pourtant nous vivons souvent en tension entre le « service de Dieu » et le « service du Frère ». Comment vivre alors ces deux dimensions essentielles d’une manière pacifiée ?

 En principe, il ne devrait pas y avoir de tension. Dans l’Évangile, il est exclu de faire un choix. Tout le monde en est convaincu. Engagement social et évangélisation ne sont pas opposés, au contraire, ils sont indissociables. Mais, dans l’histoire, nous savons que cela n’a pas toujours été le cas. Il y a toujours un effet de balancier. Au XIXe siècle, il y a eu une croissance de l’engagement social. Cette accentuation de l’engagement social a fait craindre par la suite un engagement politique dangereux et a donc provoqué un repli sur  l’évangélisation et sur l’Église. Pour le croyant, le monde est alors perçu comme quelque chose de mauvais. Cette tendance existe encore dans certaines Églises. Elles prônent le repli communautaire pour vivre une foi pure. Ces positions extrémistes ne sont pas tenables. Être chrétien c’est tenir ensemble l’engagement social et l’annonce de l’Évangile. Il me semble important de réaffirmer cette nécessité. Cela signifie qu’il faut sans cesse s’interroger sur le pourquoi de notre engagement, au nom de qui nous allons vers nos frères et sœurs.

J’admets volontiers que les évolutions peuvent être difficiles et chaotiques mais il est essentiel de prendre conscience que nous n’avons pas à privilégier l’engagement ou l’évangélisation. Souvent dans notre action nous pouvons être suspectés, à tort, de faire du prosélytisme si nous affichons au nom de quoi, au nom de qui nous agissons. Cette question rejoint celle de la place du religieux dans la société.

 3. Vous êtes un ardent défenseur d’une laïcité ouverte, qui permet à chacun de vivre d’une manière apaisée sa religion. En même temps vous redoublez de prudence et de vigilance quant à son utilisation politique et polémique. Quels critères de discernement pouvez-vous donner pour vivre comme chrétien, de manière pleinement apaisée et ajustée, dans cette société en quête de sens ?

La relation entre Église et pouvoir a toujours été problématique et souvent malsaine. Là où il y a du pouvoir, il y a danger d’abus de pouvoir et perte de l’esprit de service. Quand l’Église s’associe au pouvoir pour asseoir ses convictions et, de même, lorsque le pouvoir cherche à utiliser l’Église, c’est calamiteux. D’autant plus que cela peut être au mépris de ceux qui ne sont pas membres de « l’Église officielle » et qui risquent de subir des persécutions. C’est pourquoi il faut être attentif à une égalité des citoyens dans la République. Chacun a le droit, et c’est inscrit dans la Constitution de notre pays, de professer sa foi et de célébrer son culte sans que cela lui porte préjudice. D’ailleurs, personne ne conteste ce principe. L’Église catholique a été, autrefois, en position de monopole par rapport aux autres religions et elle peut parfois connaître, encore aujourd’hui, des difficultés de positionnement et se sentir affaiblie. Le contexte actuel l’invite à partager sa place…

Les luttes autour de la loi de 1905 ont laissé des traces. Certains ont combattu l’Église pensant qu’elle souhaitait prendre le pouvoir. Or ce n’est pas là la vocation de l’Église. C’est la même réaction de certains « laïcards » aujourd’hui vis-à-vis de l’islam. Ils le voient comme une institution qui passe son temps à « tester » la République. Penser cela, c’est ne pas être dans la réalité mais dans le fantasme partagé, d’ailleurs, par certains politiques à des fins électoralistes.

Les questions de laïcité deviennent des enjeux politiques et il est important que les religieux ne se laissent pas instrumentaliser. C’est d’ailleurs le sens que prend la déclaration de la Conférence des responsables de culte en France . Elle rappelle des vérités simples afin que personne ne puisse se permettre de parler à notre place. Il est fondamental de repréciser que la religion n’est pas synonyme de violence. Il ne faut pas se laisser piéger par ces raccourcis. Nous refusons toute association entre la violence et la religion. Cette parole commune est significative.

Enracinés dans l’Amour de Dieu

Temps de lecture : 3 minutes
Print Friendly, PDF & Email

Le quotidien nous accapare bien souvent. Il nous arrive de nous sentir débordé, angoissé peut-être même paniqué devant les tâches à accomplir. Dans ces cas là, il nous faut prendre du recul et nous souvenir que c’est dans le calme et la paix que nous accomplissons l’essentiel, en communion avec Dieu.
Nos agendas sont remplis, nos journées passent à vive allure et les dossiers à traiter se multiplient. Malgré un travail acharné, une organisation redoutablement efficace, nous ne voyons pas la fin de la tâche courante à accomplir. Et si tant est que nous commencions à en voir le commencement de sa fin, un dossier encore plus urgent viendrait se greffer et retarde l’achèvement de l’actuel.
Vivre libre avec Dieu
Cette description ressemble au quotidien de beaucoup d’entre nous. C’est alors que peut se poser la question de l’essentiel, de ce qui a réellement le plus de sens et m’aide à accomplir le désir que Dieu a pour moi : celui de le servir en esprit et en vérité. Il ne s’agit pas de faillir à son devoir d’état et d’aller prier au lieu de travailler. Il s’agit de vivre dans toutes nos actions en union intime avec le Dieu et Père de Jésus-Christ. C’est un impératif de santé spirituelle, de sainteté pour celui qui souhaite marcher sous l’étendard la Croix. Prendre ce chemin demande tout d’abord d’en recevoir la grâce et donc de la demander. Le Seigneur ne fait pas sans nous et ne force pas notre liberté. Au contraire, il vient nous permettre de la vivre pleinement en nous disposant à le recevoir dans nos vies quotidiennes.
Inclure Dieu dans mon quotidien
Pour vivre de Dieu et avec Dieu au milieu de nos préoccupations quotidiennes, il faut l’inclure au cœur même de ces dernières. Il est possible par exemple de les lui présenter de la même manière qu’à un collègue. L’appui d’un frère ou d’une sœur dans la foi peut aussi être une grande utilité pour discerner la volonté de Dieu dans ce quotidien. Il y a peut-être quelque chose de l’ordre de la conversion, de l’abandon à la divine providence à vivre. L’important dans l’accomplissement de nos œuvres, dans le service à effectuer, c’est la qualité d’amour que l’on y met. Comme chrétiens, ce que nous réalisons est une manière de rendre présente dans ce monde l’œuvre du créateur.
Ambassadeurs de l’amour de Dieu
Nous sommes comme en « ambassade » pour le Christ et nos manières de faire, de vivre, de nous comporter doivent être orientés, ordonnés, conformes à accomplir sa volonté. Pour cela, il est nécessaire d’accepter de nous laisser saisir par l’amour du Christ. Il doit être premier dans nos vies et en être le moteur même. Sans cet amour, il manquera une âme à ce que nous réalisons. Cet amour n’est pas à comprendre dans une dimension sentimentale mais comme la manière authentique de se donner à Dieu et donc à ses frères et sœurs. C’est en nous enracinant dans cet amour qui unit les trois personnes divines et qui se dit dans l’incarnation de Jésus que nous pourrons affronter notre quotidien si souvent chargé voire surchargé.