Pour des rencontres en vérité


Méditations au coeur du monde, Temps liturgiques / samedi, avril 17th, 2021
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En ce troiRencontres avec le crucifié-ressuscitésième dimanche après Pâques, nous continuons d’écouter, dans l’Évangile, des récits d’apparition du Ressuscité. Aujourd’hui nous avons la suite du récit de Luc des pèlerins d’Emmaüs. La bonne nouvelle des rencontres avec le crucifié-ressuscité n’est pas gardée pour eux. Ils se précipitent, tel le matin de Pâques, pour en faire le récit au groupe des disciples. Nous voyons ainsi qu’une telle nouvelle, qui brûle le cœur, est faite pour être partagée. Nous-mêmes, lorsque nous avons le cœur en joie, nous sommes habités du désir de le partager. Alors, combien, celle de la rencontre avec Celui qui vient changer nos vies doit être pressante. Ce qui compte vraiment, c’est le partage de cette nouvelle. Le récit n’est pas seulement factuel mais aussi spirituel. Ce qui a marqué les disciples d’Emmaüs, c’est leur rencontre personnelle avec le Christ et sa catéchèse.

Annoncer la Bonne Nouvelle

C’est une indication, pour nous, qui cherchons à évangéliser, à annoncer la Bonne Nouvelle. Il est important de nous souvenir qu’elle est d’abord le récit d’une rencontre avec Celui qui nous partage sa vie et son pain. Mais cette rencontre doit s’incarner dans une communauté. Le Christ ne s’est pas manifesté à des personnes seules, elles étaient toujours en groupe, embryon de l’Église naissante. Peut-être pour que cette apparition puisse être attestée par un autre, mais, surtout, parce que c’est une histoire collective.

Habiter l’Église

Certes, notre foi, notre histoire avec le Christ sont intimes et personnelles mais elles prennent corps dans le collectif qu’est l’Église. Aussi imparfaite soit-elle, elle est le lieu où nous entendons la Bonne Nouvelle pour mieux partir à la rencontre des femmes et des hommes de ce temps. Cette Bonne Nouvelle doit nous habiter à chaque instant et nous avons, sans cesse, à nous y ajuster. C’est ce que nous pouvons appeler le besoin de conversion. Il ne s’agit pas de faire pénitence à chaque instant et de porter le vêtement de deuil, mais, plutôt, d’entrer dans une louange continuelle quant à l’amour de Dieu.

Des rencontres ratées à la conversion

Nos fragilités humaines, toutes ces rencontres ratées, ces non-dits et autres manques d’amour rompent l’alliance que Dieu ne cesse de vouloir lier avec nous. Ce lien, pourtant essentiel à notre vie humaine et spirituelle, nous avons à le restaurer par cette conversion. C’est tourner notre cœur vers le Seigneur. Dans une prière confiante, aimante et constante, nous pouvons reprendre les mots du psalmiste de ce dimanche : « Qui nous fera voir le bonheur ? Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage ! ». Oui, demandons au Seigneur d’être le reflet de cette lumière que nous avons allumée le soir de Pâques. Ce feu vaillant, qui éclaire la nuit, doit aussi réchauffer nos cœurs refroidis par tant de tristesse, d’amertume, de détresse qui peuvent nous habiter. Il peut aussi brûler notre égoïsme et notre incapacité à aimer, à nous décentrer. Tout cela empêche notre conversion, de tourner la tête vers le Seigneur pour nous laisser aimer par Lui, tels que nous sommes.

Entrer dans la joie

Cette attitude, ce désir, cette grâce que nous avons à demander au Seigneur nous donneront d’être habités par cette joie sereine qu’apporte la paix du cœur. Il ne s’agit pas d’une joie béate, un peu niaise, mais d’un dynamisme intérieur qui nous donne le courage de l’avenir. Cette rencontre personnelle avec le Seigneur nous donne de participer à son œuvre salvifique, à ce fol amour. Ainsi, nous accepterons nos pauvretés, nos infirmités et pourrons mettre nos vies au service de la communauté humaine.

Dieu nous fait confiance

Par ses apparitions, comme c’est le cas, dans l’Évangile de ce dimanche, le Seigneur nous manifeste sa confiance. Il se montre aux disciples en témoignage de l’accomplissement des Écritures. Mais aussi pour leur annoncer : « Je vous fais confiance, je vous aime tellement que je suis venu vous le dire, même au-delà de la mort. » Cette parole de vie entraîne les disciples, et nous à leur suite, à proclamer cette vérité au monde entier.

Des rencontres qui restaurent la vie

Ce fol amour de Dieu qui restaure la vie est le trésor de notre foi. Il nous invite à placer notre vie sous le regard aimant de Dieu, de lui faire confiance et de le mettre dans toutes nos rencontres. Cette foi que nous manifestons au Seigneur n’a rien de magique. Elle nous place dans le dynamisme du souffle de Pentecôte qui nous donne l’audace de parler, qui nous permet d’essayer de prononcer une parole la plus authentique possible. Pourquoi craindre d’être vrai si c’est pour que cela nous conduise à la mort intérieure. Le mensonge, le paraître, la médisance assèchent le cœur et embrument l’esprit. Le crucifié-ressuscité vient nous libérer de la frayeur et de la crainte pour nous conduire dans la confiance.

Les stigmates : jalons pour le combat

Souvenons-nous des stigmates : la victoire de la vie sur la mort laisse des traces. Elles sont le souvenir que le combat en vaut la peine, mais qu’il est rude. Mais nous ne sommes pas seuls. Non seulement les trois personnes divines sont à nos côtés, mais nous entrons dans cette lutte pour la vérité de nos rencontres en communauté. Nous avons à nous porter les uns les autres dans cette lutte pour la vérité de nos vies. Dans la fraction du pain et l’offrande du vin, le Christ s’est offert en communion.

La communion forme la communauté

Ainsi, lorsque nous nous approchons de la table eucharistique, nous communions à son corps, mais aussi à la communauté des femmes et des hommes de ce temps. L’offrande du Christ est pour l’humanité entière, la multitude de ceux qui habitent notre terre. Elle n’est pas réservée à une élite qui aurait fait une rencontre du troisième type. Cette intelligence des Écritures à laquelle tient particulièrement Luc dans ce passage est valable pour nous. Lisons, prions l’Écriture. Qu’elle soit notre nourriture quotidienne pour que, dans chacune de nos rencontres, nous puissions discerner le visage du Christ, devenu notre frère.

Que la joie qui émane du dimanche de Pâques habite notre cœur, malgré les incertitudes et les douleurs. Nous découvrirons alors que le crucifié-ressuscité les porte avec assurance auprès du Père et nous donne la force de les transformer, de les transfigurer malgré la blessure, parfois béante, tel le côté ouvert du Christ.

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