Heureux Carême

Cendres

Nous entrons aujourd’hui, mercredi des Cendres, dans le temps du Carême. Nous débutons ainsi notre marche vers la splendeur de la joie de Pâques. Ce temps liturgique n’est pas un temps triste et austère. Il est un temps que nous offre l’Église pour mieux rencontrer l’amour du Seigneur. Continuer la lecture de « Heureux Carême »

Vivons le carême 2019 avec P. Arrupe

Pedro Arrupe, sj
Pedro Arrupe, sj

Pedro Arrupe est un jésuite né en 1907 à Bilbao. En 1965, il est élu 28ème préposé général de la Compagnie de Jésus. Il meurt le 5 février 1991 après 10 années de maladie suite à une trombone cérébrale. Cet homme passe pour être celui qui a donné un nouvel élan aux jésuites. C’est également une personne fortement liée au Coeur de Jésus. Ces écrits manifestent une passion pour la relation humaine, pour la mission et la force de la grâce. Depuis le 5 février dernier, la phase diocésaine du procès en béatification est ouverte.

Durant le temps du carême, je relayerai sur cette page la proposition du Réseau Mondial de Prière du Pape , faite sur sa page Facebook et son compte Twitter, pour inviter à connaître davantage Pedro Arrupe, sj. Chaque jour, la photo de la semaine sera illustrée par une citation de ce jésuite.

Que le Seigneur soit attentif à l’intercession de Pedro Arrupe, sj et ainsi incite l’Église à la reconnaître bienheureux et saint.

L’indifférence pour consolation

L’indifférence pour consolation
L’indifférence pour consolation

Dimanche dernier nous entendions les béatitudes. Ces paroles du Christ qui nous encouragent à vivre de sa parole pour devenir chaque jour davantage ses disciples. Ces paroles Continuer la lecture de « L’indifférence pour consolation »

Devenir disponible pour la mission

Devenir disponible pour la mission
Devenir disponible pour la mission

« Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? », avons-nous entendu dans la première lecture de ce dimanche. Nous entendons la réponse d’Isaïe : « Me voici : envoie-moi ! ». Ces phrases nous invitent à réfléchir à la mission que le Seigneur nous confie. Continuer la lecture de « Devenir disponible pour la mission »

Chemin d’Avent

christmas-507818_960_720Pour la partie francophone du Réseau Mondial de Prière du Pape, j’ai rédigé une méditation, notamment tout au long du temps de l’Avent, parue sur sa page Facebook, je vous propose de les retrouver sur ces pages :

Le jésuite Pierre Favre : modèle du Pape François

Pierre FavreEn 2013, le Pape François a fait passé Pierre Favre du statut de Bienheureux à celui de saint . Ce nouveau saint de la Compagnie, est beaucoup moins connu qu’Ignace de Loyola et François-Xavier. Ensemble, ilsont devenus des « amis dans le Seigneur ».

Compagnonnage

Ce compagnonnage avec Ignace se révélera décisif pour l’avenir tant pour Pierre que pour François. Pierre Favre n’est pas un homme de gouvernement, ni tendu vers la réalisation de grands exploits. C’est un passionné non seulement de la gloire de Dieu mais aussi et surtout de la « cura personalis ».[2] Il donne des cours à Ignace de Loyola avant que ce dernier l’initie aux choses spirituelles par le biais notamment des Exercices Spirituels qu’il fit en 1534. Il les suit le premier. Pierre Favre est aussi le premier des compagnons d’Ignace à être ordonné prêtre.

Voeux

Le 15 août 1534, il se rendit avec Ignace, François-Xavier et quelques autres compagnons à Notre-Dame de Montmartre. Au cours de la messe qu’il présida, ils formèrent le vœu de se rendre à Jérusalem et au retour de se mettre au service du Pape. Cela montre bien la volonté du nouveau saint jésuite de suivre radicalement le Christ dans la radicalité de sa vie et se mettre au pleinement au service du travail apostolique[3]. C’est une manière de mettre en application la « contemplation dans l’action » chère aux fils et filles d’Ignace.

Proposer à tous la Parole

La majeure partie du ministère de Pierre Favre consiste surtout à parcourir les villes d’Europe. Il y prêche et donne les Exercices Spirituels, spécifiquement en Allemagne.  Le zèle de la mission était pour lui essentiel au risque d’être compris que par peu de gens[4].

Chercher Dieu en toutes choses

Pour Pierre Favre, tout travail pour le Seigneur, doit se traduire en « ferveur et en acte ». Ceci n’est pas sans rappeler le « principe et fondement » des Exercices Spirituels[5]. Notre jésuite est très attaché à ce que les hommes reconnaissent Dieu comme principe et fin de toute chose. Il supporte difficilement les compromissions que certains font en mélangeant vie spirituelle et vie de la chair. Pour Pierre Favre centrer son esprit sur Dieu, mettre Dieu au cœur de sa vie, c’est rejoindre Dieu au cœur même de son existence.

Agir et prier

« Chercher Dieu » voilà le désir que manifeste souvent Pierre Favre au long de ses relectures. Il est tendu par les deux mouvements contradictoires que sont d’une part les œuvres et d’autre part la prière en elle-même. Faut-il chercher l’une plus que l’autre, quelle est en fait la meilleure manière de servir Dieu ? L’action est un service de l’oraison, et cette dernière un lieu d’unification pour l’action. L’action et la prière sont ordonnées l’une à l’autre. Pour cela, il faut tendre dans l’oraison vers la bonne manière de servir plutôt que d’essayer d’obtenir dans l’action ce qui s’obtient par la prière[8].

Prière

La prière en vue de l’action est non seulement pour notre Jésuite d’unifier l’action mais aussi de laisser le maître nous enseigner. Il nous donne ce que nous avons besoin pour être sa présence au milieu du monde. Pierre Favre qu’il est nécessaire d’ouvrir largement son cœur à Dieu, de l’accueillir véritablement au cœur de notre vie.

Répandre le bien

L’apostolat de notre jésuite était aussi celui d’être le ministre sacramentaire de la réconciliation avec le Seigneur. Ce fut pour Pierre Favre le moyen de comprendre l’immense miséricorde du Seigneur. Il développe ici une manière d’être au monde qui s’enracine dans l’action comme service de Dieu.

Ne pas courir le monde

Pierre Favre met aussi en garde contre le « désir de gagner le monde au risque d’y perdre sa vie ». Il ne s’agit pas tant de chercher à faire de grandes choses, à espérer de Dieu sa grâce pour « courir le monde et vaincre des montagnes » mais de s’attacher aux choses les plus petites et d’espérer la grâce de Dieu pour les servir. Il est nécessaires qu’elles soient toutes « ordonnées à servir la gloire de Dieu, au salut de son âme et au bien du prochain. »[10]

Aujourd’hui

Pierre Favre encourage aussi à s’enraciner dans l’aujourd’hui, à ne pas désirer demain en rêvant à faire des grandes choses, c’est dans le quotidien que l’on sert Dieu, en se mettant au travail dès maintenant avec tout ce que le Seigneur donne. C’est Dieu lui-même qui peut mettre au cœur de l’homme le désir de faire de grandes choses au quotidien « sans paresse et sans crainte ».

« Discerner le mauvais esprit »

Notre Jésuite met également en garde contre ce qu’il appelle « l’esprit du mauvais ange ». Il pousse l’homme à désespérer et à voir une situation délicate comme impossible à résoudre. Pierre Favre nous pousse à discerner ce mauvais esprit et à nous remettre dans une humble confiance en Dieu. Faire confiance à Dieu ne signifie pas lui laisser faire le travail, mais nous mettre au travail en devenons ses bons instruments, de fidèles serviteurs de son esprit. Pour cela, ce premier compagnon d’Ignace, invite à tourner notre regard vers les réalités d’en haut. C’est un appel à nous décentrer et à nous recevoir pleinement de Dieu. Il faut être davantage tournés vers la louange de Dieu et le service du prochain. Cela est possible à la seule condition d’être habités par l’Esprit de Dieu.  C’est lui qui nous insuffle ce désir et nous donne de l’accomplir.

Présence

Pierre Favre est attentifà ceux qui n’espèrent plus ou qui se trouvent dans la détresse. Il en fait souvent l’objet de sa prière en s’y sentant poussé par Dieu. Pierre Favre sent très fort intérieurement que seul le Seigneur peut donner la vraie joie. Lui seul est le véritable consolateur. Il invite chacun, lui compris, à déposer le poids de ses jours au pied de Dieu. « Être à Dieu seul pour être tout entier aux hommes » pourrait être une des devises de notre Jésuite.

Le balai du Christ

Pierre Favre s’est déclaré vouloir être le « balai du Christ ». Cette expression confirme que Pierre Favre s’est toujours considéré comme un serviteur de la gloire de Dieu. C’est cependant une joie pour notre jésuite d’être au service du Christ comme balai des « demeures spirituelles ». Il s’offre au Christ pour être au service du nettoyage des demeures spirituelles. Il demande que toute la Compagnie de Jésus oeuvre à la vraie réforme de l’Eglise.

Proximité

Comme  Ignace et François-Xavier  il s’est fait proche de chacun témoignant ainsi de la proximité de Dieu pour chacun. Il souhait que les hommes découvrent l’amour et la volonté de Dieu de le connaître.

Préface

Tu as fait naître dans le cœur du Bienheureux Pierre Favre un amour brûlant pour ton Eglise, Théologien de grande renommée, défenseur de la vérité, Premier prêtre de la Compagnie de Jésus, Accompagnateur spirituel plein de douceur et de discernement. Envoyé souvent auprès des grands de ce monde, il ne renia jamais ses origines modestes, gardant une tendresse particulière pour les pauvres et les petits, et une grande dévotion pour les processions, les saints et les anges. ». Puisse son intercession nous aider à mieux aimer et servir nos contemporains en qui la figure du Christ se révèle.


[1] Mémorial n°12

[2] Lettre de Peter-Hans Kolvenbach, supérieur général de la Compagnie de Jésus, 2005/01, p.3

[3] Mémorial, p. 116 – note 2

[4] Mémorial n°112

[5] Ignace de Loyola, Exercices Spirituels. Traduit du texte autographe par E. Gueydan, sj. Collection CHRISTUS 1961, Desclée de Brouwer – Belarmin, p. 449 – par la suite nous utiliserons l’abréviation E.S.

[6] Mémorial n°109

[7] E.S. n°53

[8] Mémorial n°126

[9] Mémorial n°340

[10] E.S. n°23

Un Apostolat au cœur du monde

Le Christ et Saint Jean
(c) Boutique Théophile

Ce mois de juin est celui du Cœur de Jésus. Évoquer le cœur de Jésus peut, de suite, laisser penser à une spiritualité surannée voire à des images de cœur sortant et irradiant de la poitrine du Christ. Il nous faut aller plus loin et nous laisser toucher par la grâce de Dieu, qui en son Fils, vient nous dire l’absolue densité de son amour pour les Hommes. Nous ne pouvons pas séparer le Cœur du Christ de son Corps Eucharistique. Continuer la lecture de « Un Apostolat au cœur du monde »

François : un jésuite argentin, évêque de Rome

pape_francoisHabemus Papam ! Le siège de l’évêque de Rome n’est plus vacant, un argentin vient d’être élu pour l’occuper et ainsi présider toutes les Eglises locales catholiques. Un Italien était attendu, voir un Québécois ou même un Brésilien et c’est un argentin jésuite qui crée la surprise. François, Jose Mario cardinal Bergoglio, est devenu ainsi le successeur de Pierre.
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Pleins feux sur les pauvres

Ces dernières semaines, les projecteurs ont été mis sur l’actualité de l’Eglise catholique en France. Ses positions fermes et définitives quant au refus du mariage pour tous préparé par le gouvernement ont été fortement relayées. Pourtant, il y aurait tant à dire sur des initiatives qui germent ici ou là quant à l’accueil de l’autre, d’autant plus lorsqu’il est en situation de pauvreté et de précarité. Il serait bon de se rappeler que l’Eglise, ce n’est pas que le Pape, les cardinaux et consorts, mais tous ceux et toutes celles qui se reconnaissent dans cette fraternité offerte par le Christ. Ce que l’Eglise appelle la diaconie.

Dès les premières pages de l’Evangile, nous voyons Jésus choisir les apôtres pour « être avec lui ». Cette notion est, pour moi, le cœur de toute annonce de la Parole, de toute action au service de notre prochain. « Etre avec », c’est respecter l’autre, le considérer comme un alter ego, une personne digne d’intérêt. C’est parfois difficile au quotidien, et plus encore lorsque nous sommes auprès de personnes en situation de pauvreté, dont certaines mendient. C’est une vraie question que cette pauvreté pour celui qui se dit disciple du Christ. Lui-même nous a laissé une phrase choc : « Des pauvres, vous en aurez toujours » Mt 26,3. Même s’il y aura toujours un écart entre les riches et les pauvres, cela n’est aucunement satisfaisant. Depuis des années, des hommes et des femmes disciples du Christ se battent pour que des personnes parmi les plus démunies le soient moins, qu’elles puissent vivre dans des conditions les moins mauvaises possibles. Hélas, ce combat semble perdu d’avance, année après année, lorsqu’on lit les derniers rapports du Secours Catholique ou ceux du Samu Social, qui n’arrive pas à endiguer le flux de personne qui demandent un hébergement d’urgence. Que faire, si ce n’est ouvrir toujours plus de lieux d’accueil ? Or, l’espace n’est pas extensible et la ou les solutions sont sans doute autre part. Accueillir, héberger, mettre à l’abri est une bonne chose en vue, si possible, d’une insertion et d’un nouveau départ mais c’est un peu comme vider la mer à la petite cuillère.

Se battre en faveur de la justice

La phrase de Marx « les problèmes des pauvres ne trouveront pas leur solution dans l’aumône mais dans l’exigence que justice soit faite » peut nous aider à saisir qu’il s’agit bien plus d’agir en amont, de réfléchir sur les causes que d’aménager cette pauvreté. Un des axes est d’abord de mettre un point d’arrêt à la stigmatisation : les personnes en situation de pauvreté n’ont pas choisi délibérément de vivre dans cette situation, contrairement à ce que certains discours politiques de ces dernières années ont laissé entendre. Ensuite, c’est essayer de comprendre comment elles en sont arrivées là, quel est leur parcours de vie, où sont la ou les pierres qui l’ont fait trébucher. Ce dialogue patient et attentif peut aider à trouver les lieux des fractures sociales et de mettre en place des dispositifs alternatifs. La société véhicule également des modèles de réussite qui peuvent être stigmatisants et anéantir toute volonté de mener à bien un projet personnel du fait du regard de l’autre ou de la méconnaissance de dispositifs adaptés …. Tous ces éléments sont des champs d’investissement et d’investigation sur lesquels les chrétiens ont leur mot à dire. C’est une réelle question de justice. En 1971, les évêques réunis en synode sur ce thème ne disaient pas autre chose :

Agir au nom de la justice et participer à la transformation du monde sont, à nos yeux, une dimension constitutive de l’annonce de l’Evangile ou, ce qui revient au même, de la mission de l’Eglise pour la rédemption du genre humain et sa libération de toute forme d’oppression.

C’est lorsque ce souci de la justice et de la justesse de l’attitude, enracinée dans l’Evangile, sera au cœur des dispositifs que notre investissement vis-à-vis des personnes en situation de pauvreté produira des fruits pérennes.

Servir les pauvres

Le service de l’autre, c’est le service du Christ. Nous ne servons pas le pauvre pour être en règle avec l’Eglise mais parce que le Christ nous fait saisir que dans cet autre, plus fragile, se dit le véritable enjeu de la relation humaine. Cette relation est de l’ordre du don, qui n’a pour récompense que la joie du service accompli, espérant en même temps être utile à l’autre. Ce terme de service, dans l’Eglise, nous vient du grec « diakonia ». Peter-Hans Kovenbach, ancien général de la Compagnie de Jésus, en donne une très bonne définition dans un article paru en 2007 :

la signification complète de ‘diakonia’ n’est pas seulement de servir à table mais d’être un intermédiaire. Il s’agit de la personne envoyée par quelqu’un pour faire quelque chose au bénéfice de quelqu’un d’autre.

J’aime bien cette notion de « faire quelque chose au bénéfice de ». Cela oriente l’action, qui est toujours tournée vers le bien, vers une amélioration. Le service des plus pauvres est non seulement une manière de se rendre utile mais aussi d’offrir quelque chose de plus à celui que l’on sert au nom d’un autre. A l’heure où l’Eglise réfléchit à l’annonce de l’Evangile, il est important de ne pas oublier que son seul but est d’aider les hommes et les femmes de ce temps à rejoindre le Christ. Nous ne devons pas être des obstacles à cette rencontre mais, à notre manière, des relais qui disent en actes et en paroles, malgré nos propres pauvretés, quelque chose de la tendresse de Dieu.

Etre avec les pauvres

S’engager au service des pauvres ne doit pas nous faire oublier que tout service est relation. Cela doit être une invitation à nous laisser débarrasser de tout désir de pouvoir, de prendre l’avantage sur l’autre parce que je le sers. Ce service de l’autre demande une véritable écoute, une véritable attention de chaque instant. Il y a des échanges qui ne sont pas forcément de l’ordre du parler, dans cette relation qui se tisse au fur et à mesure. Ce service est avant tout une rencontre et dans cette rencontre, c’est l’humanité qui passe avant tout. Jésus, dans l’Evangile, se laisse déplacer par ses rencontres. Il invite certes à emprunter le chemin qui mène à son Père mais n’en impose pas l’itinéraire. C’est cette idée que nous devons avoir en tête dans toutes nos relations, et notamment dans celles avec des personnes en situation de pauvreté. Acceptons qu’elles puissent nous révéler des chemins pour lutter avec elles contre ces injustices qui mènent aux situations de pauvreté. Leurs paroles peuvent être tout aussi expertes, leurs opinions sont très souvent aussi, voire plus pertinentes que celles des commentateurs ou éditorialistes que l’on voit à longueur de temps sur les chaînes de télévision.

A l’heure où l’Eglise catholique réfléchit sur la manière d’annoncer ce trésor de la foi aux hommes et aux femmes de ce temps, il me semble urgent qu’elle concentre ses efforts sur cette notion vitale du service du frère, de cette diaconie plutôt que sur le mariage pour tous. Elle est en ce dernier domaine sans aucun doute victime du prisme des médias, qui ne s’intéressent à l’Eglise que lorsqu’elle parle d’(homo)-sexualité. Je pense qu’elle a suffisamment de  relais dans les sphères d’influence pour peser de tout son poids sur les décideurs et faire bénéficier de son savoir-faire, de son savoir-être et de son expertise en matière de lutte contre les exclusions. Alors, messieurs les évêques, à vous de jouer. Montrez-nous concrètement que les pauvres doivent occuper les premieres places tant dans les églises que dans les colonnes des journaux et les préoccupations des responsables politiques, en vue de trouver des solutions justes et pérennes.

Accepter que la vie nous déborde

Les pauvres nous excedent
Livre de Philippe Demmestère, sj : Les pauvres nous excèdent

Dans les pauvres nous excèdent*, ouvrage que vient de publier Philippe Demestère, prêtre de la Compagnie de Jésus, ce dernier fait un retour sur l’expérience de vie qu’il mène depuis plus de quarante ans avec des personnes « sans domicile fixe » notamment à la Margelle (association fondée par l’auteur, avec quelques personnes SDF, qui créé un lieu de vie ouvert, pour et avec ces personnes, en région parisienne d’abord, puis, à partir de 1994, dans un village de Haute-Marne). L’auteur de cet ouvrage a accepté de répondre à quelques unes de nos questions.

De quelles manières est-il possible d’offrir à l’autre, de découvrir et de vivre, ensuite, « l’heure de son bon plaisir » (Cantique des Cantiques 8, 4) afin que s’ouvre, pour lui, un chemin d’avenir ?

Il y a des personnes accueillies avec lesquelles, au départ, tout paraissait impossible avec eux. La tentation de les exclure a jailli plusieurs fois. Mais, ce n’aurait pas été leur rendre service. Il faut du temps. Ces personnes font leur chemin, celui qu’elles peuvent faire avec ce qu’elles sont, avec leur histoire… le reste ne nous regarde pas.
Avec le temps, nous nous apercevons que quelque chose en eux a bougé. Il est important de redonner à l’autre sa chance jour après jour, lendemain après lendemain, surlendemain après surlendemain… Au fil du temps, il y a des choses qui apparaissent. C’est souvent de l’ordre de l’infusion. Je ne pense pas qu’il faille passer par un recadrage mais par les détours de ce vivre ensemble, en commun. Il y a beaucoup d’affectivité qui passe, les personnes pauvres accueillies sont en recherche de beaucoup d’affection et c’est cela qui permet, souvent, de faire bouger les choses.
Si, à la Margelle, nous avions mis en place des procédures strictes, cela aurait très bien pu partir en éclat. Savoir comment l’autre évolue ou va évoluer est toujours une actualité. Ce qui est certain c’est que c’est souvent un autre qui te dit que ça a bougé. Cependant, la règle établie était du « pas n’importe quoi » afin de permettre à chacun puisse trouver sa place et s’interroger sur ce qu’il peut bâtir grâce à ses économies qui ne doivent pas « que servir à se saouler ». C’est donner à l’autre l’occasion de découvrir qu’il peut avoir du goût pour quelque chose ; la capacité de s’interroger sur ses pratiques auto-destructives du fait, par exemple, de son alcoolisme.
Il m’apparaît essentiel de saisir que, dans ce chemin avec ces personnes hébergées, nous sommes engagés dans quelque chose de plus grand que notre propre histoire ; il est fondamental de se donner le temps de partir à nos commencements.

Dans votre livre, vous racontez avoir été appelé « Monsieur », au réveil, un matin, alors vous séjourniez dans l’asile de nuit du Palais du Peuple ? Pourquoi ce souvenir intense ?

Dans d’autres structures, il y avait de la violence au réveil. C’était soit les lumières, soit le lit secoué…. Il faut aussi avouer que par rapport à d’autres lieux, le Palais du Peuple était luxueux tant au niveau des dortoirs que de la qualité du réfectoire. J’ai été surpris non seulement d’être appelé « Monsieur » mais surtout que la personne se soit souvenue qu’il fallait me réveiller à l’heure dite. Là, je me suis dit « je suis quelqu’un » même si je n’étais pas en mal de reconnaissance. Surtout dans de tels lieux où tu ne t’attends pas à ce que l’on te considère. C’est également la découverte que l’on peut compter sur quelqu’un et que l’on existe par sa propre demande qui est digne d’intérêt.
J’ai fréquenté ces « asiles de nuit » durant mes études religieuses au cours de ma formation jésuite. Le but n’était pas de vivre com

Philippe Demeestere, sj
Philippe Demeestere, sj

me les pauvres, ni de faire semblant mais de me dire que j’avais tout pour être heureux. C’est le fruit de mon éducation familiale qui m’a fait saisir ma capacité à vivre avec rien, authentiquement. Ce mode de vie m’a donné l’occasion de rencontrer un grand nombre de personnes qui m’ont proposé des choses fabuleuses. C’est faire l’expérience de la bonté humaine.

Vous dites que « le premier service que nous pouvons attendre des pauvres, c’est qu’ils nous libèrent radicalement de cette idée de gains personnels ». Et, en ceci, qu’ils sont « prophètes ». Que faut-il comprendre ?

La logique du gain me semble contradictoire avec l’expérience que les personnes pauvres nous aident à faire. Il est important de se dépouiller de ce qui nous attache, de se tourner vers une liberté face aux forces d’attraction de notre monde, de cette logique d’acquisition.
Le prophète est celui qui nous met en contact avec le surgissement du vivant, qui donne une parole qui vient nous provoquer, qui vient provoquer l’autre.
Avec les gens avec lesquels nous souhaitons vivre, il est important de se dire que c’est ensemble que nous avons à construire quelque chose ; il ne faut pas être dans la demi-mesure. Il est important d’explorer de nouveaux modes de fonctionnement ; quelque chose qui se bâtit jour après jour. Il y a avenir qui se dit là ; notamment dans notre société.

Ce « côte à côte » avec des personnes pauvres vous laisse à penser qu’il faudrait, peut être, reconsidérer des figures comme l’hospitalité et l’itinérance. De quelles manières cela peut-il porter du fruit ?

Je crois à des chantiers que l’on puisse réaliser ensemble. Permettre des séquences où l’on puisse se déplacer afin de casser la classification : « celui qui a / celui qui n’a pas ». Il me semble important de commencer à bâtir ensemble quelque chose, une histoire commune. Dans mon expérience, dès que j’ai commencé quelque chose avec des personnes pauvres, cela a toujours fonctionné.
Partir de rien, ensemble, vers quelque chose d’hospitalier c’est faire place à une variété de personnes la plus large possible. C’est l’idée qu’il faille mettre en route quelque chose, s’inscrire dans des choses concrètes. Cependant, peut se poser la question de la manière de vivre ce rapport au lieu ,dans ce déplacement. Peut être faut il accepter l’inconfort et de laisser le temps à l’autre. C’est accepter aussi que la vie nous déborde et que nous avons à trouver le lieu où ce débordement s’humanise. Il est également essentiel de s’inscrire dans une temporalité de naissance, de renaissance perpétuelle et d’accepter de se laisser réconcilier avec nos casseroles car la vie surgit toujours de nos propres morts.

*Les pauvres nous excèdent, Bayard collection « Christus –Spiritualité et politique », mars 2012, 16€