Une Royauté d’humilité


Méditations au coeur du monde, Temps liturgiques / samedi, novembre 20th, 2021
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(Last Updated On: 20 novembre 2021)

Christ, fr. Yves, osbNous voici au terme de notre année liturgique. Ce dimanche, nous célébrons le Christ, Roi de l’Univers. Cela peut paraître étrange de célébrer la Royauté du Christ. Dimanche après dimanche nous l’avons contemplé dans sa marche à la rencontre des femmes et des hommes de son temps. À aucun moment, il n’a manifesté une quelconque supériorité ou position surplombante. Au contraire, il s’est toujours attaché à être au plus près des plus humbles. Étrange Royauté alors que celle du Christ ? Quel sens peut-elle avoir pour nous puisqu’elle n’est pas à la façon du monde ? Jésus nous prévient dans l’Évangile de ce dimanche que sa royauté est autre. Il est sans armée, sans courtisans, sans protection. C’est un roi nu qui se manifeste sur la croix.

La nudité du Christ, signe de sa Royauté

La nudité du Christ nous enseigne que nous ne devons pas être dans des rapports de domination les uns envers les autres. Il est inutile de chercher le pouvoir, la puissance, une position de surplomb dans nos relations si nous souhaitons devenir davantage les disciples de cet « homme que l’on appelle Jésus ». Sa Royauté est celle de la non-puissance puisqu’elle n’a qu’un seul but : nous faire saisir que l’Amour de Dieu doit être premier dans notre vie.

Une Royauté de service

Célébrer la Royauté du Christ c’est se souvenir de la scène du lavement des pieds et de son dernier repas. Le Christ se met à genoux devant ses disciples pour leur montrer que le chemin d’humilité est la route qu’il nous faut suivre. Lorsqu’il partage son corps et son sang, pour la multitude, il nous fait saisir que nous avons à nous offrir les uns aux autres pour faire corps, pour manifester l’unité dans la diversité du Peuple de Dieu. Nous voyons bien ainsi que cette royauté est différence et que l’exercice du pouvoir du Christ est bien différent de celui après lequel beaucoup d’entre nous courent. Il nous faut donc avoir à l’esprit que si nous voulons servir, exercer une quelconque autorité, c’est de l’abnégation, de l’humilité et de la charité qu’il nous faut avoir.

Pouvoir et autorité

Les abus de pouvoir en tout genre et particulièrement les crimes sexuels au sein de l’Église marquent notre temps. La question de l’exercice du pouvoir est souvent au cœur de cette réalité. Peut-être que cette fête de la royauté du Christ peut nous aider à faire la différence entre pouvoir et autorité. Le Christ est titulaire des deux. Chez Lui, aucune tentative de manipuler. Il ne cesse de renvoyer les uns et les autres à leur liberté. Souvenons-nous du « venez et voyez » adressé aux disciples ou bien encore des nombreuses fois où il questionne son interlocuteur par « Que me veux-tu ? » C’est une manière d’entrer chastement en relation en laissant l’autre pleinement libre.

Le présupposé positif : clé d’une alliance

Nous avons à nous inspirer du Christ dans cette manière de faire alliance avec d’autres. Ne cherchons pas à leur imposer nos manières de faire, de penser. Nous n’avons pas raison tout seul. Soyons plutôt attentif à ce que l’autre souhaite nous dire. Même si je ne comprends pas spontanément, il est essentiel d’avoir ce souci du présupposé positif cher à Ignace de Loyola.

Á la recherche d’une parole vraie

Nous voyons bien, dans l’Évangile de ce dimanche, la manière dont Jésus se comporte avec Pilate. Ce dernier fait mention de sa royauté, mais Jésus, au lieu de lui répondre directement, lui demande de qui il tient cette affirmation. Et nous, quand nous parlons, tenons-nous notre propos de nous-même ou est-ce un propos rapporté, voire colporté ? La tentation est grande de nous laisser entraîner dans la rumeur ou le colportage de fausses nouvelles. Mais, nous comporter ainsi c’est commettre comme des « petits meurtres entre amis ». Lorsque nous portons une parole, ayons soin non seulement de la vérifier, mais surtout de bien la comprendre. Prenons ce temps essentiel au risque que la précipitation nous conduise à notre perte et à celle du sujet de cette parole.

Se laisser dérouter par la Parole

Dans l’Évangile, Pilate rapporte des propos qui sont certes vrais, mais paradoxalement erronés. Oui, le Christ est roi, mais pas à la façon du monde. Mais, Pilate ne comprend pas cette royauté, il est déstabilisé par la réponse de Jésus. C’est une bonne chose d’être déstabilisé par la parole du Christ. Cela peut signifier qu’elle nous ouvre un chemin vers cette vérité qu’il est venu nous apporter. Mais, pour autant, elle n’est pas quelque chose d’immanent. La vérité du Christ, nous dit l’Évangile, se manifeste dans l’écoute de Sa parole. En fait, elle est celle du Père. Par elle, Il nous témoigne de son infaillible fidélité. Cette dernière se manifeste de manière définitive par l’Incarnation de son Fils.

La Royauté de l’Incarnation

Sa venue au cœur du monde nous témoigne de son infinie tendresse, de sa miséricorde et de son amour. Ce ne sont pas seulement des sentiments, mais la vérité et la puissance de Dieu. Sa « toute puissance » que nous aimons revendiquer n’est pas autre chose que cela. Par son Fils, il nous a montré par quel chemin il fallait passer pour mieux le servir et l’aimer : la proximité avec chacun en son nom. Elle nous fait devenir non pas des sujets de ce Christ-roi mais ses amis et ses frères. Désormais, depuis notre baptême, nous partageons la royauté du Christ. Elle n’est pas un pouvoir de soumission, mais un pouvoir de libération.

Invités à participer à la Royauté du Christ

En nous faisant participer à sa Royauté, le Christ nous invite à libérer l’énergie de l’amour, de la générosité et de la compassion. Cette royauté est « règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix. », nous dit la préface de ce dimanche. Aussi, nous avons la responsabilité, du fait de notre consécration baptismale de l’annonce, de la vivre et de la faire vivre au cœur de ce monde. N’attendons pas demain pour vivre de cette espérance, bien que conscients de nos pauvretés.

Hâtons-nous donc de demander au Père, par le Fils et dans l’Esprit, la grâce de pouvoir être ces disciples-missionnaires impatients de faire advenir le Royaume de Dieu par nos vies et nos voix, en plein monde.