Devenir disponible pour la mission

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« Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? », avons-nous entendu dans la première lecture de ce dimanche. Nous entendons la réponse d’Isaïe : « Me voici : envoie-moi ! ». Ces phrases nous invitent à réfléchir à la mission que le Seigneur nous confie. Continuer la lecture de « Devenir disponible pour la mission »

Chemin d’Avent

christmas-507818_960_720Pour la partie francophone du Réseau Mondial de Prière du Pape, j’ai rédigé une méditation, notamment tout au long du temps de l’Avent, parue sur sa page Facebook, je vous propose de les retrouver sur ces pages :

Pierre Favre : un nouveau saint Jésuite, modèle du Pape François

Pierre FavreLe Pape François vient d’étendre à l’Eglise universelle le culte liturgique rendu au bienheureux Pierre Favre, prêtre jésuite savoyard (1506 – 1546), ordonnant son inscription au catalogue des saints. Ce nouveau saint de la Compagnie, pour lequel j’ai une affection toute particulière, est beaucoup moins connu qu’Ignace de Loyola et François-Xavier. Ces trois hommes qui ont partagé « la même chambrée, la même table, la même bourse. »[1] Lors de leurs humanités au collège Sainte Barbe à Paris en 1529 ils sont devenus des « amis dans le Seigneur ». Ce compagnonnage avec Ignace se révélera décisif pour l’avenir tant pour Pierre que pour François grâce tout particulièrement à l’expérience des exercices spirituels reçus de leur aîné. Pierre Favre n’est pas un homme de gouvernement, ni tendu vers la réalisation de grands exploits, mais c’est un passionné non seulement de la gloire de Dieu mais aussi et surtout de la « cura personalis ».[2] Continuer la lecture de « Pierre Favre : un nouveau saint Jésuite, modèle du Pape François »

Un Apostolat au cœur du monde

Le Christ et Saint Jean
(c) Boutique Théophile

Ce mois de juin est celui du Cœur de Jésus. Évoquer le cœur de Jésus peut, de suite, laisser penser à une spiritualité surannée voire à des images de cœur sortant et irradiant de la poitrine du Christ. Il nous faut aller plus loin et nous laisser toucher par la grâce de Dieu, qui en son Fils, vient nous dire l’absolue densité de son amour pour les Hommes. Nous ne pouvons pas séparer le Cœur du Christ de son Corps Eucharistique. Continuer la lecture de « Un Apostolat au cœur du monde »

François : un jésuite argentin, évêque de Rome

pape_francoisHabemus Papam ! Le siège de l’évêque de Rome n’est plus vacant, un argentin vient d’être élu pour l’occuper et ainsi présider toutes les Eglises locales catholiques. Un Italien était attendu, voir un Québécois ou même un Brésilien et c’est un argentin jésuite qui crée la surprise. François, Jose Mario cardinal Bergoglio, est devenu ainsi le successeur de Pierre.
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Pleins feux sur les pauvres

Ces dernières semaines, les projecteurs ont été mis sur l’actualité de l’Eglise catholique en France. Ses positions fermes et définitives quant au refus du mariage pour tous préparé par le gouvernement ont été fortement relayées. Pourtant, il y aurait tant à dire sur des initiatives qui germent ici ou là quant à l’accueil de l’autre, d’autant plus lorsqu’il est en situation de pauvreté et de précarité. Il serait bon de se rappeler que l’Eglise, ce n’est pas que le Pape, les cardinaux et consorts, mais tous ceux et toutes celles qui se reconnaissent dans cette fraternité offerte par le Christ. Ce que l’Eglise appelle la diaconie.

Dès les premières pages de l’Evangile, nous voyons Jésus choisir les apôtres pour « être avec lui ». Cette notion est, pour moi, le cœur de toute annonce de la Parole, de toute action au service de notre prochain. « Etre avec », c’est respecter l’autre, le considérer comme un alter ego, une personne digne d’intérêt. C’est parfois difficile au quotidien, et plus encore lorsque nous sommes auprès de personnes en situation de pauvreté, dont certaines mendient. C’est une vraie question que cette pauvreté pour celui qui se dit disciple du Christ. Lui-même nous a laissé une phrase choc : « Des pauvres, vous en aurez toujours » Mt 26,3. Même s’il y aura toujours un écart entre les riches et les pauvres, cela n’est aucunement satisfaisant. Depuis des années, des hommes et des femmes disciples du Christ se battent pour que des personnes parmi les plus démunies le soient moins, qu’elles puissent vivre dans des conditions les moins mauvaises possibles. Hélas, ce combat semble perdu d’avance, année après année, lorsqu’on lit les derniers rapports du Secours Catholique ou ceux du Samu Social, qui n’arrive pas à endiguer le flux de personne qui demandent un hébergement d’urgence. Que faire, si ce n’est ouvrir toujours plus de lieux d’accueil ? Or, l’espace n’est pas extensible et la ou les solutions sont sans doute autre part. Accueillir, héberger, mettre à l’abri est une bonne chose en vue, si possible, d’une insertion et d’un nouveau départ mais c’est un peu comme vider la mer à la petite cuillère.

Se battre en faveur de la justice

La phrase de Marx « les problèmes des pauvres ne trouveront pas leur solution dans l’aumône mais dans l’exigence que justice soit faite » peut nous aider à saisir qu’il s’agit bien plus d’agir en amont, de réfléchir sur les causes que d’aménager cette pauvreté. Un des axes est d’abord de mettre un point d’arrêt à la stigmatisation : les personnes en situation de pauvreté n’ont pas choisi délibérément de vivre dans cette situation, contrairement à ce que certains discours politiques de ces dernières années ont laissé entendre. Ensuite, c’est essayer de comprendre comment elles en sont arrivées là, quel est leur parcours de vie, où sont la ou les pierres qui l’ont fait trébucher. Ce dialogue patient et attentif peut aider à trouver les lieux des fractures sociales et de mettre en place des dispositifs alternatifs. La société véhicule également des modèles de réussite qui peuvent être stigmatisants et anéantir toute volonté de mener à bien un projet personnel du fait du regard de l’autre ou de la méconnaissance de dispositifs adaptés …. Tous ces éléments sont des champs d’investissement et d’investigation sur lesquels les chrétiens ont leur mot à dire. C’est une réelle question de justice. En 1971, les évêques réunis en synode sur ce thème ne disaient pas autre chose :

Agir au nom de la justice et participer à la transformation du monde sont, à nos yeux, une dimension constitutive de l’annonce de l’Evangile ou, ce qui revient au même, de la mission de l’Eglise pour la rédemption du genre humain et sa libération de toute forme d’oppression.

C’est lorsque ce souci de la justice et de la justesse de l’attitude, enracinée dans l’Evangile, sera au cœur des dispositifs que notre investissement vis-à-vis des personnes en situation de pauvreté produira des fruits pérennes.

Servir les pauvres

Le service de l’autre, c’est le service du Christ. Nous ne servons pas le pauvre pour être en règle avec l’Eglise mais parce que le Christ nous fait saisir que dans cet autre, plus fragile, se dit le véritable enjeu de la relation humaine. Cette relation est de l’ordre du don, qui n’a pour récompense que la joie du service accompli, espérant en même temps être utile à l’autre. Ce terme de service, dans l’Eglise, nous vient du grec « diakonia ». Peter-Hans Kovenbach, ancien général de la Compagnie de Jésus, en donne une très bonne définition dans un article paru en 2007 :

la signification complète de ‘diakonia’ n’est pas seulement de servir à table mais d’être un intermédiaire. Il s’agit de la personne envoyée par quelqu’un pour faire quelque chose au bénéfice de quelqu’un d’autre.

J’aime bien cette notion de « faire quelque chose au bénéfice de ». Cela oriente l’action, qui est toujours tournée vers le bien, vers une amélioration. Le service des plus pauvres est non seulement une manière de se rendre utile mais aussi d’offrir quelque chose de plus à celui que l’on sert au nom d’un autre. A l’heure où l’Eglise réfléchit à l’annonce de l’Evangile, il est important de ne pas oublier que son seul but est d’aider les hommes et les femmes de ce temps à rejoindre le Christ. Nous ne devons pas être des obstacles à cette rencontre mais, à notre manière, des relais qui disent en actes et en paroles, malgré nos propres pauvretés, quelque chose de la tendresse de Dieu.

Etre avec les pauvres

S’engager au service des pauvres ne doit pas nous faire oublier que tout service est relation. Cela doit être une invitation à nous laisser débarrasser de tout désir de pouvoir, de prendre l’avantage sur l’autre parce que je le sers. Ce service de l’autre demande une véritable écoute, une véritable attention de chaque instant. Il y a des échanges qui ne sont pas forcément de l’ordre du parler, dans cette relation qui se tisse au fur et à mesure. Ce service est avant tout une rencontre et dans cette rencontre, c’est l’humanité qui passe avant tout. Jésus, dans l’Evangile, se laisse déplacer par ses rencontres. Il invite certes à emprunter le chemin qui mène à son Père mais n’en impose pas l’itinéraire. C’est cette idée que nous devons avoir en tête dans toutes nos relations, et notamment dans celles avec des personnes en situation de pauvreté. Acceptons qu’elles puissent nous révéler des chemins pour lutter avec elles contre ces injustices qui mènent aux situations de pauvreté. Leurs paroles peuvent être tout aussi expertes, leurs opinions sont très souvent aussi, voire plus pertinentes que celles des commentateurs ou éditorialistes que l’on voit à longueur de temps sur les chaînes de télévision.

A l’heure où l’Eglise catholique réfléchit sur la manière d’annoncer ce trésor de la foi aux hommes et aux femmes de ce temps, il me semble urgent qu’elle concentre ses efforts sur cette notion vitale du service du frère, de cette diaconie plutôt que sur le mariage pour tous. Elle est en ce dernier domaine sans aucun doute victime du prisme des médias, qui ne s’intéressent à l’Eglise que lorsqu’elle parle d’(homo)-sexualité. Je pense qu’elle a suffisamment de  relais dans les sphères d’influence pour peser de tout son poids sur les décideurs et faire bénéficier de son savoir-faire, de son savoir-être et de son expertise en matière de lutte contre les exclusions. Alors, messieurs les évêques, à vous de jouer. Montrez-nous concrètement que les pauvres doivent occuper les premieres places tant dans les églises que dans les colonnes des journaux et les préoccupations des responsables politiques, en vue de trouver des solutions justes et pérennes.

Accepter que la vie nous déborde

Les pauvres nous excedent
Livre de Philippe Demmestère, sj : Les pauvres nous excèdent

Dans les pauvres nous excèdent*, ouvrage que vient de publier Philippe Demestère, prêtre de la Compagnie de Jésus, ce dernier fait un retour sur l’expérience de vie qu’il mène depuis plus de quarante ans avec des personnes « sans domicile fixe » notamment à la Margelle (association fondée par l’auteur, avec quelques personnes SDF, qui créé un lieu de vie ouvert, pour et avec ces personnes, en région parisienne d’abord, puis, à partir de 1994, dans un village de Haute-Marne). L’auteur de cet ouvrage a accepté de répondre à quelques unes de nos questions.

De quelles manières est-il possible d’offrir à l’autre, de découvrir et de vivre, ensuite, « l’heure de son bon plaisir » (Cantique des Cantiques 8, 4) afin que s’ouvre, pour lui, un chemin d’avenir ?

Il y a des personnes accueillies avec lesquelles, au départ, tout paraissait impossible avec eux. La tentation de les exclure a jailli plusieurs fois. Mais, ce n’aurait pas été leur rendre service. Il faut du temps. Ces personnes font leur chemin, celui qu’elles peuvent faire avec ce qu’elles sont, avec leur histoire… le reste ne nous regarde pas.
Avec le temps, nous nous apercevons que quelque chose en eux a bougé. Il est important de redonner à l’autre sa chance jour après jour, lendemain après lendemain, surlendemain après surlendemain… Au fil du temps, il y a des choses qui apparaissent. C’est souvent de l’ordre de l’infusion. Je ne pense pas qu’il faille passer par un recadrage mais par les détours de ce vivre ensemble, en commun. Il y a beaucoup d’affectivité qui passe, les personnes pauvres accueillies sont en recherche de beaucoup d’affection et c’est cela qui permet, souvent, de faire bouger les choses.
Si, à la Margelle, nous avions mis en place des procédures strictes, cela aurait très bien pu partir en éclat. Savoir comment l’autre évolue ou va évoluer est toujours une actualité. Ce qui est certain c’est que c’est souvent un autre qui te dit que ça a bougé. Cependant, la règle établie était du « pas n’importe quoi » afin de permettre à chacun puisse trouver sa place et s’interroger sur ce qu’il peut bâtir grâce à ses économies qui ne doivent pas « que servir à se saouler ». C’est donner à l’autre l’occasion de découvrir qu’il peut avoir du goût pour quelque chose ; la capacité de s’interroger sur ses pratiques auto-destructives du fait, par exemple, de son alcoolisme.
Il m’apparaît essentiel de saisir que, dans ce chemin avec ces personnes hébergées, nous sommes engagés dans quelque chose de plus grand que notre propre histoire ; il est fondamental de se donner le temps de partir à nos commencements.

Dans votre livre, vous racontez avoir été appelé « Monsieur », au réveil, un matin, alors vous séjourniez dans l’asile de nuit du Palais du Peuple ? Pourquoi ce souvenir intense ?

Dans d’autres structures, il y avait de la violence au réveil. C’était soit les lumières, soit le lit secoué…. Il faut aussi avouer que par rapport à d’autres lieux, le Palais du Peuple était luxueux tant au niveau des dortoirs que de la qualité du réfectoire. J’ai été surpris non seulement d’être appelé « Monsieur » mais surtout que la personne se soit souvenue qu’il fallait me réveiller à l’heure dite. Là, je me suis dit « je suis quelqu’un » même si je n’étais pas en mal de reconnaissance. Surtout dans de tels lieux où tu ne t’attends pas à ce que l’on te considère. C’est également la découverte que l’on peut compter sur quelqu’un et que l’on existe par sa propre demande qui est digne d’intérêt.
J’ai fréquenté ces « asiles de nuit » durant mes études religieuses au cours de ma formation jésuite. Le but n’était pas de vivre com

Philippe Demeestere, sj
Philippe Demeestere, sj

me les pauvres, ni de faire semblant mais de me dire que j’avais tout pour être heureux. C’est le fruit de mon éducation familiale qui m’a fait saisir ma capacité à vivre avec rien, authentiquement. Ce mode de vie m’a donné l’occasion de rencontrer un grand nombre de personnes qui m’ont proposé des choses fabuleuses. C’est faire l’expérience de la bonté humaine.

Vous dites que « le premier service que nous pouvons attendre des pauvres, c’est qu’ils nous libèrent radicalement de cette idée de gains personnels ». Et, en ceci, qu’ils sont « prophètes ». Que faut-il comprendre ?

La logique du gain me semble contradictoire avec l’expérience que les personnes pauvres nous aident à faire. Il est important de se dépouiller de ce qui nous attache, de se tourner vers une liberté face aux forces d’attraction de notre monde, de cette logique d’acquisition.
Le prophète est celui qui nous met en contact avec le surgissement du vivant, qui donne une parole qui vient nous provoquer, qui vient provoquer l’autre.
Avec les gens avec lesquels nous souhaitons vivre, il est important de se dire que c’est ensemble que nous avons à construire quelque chose ; il ne faut pas être dans la demi-mesure. Il est important d’explorer de nouveaux modes de fonctionnement ; quelque chose qui se bâtit jour après jour. Il y a avenir qui se dit là ; notamment dans notre société.

Ce « côte à côte » avec des personnes pauvres vous laisse à penser qu’il faudrait, peut être, reconsidérer des figures comme l’hospitalité et l’itinérance. De quelles manières cela peut-il porter du fruit ?

Je crois à des chantiers que l’on puisse réaliser ensemble. Permettre des séquences où l’on puisse se déplacer afin de casser la classification : « celui qui a / celui qui n’a pas ». Il me semble important de commencer à bâtir ensemble quelque chose, une histoire commune. Dans mon expérience, dès que j’ai commencé quelque chose avec des personnes pauvres, cela a toujours fonctionné.
Partir de rien, ensemble, vers quelque chose d’hospitalier c’est faire place à une variété de personnes la plus large possible. C’est l’idée qu’il faille mettre en route quelque chose, s’inscrire dans des choses concrètes. Cependant, peut se poser la question de la manière de vivre ce rapport au lieu ,dans ce déplacement. Peut être faut il accepter l’inconfort et de laisser le temps à l’autre. C’est accepter aussi que la vie nous déborde et que nous avons à trouver le lieu où ce débordement s’humanise. Il est également essentiel de s’inscrire dans une temporalité de naissance, de renaissance perpétuelle et d’accepter de se laisser réconcilier avec nos casseroles car la vie surgit toujours de nos propres morts.

*Les pauvres nous excèdent, Bayard collection « Christus –Spiritualité et politique », mars 2012, 16€

Allez au cœur de Jésus avec Pedro Arrupe, sj

Pedro ArrupePedro Arrupe a été préposé général de la Compagnie de Jésus durant 18 ans. Ce jésuite basque nourrissait une dévotion particulière pour le Cœur de Jésus. Il y trouvait la plénitude de la foi, cet amour de Dieu qui s’est fait homme, en Jésus, pour chacun de nous.

Le cœur du Christ, symbole de l’amour de Dieu, est pour le Père Arrupe ce qui l’a soutenu tout au long de sa vie. Malgré sa spiritualité toute tournée vers le cœur de Jésus, le Père Arrupe n’a pas souhaité en faire un axe majeur de son généralat. Toujours soucieux de ne pas choquer inutilement, il avait conscience des présentations parfois désuètes du cœur de Jésus. Il préféra alors en vivre intensément, comme la sève de son ministère, et laisser le temps à cette spiritualité faire son chemin et rejoindre, au temps favorable, les hommes et les femmes de ce temps.

Cependant, le cœur de Jésus, est, pour ce successeur d’Ignace, une des portes d’entrée les plus aisées pour aller vers le Christ. Il nous ouvre une intimité parfaite avec Dieu, il nous conduit vers la tendresse de son amour et nous aide à aller vers nos frères et sœurs avec un cœur paisible et attentif.

Le cœur du Christ peut également, selon de Père Arrupe, nous ouvrir à la tendresse miséricordieuse du Père. Il nous donne de connaître davantage Dieu. En s’attachant au cœur de son fils, nous sommes invités à entrer au plus près de l’amour de Dieu. Il nous dit sa tendresse pour chacun de nous et son désir de nous voir libre et heureux. Ce cœur de Dieu nous révèle l’intimité des relations entre les trois personnes divines. Ainsi nous saisissons que chacune n’existe que si elle est en communion avec les deux autres. A nous de suivre cet exemple, de nous ouvrir, en vérité, aux autres dans une réelle disponibilité. Cet attachement au cœur du Christ doit nous aider, pour reprendre les mots même d’Ignace de Loyola, à avoir le « désir d’être plus disposé à sauver l’expression de la pensée d’autrui qu’à la condamner » (E.S. 22).

Pour aller plus loin : http://www.jesuites.com/histoire/arrupe/

Consentir à la volonté de Dieu

Suivre le Christ
Suivre le Christ

Devant les tribulations de ce monde où les peuples s’entre-déchirent et les dirigeants exacerbent la partie la plus vile de leur autorité, de leur humanité, je me suis senti un peu oppressé et perdu. Est-ce possible que tout aille de mal en pis, que l’Etre humain n’ait rien appris de son passé, que l’histoire soit vaine ? Et puis ce moment de découragement passé, il m’est revenu à l’esprit un passage des Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola. Fidèle à cette tradition spirituelle, je me suis dit que l’Esprit Saint aidant, Dieu désirait me faire saisir sa présence active en ce monde.

Ignace de Loyola, dans ce passage (Ex. sp. 102) nous demande de contempler l’incarnation. L’histoire que nous donne à saisir le fondateur de la Compagnie de Jésus est lorsque les trois personnes divines ont décidé que la seconde « se fasse homme afin de sauver le genre humain ». Cette thématique du Salut de tout les hommes m’a interpellé en ce temps de Carême d’autant plus que la décision de Dieu est la conséquence de la conduite des hommes qui « descendaient tous en enfers ». Il est ici question du Salut qui résonne avec celle de la liberté des l’homme d’ignorer l’appel à la Vie que Dieu leur fait. Cette histoire peut ressembler à une sorte d’ingérence dans l’histoire des Hommes. « En quoi devrais-je obéir à Dieu, cela amputerait ma liberté » sommes-nous susceptibles de rétorquer. Cependant, nous ne pouvons tout de même reprocher à Dieu, à l’auteur de nos jours, de chercher à nous montrer le sens de la vie et sa raison d’être. Voilà le sens pour moi que prend cette délibération que nous demande de contempler Ignace de Loyola pour entrer dans le projet de Dieu de nous sauver.

L’auteur des Exercices veut aussi nous inviter à entrer dans une « connaissance intérieure du Seigneur qui pour moi s’est fait homme, afin que je l’aime et le suive davantage » (Ex. sp. 104). Il s’agit d’entrer en communion personnelle avec le Christ, avec celui qui s’est incarné pour nous, pour nous sauver. Ignace avant toute chose nous invite à une intimité avec le Christ, à devenir, par sa seule grâce, son compagnon. Cette invitation peut nous faire comprendre que le Salut n’est pas d’abord d’agir pour agir mais agir dans et au nom de quelqu’un et de quelque chose. Nous pouvons toujours parcourir le monde, faire le bien autour de nous, nous dévouer en toutes choses, toutes œuvres de charité si nous ne sommes pas d’abord enracinés dans un désir mature nous risquons d’être déçu et d’y perdre notre vie.

Le désir dans notre vie est essentiel. Il ne faut pas confondre désir et convoitise. Le désir consiste à croire, à se développer, à rechercher une communion, une plénitude. Lé désir est en quelque sorte le consentement de la liberté. Ignace dans ce passage des Exercices nous fait demander au Seigneur d’accroitre notre désir de le suivre au plus près et en même temps nous donne de sentir et de goûter, au plus intime de ce que nous sommes, le désir, la volonté, l’ambition, la sagesse des trois personnes divines de sauver les hommes qui se dirigent « tous en enfer » par le don de la « seconde personne ».

Pâques est, par conséquent, l’achèvement du projet de Dieu, commencé à l’incarnation, de vivre la vie des hommes pour nous apporter le Salut. Ce projet prend tout son sens dans l’événement de la Résurrection qui nous dit que l’Espérance demeure et que la Vie a toujours le dernier mot. Mais comment passer du spirituel au temporel ? Comment faire en sorte que ce désir de rencontre de Dieu avec l’Homme pour le sauver me conduise non seulement au désir de le rencontrer mais d’aller vers mes contemporains qui sont, eux aussi, sujet du Salut de Dieu ? En fait, il s’agit de trouver le point de rencontre entre contemplation et action qui permet de rechercher Dieu en toutes choses.

Il faut revenir, il me semble, à ce que propose Ignace dans cette contemplation. Il nous propose de voir, d’entendre et de regarder. Et si nous utilisions, à notre tour, ces trois verbes avant de mener une action décisive. Si nous prenions le temps de bien analyser ce qui est en jeu. Un peu comme Ignace à la lecture de la vie des saints qui eu le désir d’entreprendre de grandes choses à l’image de François d’Assise ou de Dominique pour la plus grande gloire de Dieu, osons l’imiter pour mieux le servir et mieux l’aimer et par conséquent nos contemporains.

Cette contemplation de l’incarnation nous amène donc à réaffirmer notre désir de suivre le Christ en l’enracinant dans le discernement. Il ne s’agit pas seulement de vivre en Sa divine présence mais de vivre de Sa divine présence. Cette délibération nous offre le Salut mais fait aussi appel à notre liberté. Libre d’accepter ce Salut signifie que nous avons la liberté de nous reconnaître aimé d’une manière gratuite et infinie par ce Dieu là, qui a choisit de venir à notre rencontre dans l’intimité et l’humilité de notre condition humaine. De cette liberté, de ce choix qui doit être sans cesse renouvelé nous devons en faire bénéficier les « autres hommes parcourant la face de la terre » en leur permettant eux aussi de vivre de cette grâce. Autrement dit, il m’apparaît nécessaire de s’engager sous « l’étendard de la croix » au service de nos contemporains dans ce qui fait notre quotidien le plus banal. Les solutions de paix au niveau des États ne pourront germer que si cette dernière existe non seulement en nos cœurs mais aussi au niveau le plus élémentaire de nos lieux de vie, pour reprendre ce que dit le Bienheureux Jean XXIII dans son encyclique Pacem in Terris (n° 165). Soyons donc attentif à faire régner la Paix en prenant tout les moyens nécessaires.