Jésus a détruit notre mort pour que nous vivions davantage

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Hier, nous étions rassemblés autour du repas pascal pour recevoir la vie du Christ. Aujourd’hui, nous célébrons sa mort. La tristesse, l’angoisse, l’incompréhension remplacent la joie du jeudi saint. Dans la lecture de sa passion, nous rencontrons la question du mal, de la jalousie, de la violence. Autant de questions qui jalonnent notre existence. La souffrance, la mort et le mal demeurent, malgré des siècles de recherches médicales. L’expérience que nous faisons depuis plus d’un an avec la Covid-19 nous interroge, à frais nouveaux, sur ce qui empoisonne notre existence. Nous le savons, et le lisons dans l’Écriture : sur la Croix : le Christ porte nos souffrances. Il les assume pour qu’il nous soit plus facile de les porter. Nous le confessons avec la foi qui nous habite, mais la question et l’intranquillité demeurent.

Porter notre croix

Certes, Dieu est bien là au cœur de ces détresses, mais c’est nous qui les vivons. Nous portons nos croix, certes avec Lui, mais elles sont souvent lourdes et nous pouvons en avoir plein le dos. Si nous en avons l’énergie, le goût et le dynamisme, prenons le temps, comme nous le propose la liturgie, de vénérer la croix. Partageons avec Lui nos douleurs, nos questionnements, nos révoltes. Entrons dans l’intimité du crucifié alors que nous faisons mémoire de ses souffrances, de son agonie et de sa mort. Peut-être pouvons-nous demander, comme dans le chant « Âme du Christ », de nous cacher dans ses blessures, pour mieux qu’il se cache dans les nôtres. La passion du Christ n’est pas une célébration sanguinolente ou perverse.

Communier aux souffrances du Christ

Les blessures du Christ et sa mort sont réelles. En communiant aux siennes, nous savons qu’il communie aux nôtres. Le vendredi saint est la célébration où nous comprenons davantage que nous célébrons un messie crucifié, humilié, bafoué, qui est entré dans la liberté du Père. Sa mort n’a aucun sens, si elle ne nous indique pas l’Amour que le Père Lui porte, dans l’Esprit. Faire mémoire de la Croix du Christ n’est pas nous enfermer dans un masochisme ou une perversité malsaine. Elle est avant tout un signe de contradiction, comme l’est tout le chemin de l’Évangile. C’est une invitation, comme l’était celle d’hier, à convertir notre regard sur Dieu et notre conception du pouvoir.

Le pouvoir et la croix

« Tout pouvoir m’a été donné », dit le Christ lors de sa passion. Mais il ne l’exerce pas à la manière humaine avec un autoritarisme rigide, mais dans l’humilité de l’amour. Le Christ, aujourd’hui, nous montre jusqu’où va le don de sa vie : il accomplit l’eucharistie en chair et en os. Ainsi, lorsque nous célébrons l’eucharistie, lorsque nous partageons la pain de vie, nous portons le désir de clouer sur la croix tout ce qui l’entrave. Nous sommes conduits à entrer dans cette indifférence chère à Ignace. Ne pas choisir ce qui nous honore, mais ce qui sert davantage à faire régner l’amour de Dieu en ce monde et en ce temps. C’est un passage qu’il nous faut faire, à la fois dans nos esprits et dans nos cœurs.

De l’Amour à la mort

Nous sommes tant habitués à chercher la réussite, à être considéré, aimé, apprécié. Nous avons tous besoin de reconnaissance, d’être apprécié à notre juste valeur. Mais le Christ, en se chargeant de la croix, nous incite à changer de quête. Ce qui compte véritablement, c’est notre capacité, aidé de sa grâce, à transformer tout ce qui peut conduire à la mort, en puissance de vie. Avec le Christ, la mort n’a jamais le dernier mot, car elle est transfigurée par et dans ce lien d’amour qui l’unit au Père et à l’Esprit. C’est cette force qui doit nous habiter dans nos vies et nous aider à ne pas l’analyser en termes de réussite ou d’échec. C’est notre capacité de conversion, notre capacité à nous laisser rejoindre par la puissance de vie de l’Amour de Dieu qui doit être notre essentiel.

Le poids d’une parole

Il ne s’agit pas d’avoir raison ou tort, mais d’être juste, car habité de la présence de Dieu. Aux questions de Pilate, le Christ ne répond rien ou si peu. Ce n’est pas qu’il n’a rien à répondre, mais il comprend qu’il se trouve piégé. Peu importe ce qu’il peut dire, il est condamné pour satisfaire la jalousie. Et nous ? Sommes-nous comme Pilate, prompts à servir les plus forts, les puissants, ou comme Jésus, dont la rareté de la Parole donne une densité à sa présence ? Difficile d’être comme Jésus, de lui ressembler tant son offrande nous semble inaccessible. Il est plus facile d’être du côté des « méchants » dont nous parle le psaume 1. Reconnaître cette difficulté, ce qui nous entrave de marcher à la suite du Christ crucifié ne doit pas nous désespérer.

Chemin de conversion

Nous pouvons y entendre un chemin de conversion qui nous conduira à la plénitude de la paix et de la joie. Laissons-nous habiter de ces motions intérieures nous rapproche de Dieu. Elles ne nous épargnent pas la souffrance, elles n’éloignent la mort de notre enveloppe corporelle, mais nous tournent vers l’essentiel. Ce dernier est cet amour de Dieu qui allège les peines, tristesses, angoisses. Par sa crucifixion, il vient nous dire que toute vie vaut la peine d’être vécue. Ce mal, cette jalousie, cette humanité glaiseuse, qui nous colle aux pieds, peuvent être transformés, car elles sont portées, par le Christ, sur l’autel céleste du royaume des cieux (prière eucharistique n°1).

La tendresse de Dieu

Laissons-nous rejoindre en ce vendredi saint par la tendresse de Dieu. Sa mort n’est pas une fin en soi. Elle est plénitude du don pour nous faire entrer, nous aussi, dans la dynamique du don de nous-même comme pour mieux mourir à ce tout qui entrave notre désir de vivre pour et avec Dieu. Entrons donc, d’un cœur résolu, dans une prière d’action de grâce pour ce don. Par la mort de son Fils, Dieu nous fait entrer résolument dans sa vie.

Puisse le silence qui habite cette célébration de la passion et de la mort de notre Seigneur Jésus-Christ n’être ni triste, ni pesant. Accueillons-le comme un temps favorable pour méditer sur un si grand bonheur d’être aimé par Dieu. Puisque, comme nous l’endenterons dans une des préfaces du temps pascal : « en mourant, il a détruit notre mort ; en ressuscitant, il nous a rendu la vie ».