Vendredi Saint : Le Christ, libre dans sa mort

Incendie ND de ParisHier, nous célébrions le don de Dieu fait aux hommes en son Fils. Nous avons fait mémoire, comme par anticipation de sa mort, par amour pour nous. Aujourd’hui nous sommes conduits à suivre le Christ dans sa passion et dans sa mort infâme sur la croix.Sur cette croix, il porte nos refus d’alliance, nos fragilités et toutes nos petitesses. En célébrant le vendredi saint, comment ne pas penser à tous ceux et toutes celles qui ont été trahies par l’Église. Toutes ces victimes d’abus sexuels, d’abus de pouvoir qui ont été manipulées par l’exercice pervers de l’autorité. Elles sont là, présentes, au cœur de notre prière, de nos pensées. Avec elles, nous nous sentons cloués sur la croix comme le Christ.

Trahisons

L’actualité de l’Église, de notre monde ne peut pas nous laisser indifférents alors que nous célébrons ce procès inique, cette trahison, ces faux semblants qui ont conduit le Christ sur la croix. Prenons le temps de relire nos vies personnellement et collectivement. Dans cette relecture, souvenons-nous de ces occasions qui nous ont conduit à refuser de rencontrer le Christ. Notre orgueil, notre soif de paraître, notre souci de faire carrière n’ont-ils pas été des occasions à ces ruptures d’alliance  ?

Liberté

Sa passion et sa mort sont le fruit de tant de jalousies, d’interprétation perverse de la loi. Elles sont des graves atteintes à la liberté de l’autre que produit l’Esprit. En accompagnant le Christ sur le chemin de sa Passion, nous sommes invités à entrer dans sa liberté du Christ. Il accepte de se livrer aux mains des hommes non par une obéissance servile mais dans un consentement libre et éclairé. Il prête son oreille pour s’ajuster à la voix de Dieu.

Question

Lorsque Judas et les soldats viennent chercher Jésus, il les questionne. Cette même question qu’il posera aux femmes le matin de Pâques : « Qui cherchez-vous » ? C’est l’éternelle question de notre foi. Dans notre rencontre avec Jésus : qui cherchons-nous ? L’Homme-Dieu ou bien un gourou, un magicien ? Qu’attendons-nous de notre rencontre avec le Christ ? Et d’ailleurs attendons-nous quelque chose ou attendons-nous quelqu’un ? Nous pouvons aussi penser à la question que Jean-Baptiste adresse dans sa prison à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? ». Cette question doit nous laisser sans repos. Sinon, notre foi serait vaine. Et pourtant nous sommes invités ce soir à mettre notre espérance en sa miséricorde inépuisable.

Présence

Pourtant même devant cette présence de Dieu qui nous appelle à la liberté, nous sommes tentés de le lier, de l’emprisonner comme le firent les soldats. Mettre la main sur Dieu pour le juger, le rendre coupable de nos propres fautes est souvent notre réflexe premier. Lui agit autrement envers nous. Il ne cesse de nous accueillir. Il recueille notre parole, notre désir de conversion, de ne pas passer à côté de sa rencontre. Même dans sa mort, il demeure du côté de la vie. Pour preuve, cette eau et ce sang qui coulent de son cœur pour féconder nos vies si souvent ternes.

Passage

Dans un monde en plein bouleversement, où les événements de notre pays et du monde nous questionnent, le Christ demeure. Il demeure le crucifié ; celui qui fait passer nos souffrances, nos incompréhensions pas sa passion et par sa Pâque. Aujourd’hui, au pied de la croix prenons donc le temps de faire silence pour entendre la voix de Dieu. Laissons-la résonner au plus intime de notre être et cultiver cette espérance en ce Père qui ne cesse de faire toutes choses nouvelles.