Combattre avec pour toute arme la Parole

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Christ en croix de la chapelle du Château de Javier (Espagne)

Le carême n’a jamais eu pour moi une dimension de privation. C’est bien plus une occasion de « sentir et gouter intérieurement » le don que Dieu me fait en son fils dans le chemin vers sa Pâque. C’est véritablement une invitation récurrente à saisir, à nouveau frais, cet invitatoire, que nous offre la Liturgie des Heures durant ce temps liturgique :

« les yeux fixés sur Jésus, entrons dans le combat de Dieu ».

Si le Carême nous met dans l’ambiance du combat  – victorieux – de Jésus, contre toutes les tentations c’est pour nous proposer d’entrer chaque jour qu’il fait dans cette lutte, qui pour moi, est si bien résumée au chapitre 25 de l’Evangile de Matthieu. Il est si difficile chaque jour de regarder l’autre comme celui que j’ai à aimer, car il est, tout comme moi, crée à l’image de Dieu, que ces 40 jours vers Pâques ne suffisent pas. Même si je peux comprendre qu’il puisse s’agir d’un tremplin. Pour moi chaque jour est à la fois un carême, une semaine sainte et l’exaltante fête de Pâques.

Une écharde dans l’effort

Nos vies sont suffisamment lourdes, à la fois des petites contrariétés quotidiennes mais aussi des échardes dans la chair que nous pouvons porter comme des croix, qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter. Je tâche plutôt  de me réjouir de cette grâce de Dieu quotidienne qui me devance et m’appelle à cette contemplation de son œuvre. La Parole de Dieu méditée chaque jour et pas seulement durant ce temps de carême, me donne d’accroire cette familiarité avec Dieu, de mieux entendre de quelle manière elle résonne en moi et comment je veux et je peux aussi, à mon tour, entrer concrètement en résonance avec elle. Dans cette perspective, le carême n’a pas de spécificité propre hormis la liturgie qui comporte une certaine réserve et retenue en vue de cette belle fête de Pâques.

De la liturgie à la Grâce

La liturgie de la Semaine Sainte est, en théorie, un moyen qui donne à nos sens de vivre intérieurement ces temps forts. Malheureusement, dans beaucoup de paroisses, les prêtres sont âgés et ne peuvent donner toute la solennité requise. Pourtant, que l’on soit dans une abbaye bénédictine, dans l’église cathédrale ou dans une paroisse de campagne c’est le même Christ que nous sommes invités à suivre pas à pas. Il nous faut alors s’en remettre totalement en la grâce de Dieu pour vivre de l’intérieur, en Eglise, ce chemin vers la révélation suprême de l’amour. Mais ces jours ne sont, comme l’est le Carême, que des marqueurs, des jalons sur notre chemin quotidien pour nous rappeler la nécessité de suivre le Christ pour aimer et servir davantage nos contemporains.

Si le Carême peut me permettre de vivre avec une acuité renouvelée cette urgence du service, de la diaconie, oui alors je le vis. Mais, je dois bien avouer que c’est plus de l’ordre d’un chemin – léger – de croix car même si j’ai à cœur ce désir de le servir en « cette vie et en cet état », je dois bien constater que c’est de l’ordre du combat quotidien. Là réside peut-être mon affection pour cette antienne de Carême avec laquelle je commençais de billet.

Enracinés dans l’Amour de Dieu

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Le quotidien nous accapare bien souvent. Il nous arrive de nous sentir débordé, angoissé peut-être même paniqué devant les tâches à accomplir. Dans ces cas là, il nous faut prendre du recul et nous souvenir que c’est dans le calme et la paix que nous accomplissons l’essentiel, en communion avec Dieu.
Nos agendas sont remplis, nos journées passent à vive allure et les dossiers à traiter se multiplient. Malgré un travail acharné, une organisation redoutablement efficace, nous ne voyons pas la fin de la tâche courante à accomplir. Et si tant est que nous commencions à en voir le commencement de sa fin, un dossier encore plus urgent viendrait se greffer et retarde l’achèvement de l’actuel.
Vivre libre avec Dieu
Cette description ressemble au quotidien de beaucoup d’entre nous. C’est alors que peut se poser la question de l’essentiel, de ce qui a réellement le plus de sens et m’aide à accomplir le désir que Dieu a pour moi : celui de le servir en esprit et en vérité. Il ne s’agit pas de faillir à son devoir d’état et d’aller prier au lieu de travailler. Il s’agit de vivre dans toutes nos actions en union intime avec le Dieu et Père de Jésus-Christ. C’est un impératif de santé spirituelle, de sainteté pour celui qui souhaite marcher sous l’étendard la Croix. Prendre ce chemin demande tout d’abord d’en recevoir la grâce et donc de la demander. Le Seigneur ne fait pas sans nous et ne force pas notre liberté. Au contraire, il vient nous permettre de la vivre pleinement en nous disposant à le recevoir dans nos vies quotidiennes.
Inclure Dieu dans mon quotidien
Pour vivre de Dieu et avec Dieu au milieu de nos préoccupations quotidiennes, il faut l’inclure au cœur même de ces dernières. Il est possible par exemple de les lui présenter de la même manière qu’à un collègue. L’appui d’un frère ou d’une sœur dans la foi peut aussi être une grande utilité pour discerner la volonté de Dieu dans ce quotidien. Il y a peut-être quelque chose de l’ordre de la conversion, de l’abandon à la divine providence à vivre. L’important dans l’accomplissement de nos œuvres, dans le service à effectuer, c’est la qualité d’amour que l’on y met. Comme chrétiens, ce que nous réalisons est une manière de rendre présente dans ce monde l’œuvre du créateur.
Ambassadeurs de l’amour de Dieu
Nous sommes comme en « ambassade » pour le Christ et nos manières de faire, de vivre, de nous comporter doivent être orientés, ordonnés, conformes à accomplir sa volonté. Pour cela, il est nécessaire d’accepter de nous laisser saisir par l’amour du Christ. Il doit être premier dans nos vies et en être le moteur même. Sans cet amour, il manquera une âme à ce que nous réalisons. Cet amour n’est pas à comprendre dans une dimension sentimentale mais comme la manière authentique de se donner à Dieu et donc à ses frères et sœurs. C’est en nous enracinant dans cet amour qui unit les trois personnes divines et qui se dit dans l’incarnation de Jésus que nous pourrons affronter notre quotidien si souvent chargé voire surchargé.

Combattre avec Dieu

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Cette marche vers la clarté de Pâques que nous entreprenons tout au long du carême nous entraîne au combat pour retrouver le chemin de Dieu. Tout au long de notre vie de foi nous sommes invités à nous conversion, à changer nos habitudes, nos comportements, notre manière de pensée pour essayer de ressembler davantage au Christ. Le carême nous invite donc d’une manière toute particulière à nous exercer au combat spirituel.
Le combat spirituel est bien expliqué par l’apôtre Paul dans son épître aux Ephésiens (6, 10,20). A travers la métaphore de l’équipement du combattant, il nous fixe des repères à la fois pour se protéger mais aussi pour entrer en lice contre tout se qui nous risque de nous détourner de notre vocation chrétienne. Ce combat est à mener au travers de plusieurs grandes batailles qui toutes visent à redonner à la personne humaine sa dignité de Fils de Dieu. La première d’entre elle est la lutte contre le mal. Il s’agit d’un ennemi particulièrement sournois et fourbe qui se loge un peu partout et surtout dans tout ce qui pourrait permettre de croître. Un des signes de l’action de l’ennemi est le découragement et la désespérance. Dans ces moments, il faut redoubler de prudence et s’armer de patience sans oublier d’intensifier sa prière et le partage avec des frères et sœurs.
Le choix des armes est important dans ce combat. Il est important tout d’abord de demander au Seigneur la grâce d’être rempli de sa paix, de sa joie; c’est lui le Maitre que l’on désire faire régner dans nos vies. Il est l’Eternel Seigneur de toutes choses en qui le Père a mis tout son amour révélé par l’Esprit. Il est l’auteur de la notre Mission et le Maitre de la Joie. Ainsi armés nous pouvons partir au combat sous l’étendard de la Croix. Cette lutte il nous faut d’abord la mener en nos cœurs et à nos âmes. Comment pouvons-nous essayer d’annoncer le Prince de la Paix si nous sommes en guerre à l’intérieur de nous ? Prenons le temps de nous laisser pacifier par celui que nous servons car les ruses de l’ennemi de la nature humaine sont rudes et nombreuses.
Notre désir est d’apporter à ce monde le salut qui nous vient de Dieu. Ce salut qui consiste à délier les chaînes de ceux qui sont prisonniers de leur vie, de leur situation. Nous ne devons pas nous satisfaire du provisoire, du précaire, de l’a peu près. Nous sommes appelés à annoncer la Vie, à donner la Vie alors pourquoi nous contenterions-nous d’un feu de paille alors que le feu de l’Amour nous est donné en héritage ? Cela demande aussi un enracinement dans le concret, une attention de chaque instant et aussi d’accepter la responsabilité de nos actions. Il faut être également très prudent à l’égard de notre désir de reconnaissance et de la culture ambiante des résultats. Notre ambition est autre et notre plaisir ne consiste pas en des résultas chiffrés. Il faut se rappeler la joie qu’évoque Luc dans son chapitre 15 à propos de la brebis perdues. Cela nous place dans la perspective de tout faire pour ceux vers lesquels nous sommes envoyés et mais aussi de savoir leur laisser toute la liberté d’agir. Nous ne sommes pas à leur place, nous ne vivons pas pour eux, ni par eux ; seulement avec eux. Nous sommes appelés à une fraternité universelle ce qui signifié être à côté dans un compagnonnage et non dans une fusion/absorption.
Ce ne sont là que quelques pistes pour entrer dans ce combat où Dieu nous attend pour bâtir son règne. Il faut résolument vivre en communion avec les trois personnes divines qui nous montrent le vrai mode de relation qui est un échange permanent. C’est dans cet attachement à la fois personnel et communautaire à ce Dieu trinité que nous trouverons l’enthousiasme, la force et l’énergie d’entrer en résistance afin que la dignité de l’être humaine ne soit jamais bafouée. Notre foi qui entraîne notre action doit favoriser des conditions de vie de chacun de ceux qui sont nos frères et sœurs afin et qu’il puisse vivre en plénitude dans la paix, la joie et l’allégresse.

Splendeur de l’Amour de Dieu

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Pendant les quarante jours où nous nous préparons à la fête de Pâques, nous sommes invités à entrer avec le Christ dans sa Passion. Chemin d’humanité, chemin de vérité, chemin d’authenticité qui nous invite à mieux le connaître et mieux l’aimer, mais aussi à découvrir davantage combien nous sommes souvent prompts  à lui tourner le dos.

Il y a toujours un avenir avec Dieu
Il y a toujours un avenir avec Dieu

Lorsque nous prenons le temps de regarder les événements qui conduisent Jésus à sa Passion et sa Résurrection nous pouvons être étonnés du comportement des foules, voire scandalisés par leur manque de constance et leur retournement, leur renoncement à leur foi très rapide. Ainsi, lorsque Jésus entre solennellement à Jérusalem (Lc 20), il est accueilli en Messie, la foule l’acclame, nappe de manteaux le chemin qu’Il emprunte assis sur l’âne royal. Quel enthousiasme, quelle consécration, Jésus est enfin accueilli comme il se doit, pouvons-nous penser. Cependant, l’Evangile n’est pas un conte de fées, avec un happy end, il est puissance de contestation de nos comportements et de nos fonctionnements complexes.
En effet, Jésus, dans ce passage, ne fait pas de triomphalisme, il demeure pleinement dans sa mission prophétique et nous renvoie à notre propre réalité. Ce qui compte, ce n’est pas de le célébrer avec tambours, trompettes et acclamations, c’est juste de l’accueillir pour recevoir la joie et la consolation. Sa Parole nous dérange souvent, même les pharisiens veulent le faire taire, mais il nous fait saisir qu’elle vient d’ailleurs, qu’elle est vie, force, dynamisme. Il n’est pas possible de taire cette Parole qui est acte, et qui veut nous construire en maison de paix, en rempart contre l’injustice, le mensonge et l’égoïsme. Accueillir Jésus, tel qu’il est, même dans ce qui me dérange, c’est être en mesure d’accueillir l’autre tel qu’il est, dans la simplicité du quotidien. Mais, pour cela, il nous faut nous enraciner dans la constance d’une foi en Dieu, en ce Dieu fait homme qui ne cesse de nous appeler à devenir sa ressemblance (1 Jn 3, 2). Ce n’est pas plus facile pour nous aujourd’hui, que pour les disciples  de Jésus qui vivaient avec lui au quotidien.
Quelques versets plus loin, nous prenons conscience de la versatilité des contemporains de Jésus. Une foule vient l’arrêter et parmi elle, Judas, un de ses intimes, de ses compagnons de chemin. Quelle déception doit habiter Jésus, mais au lieu de s’y appesantir, au lieu de lui faire un reproche, lui rappelant sa condition de disciple, Jésus le remet devant ses responsabilités : « c’est par un baiser que tu trahis le fils de l’homme » (Lc 22,48). Même comportement devant les gardes qui veulent l’arrêter manu militari. Jésus ne cesse de remettre l’homme devant ses inconséquences, ses contradictions. Il met en lumière la fragilité de nos prises de position, non pour les condamner définitivement et nous y enfermer mais pour nous inviter à nous appuyer d’abord sur Lui (cf . ps 8, 5). Là, est la pierre de fondation, sur le Christ, sur sa Parole qui nous invite à regarder plus loin, à oser affronter nos peurs, nos doutes, nos questions. L’apôtre Pierre ne s’y est pas trompé, lorsqu’il a pleuré, après s’être rendu compte qu’il avait trahi son maître et ami. Pierre comme Judas a trahi, mais la différence est que le premier s’en est repenti, ses pleurs et son mouvement en sont le signe. Pierre prend conscience de l’importance de la Parole du Christ et en la faisant sienne accepte de sortir de son refus, d’assumer son appartenance au Christ. Il y a toujours un avenir avec Dieu, il suffit d’accepter de lui faire confiance, de se remettre devant lui, à l’écoute de sa Parole.
C’est cela la puissance de Pâques, l’ouverture à l’inouï de la splendeur de l’Amour de Dieu. Il ne cesse de venir en notre monde, en nos vies, afin de les transformer, les transfigurer, les inonder de sa lumière jaillissante. Cette lumière du matin de Pâques nous fait tenir dans les difficultés, les doutes, les désespoirs car elle vient nous remettre debout, nous ressusciter.

Noël, Dieu se dit comme signe de contradiction

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Aujourd’hui, nous fêtons avec faste la naissance en notre monde du Fils de Dieu. Nos tables sont bien garnies entourées de ceux que nous aimons. Noël est devenue le prétexte à une fête de famille pour ceux qui sont loin de la foi chrétienne ou plus simplement de nos églises. C’est une belle et bonne chose qui ne déplaira tout de même pas, j’espère, au plus chagrin des laïcards de notre France moderne !

A bien y réfléchir, il y a quelque chose de scandaleux dans cette naissance.  Jésus nait dans une sorte de famille monoparentale ou plutôt pluriparentale :

Premier scandale, pour s’incarner il y a eu la nécessité du OUI de Marie. Sans ce Oui, Dieu ne nous aurait pas rejoint. Il ne vient jamais s’imposer mais se propose. Il en est de même encore aujourd’hui, nous sommes invités à le contempler, à mettre nos pas dans les siens dans une humble confiance à l’image de Joseph, qui accepta de devenir son père ici-bas.

Second scandale, personne n’accepte de recevoir ce jeune couple dont l’épouse est  en voie d’accoucher. C’est indécent tout de même de ne pas faire de place à une femme enceinte. Ces hôteliers et ces habitants de la cité de David ne sont pas très accueillant. C’est alors qu’il nait dans la simplicité d’une grange. C’est peut être l’occasion pour nous de saisir que la simplicité, ce qui nous paraît sans valeur est le lieu de l’essentiel. Ce dépouillement de la naissance du Fils de Dieu nous permet de centrer notre regard sur l’événement lui-même et non sur des oripeaux qui masquerait l’essentiel. Avec la naissance de l’Emmanuel, Dieu veut et vient éduquer notre regard. Il vient nous enseigner l’émerveillement puisque devant un petit enfant nous sommes captivés, heureux et tournés spontanément vers le merveilleux d’une naissance, d’une génèse, d’un a-venir qui se dit, qui se donne et s’offre à nos yeux, à nos vies.

Ces scandales rejoignent celui de la croix et tout ceux qui ont permis à Jésus d’interpeller, d’ouvrir aux autres, la porte du sens et même de la révolte tout au long de sa vie mais plus encore dans ce qu’il en reste : l’Evangile. L’Evangile, la Parole de Dieu faite chair, est scandale ie pierre d’achoppement, un lieu de résistance intérieure qui choque notre raisonnement, notre compréhension naturelle des choses.  Et c’est là, dans ce trébuchement que peut naitre un brèche, telle la crèche ouverte sur le monde des homme, qui nous oriente vers le lieu de Dieu : notre humanité, notre vie intérieure.  Depuis ce jour du temps, ce premier noël, Dieu n’est plus le lointain mais ce très proche, ce « plus intime à moi-même que moi-même » si cher à Saint Augustin.

A Noël, comme à Pâques, nous sommes invités à ne pas demeurer les yeux rivés sur l’événement mais à  élever notre regard vers les réalités d’en haut afin de vivre pleinement notre incarnation qui est présence de Dieu à chacun de ces hommes et femmes qui sont autant de frères et sœurs. Dieu ne se dit pas autrement. Il agit avec nous et par nous et pas sans doute. L’Esprit demeure pour nous inciter à « vivre de la vie de Dieu » ie celle du Fils qui « a pris notre humanité ».

Devant une telle réalité, et l’assurance de cet amour inconditionnel de Dieu qui est donné à chacun, il y a de quoi crier un scandale. Il est quelque part gênant d’être déplacé dans nos  certitudes par un Dieu qui aime, qui donne son propre Fils de la crèche au crucifiement et qui nous rend responsable de ce monde. Nous préférerions sans doute un démiurge nous laissant sans liberté de décider. Ce serait plus confortable et plus rassurant que de mettre notre confiance en cet inconnu qui se fait connaître dans l’inconnu de la crèche.

 

 

Noël, Dieu se dit comme signe de contradiction

Chemin d’Avent

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La liturgie a toujours été pour moi une discipline à laquelle j’attache une grande liberté d’application. Pourtant, je dois reconnaître que, parfois, même souvent, dans les temps liturgiques spécifiques, les rédacteurs des ces textes ont sans doute été bien inspirés.  Au cours du temps de l’Avent nous avons été comblés par la beauté et le sens des prières d’ouverture.  Sensible à ces dernières, je vous en partage le sens qu’elles prennent pour moi comme témoin de la joyeuse espérance qu’est la fête de Noël.
Dans l’oraison du premier dimanche de l’Avent, il est demandé au Seigneur de nous aider à aller avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur. Cette première collecte suffirait à la méditation enracinée dans l’action pour une vie entière. N’est-ce pas cela être disciple du Seigneur combattre l’injustice en se mettant à la suite du Christ, à l’écoute de ce que l’Esprit nous révèle de la volonté du Père, dans la fidélité aux plus fragiles. Pour moi, cette prière nous oriente déjà vers la crèche et par là vers l’Evangile tout entier.  Il ne s’agit pas d’une volonté pieusement volontariste mais d’oser prendre ce chemin, d’oser nous mettre en route, de nous laisser déplacer en visant l’essentiel : « la rencontre du Seigneur ». Où le rencontrons-nous si ce n’est dans celui qui est bafoué, humilié, ignoré. Dans celui que l’on n’ose même pas regarder car il me dérange. Et si nous acceptions d’être dérangés dans notre tranquillité ? Et si nous prenions au sérieux cette prière et laissions le Seigneur habiter nos comportements et les diriger vers le cœur d’une vie de chrétien : la marche vers son Dieu en rencontrant ses frères. Peut-être que ce parcours permettra d’amorcer une démarche de conversion dont nous avons tous besoin pour vivre dans la fidélité au nom de Dieu et faire sa volonté.
L’oraison du deuxième dimanche de l’Avent revient sur notre faiblesse, notre manque de constance et nous fait demander au Seigneur : «  ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils; mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie. » C’est bien là que la bas blesse ; notre quotidien. Nos agendas sont si chargés, nos vies si occupées par nos multiples tâches et activités que nous risquons d’oublier ce qui nous fait être et ainsi naître à la Vie, Dieu. Il est ici encore question de marche vers la rencontre.  C’est le signe que nous avons là aussi à prendre, à continuer cette marche à la suite du Christ. Ce n’est une suite docile et servile dans laquelle il nous est demandé d’entrer mais dans un consentement libre, comme pour élargir l’espace de notre tente. Souvent, Dieu a plutôt la dernière place, comme à l’auberge de l’Evangile alors qu’Il devrait avoir la première ; notre première pensée le matin devrait-être pour l’une ou l’autre des trois personnes divines, ou les trois, afin d’orienter notre jour vers eux et leur confier. Avouons que nous sommes plus enclins à penser filer sous la douche ou à chercher nos vêtements qu’à élever notre âme et notre être vers l’Eternel Seigneur de toutes choses. En prendre conscience, c’est déjà entrer dans un chemin de conversion; c’est cela qui est bien avec notre Dieu c’est qu’il ne nous enferme pas dans nos manques, nos découragements voire même nos lâchetés mais nous invite, jour après jour, à reprendre notre marche vers la rencontre, vers tous ces hommes, ces femmes qui sont images de son Fils et qui ont soif et faim d’une Bonne Nouvelle s’incarnant dans leur quotidien.
L’oraison du troisième dimanche de l’Avent, habituellement nommé celui du « Gaudate » (joie en latin) nous prépare plus spécifiquement à la fête de Noël.  L’oraison n’a pas la même dynamique que les précédentes, c’est un peu comme si cette marche voyait le but à atteindre.  Il nous faut recueillir les deux tensions des dimanches précédents pour pouvoir véritablement goûter à cette joie de Noël qui nous est promise. L’oraison nous conduit à ressaisir l’essence même de Noël : « un si grand mystère ». Dans cette marche, qui continue, nous sommes véritablement invités à préparer, dans nos cœurs mais aussi dans nos vies, un espace unique pour accueillir la joie de Dieu ; le salut de tout les Hommes. Par cette préparation ce n’est pas seulement un enfant, même s’il est le Fils de Dieu, ce qui en soit est déjà un beau mystère, mais, en cette enfant, en ce Fils de Dieu c’est LE SAUVEUR de tous les hommes. Voilà une raison nécessaire et suffisante pour se laisser creuser en nous l’espace pour saisir cette joie ineffable. Cette joie, nous dit l’oraison, ne doit pas être laissée en jachère, comme si l’évidence de Noël était inéluctable. Il nous est demandé de ne pas nous habituer à cet inédit, à cet événement unique dans la vie du Monde. C’est pourquoi, nous devons demander à Dieu d’inonder notre cœur de sa grâce pour saisir l’actualité de cette nativité. A Noël, la joie de Dieu vient prendre corps mais afin que ce soit chaque jour Noël. L’événement a eu lieu une seule fois dans l’histoire de l’humanité mais nous sommes constamment invité à la revisiter, à nous la réapproprier.
L’oraison du quatrième dimanche de l’Avent, nous ouvre encore davantage vers l’ineffable de Noël. C’est une oraison bien connue, qui est celle de l’Angélus. Il est demandé ici que le Seigneur nous remplisse de sa grâce afin que nous saisissions aujourd’hui encore le chemin de salut qui nous est offert par Dieu, en son Fils, par cette parole accueillie par Marie. Le salut qui est entré, grâce à elle, dans le monde, nous conduit à la résurrection ; « de la crèche au crucifiement ». Ce chemin de vie qu’a pris Jésus nous sommes invités, à notre tour, à le suivre dans une sorte d’ « imitation », de consentement à ce que nous vivons. Il ne s’agit pas de subir notre vie, en spectateur, et de se résigner mais de vivre dans l’accueil des conséquences de nos choix. Cela exige que nous ayons pris le temps de les discerner et de les relire. C’est à ce double mouvement que nous invite cette oraison. ; accueillir en nous la révélation de l’ange et une fois que nous l’avons fait notre, nous pouvons commencer notre chemin de foi, de vie chrétienne qui est la confession d’un messie né dans une mangeoire tel un exclu, et mort sur une croix, tel un paria. La Résurrection donne sens à ces deux réalités car elle est la manifestation de l’Amour de Dieu.