La parabole du bon Samaritain ou comment passer de la parole au service


Méditations au coeur du monde, Temps liturgiques / vendredi, juillet 8th, 2022
Temps de lecture : 5 minutes(Last Updated On: 8 juillet 2022)

Passer de la parole au service ou la parabole du bon SamaritainCe 15e dimanche du temps ordinaire nous présente la parabole du bon Samaritain. Cette parole du Christ intervient en réponse à une provocation d’un docteur de la loi. Interrogeons-nous sur cette obsession, dans l’Écriture, à propos de ces interpellations provocatrices à l’encontre de Jésus. L’Évangile nous dit souvent que c’était pour mettre à l’épreuve Jésus. Mais Sa parole n’est pas là pour nous mettre en danger. Elle est là pour nous montrer la route à suivre, celle de son plus grand amour pour construire le Royaume en plein monde.

Le bon Samaritain, jalon pour le chemin

L’Écriture, parole de vie pour aujourd’hui, nous donne le Christ pour compagnon. Nous sommes appelés à le prendre pour maître et pour ami et à écouter sa voix pour servir Sa mission. Dans cette parabole de l’Écriture, que nous connaissons bien, le Christ vient nous surprendre, une fois encore. À la provocation du docteur de la Loi, il vient remettre l’essentiel en perspective. Ce qui importe ce n’est pas ce que nous sommes dans la société, mais de quelles manières la parole de Dieu germe dans notre cœur et nous entraîne à l’action. Cette parole que nous souffle l’Esprit, nous n’en sommes pas propriétaire, c’est l’Esprit qui insuffle dans notre être la Bonne Nouvelle. À nous de savoir l’accueillir et de reconnaître qu’elle est à l’œuvre en ce monde et en ce temps.

La parabole du bon Samaritain nous déplace

Laissons-nous surprendre par cette parabole qui nous est proposée ce dimanche. Nous aurions tendance à penser que Jésus mettrait en lumière l’action du « clergé » et de la « loi » et critiquerait l’ennemi de toujours des juifs de l’époque : le Samaritain. Il n’en est rien. Ainsi, ce n’est ni la loi ni le Temple qui viennent au secours l’homme à moitié mort, mais un étranger. Tous se détournent, sauf celui qui pourrait le faire. Cette parole de Jésus est un point de vigilance pour nous. Nous connaissons les commandements, ce que nous avons appris au catéchisme et la loi – que nul ne peut ignorer. Mais, voilà, nous ne la mettons pas forcément en pratique.

Du savoir à la pratique

Nous savons que nous devons être charitable, apporter notre aide à notre prochain, mais nous sommes – trop souvent – immobilisés, tétanisés, par notre égo et nos peurs qui nous conduisent à ne rien faire nous ne fassions rien. Apprenons de cette parabole l’importance de passer de la tête au cœur. Nous raisonnons convenablement, nous connaissons ce que nous devons faire, mais agissons peu. Ne nous lamentons pas pour autant, c’est inutile. Toutefois, prenons le temps de relire ces manières d’agir.

Discerner et relire

Ne sommes-nous pas – parfois – dans des positions de supériorité, surplombant et pas suffisamment dans la relecture qui nous amène à nous convertir ? Car, ce qui importe, ce n’est pas tant notre incapacité à agir, mais de trouver les moteurs qui nous poussent à agir. Pourquoi le docteur de la loi, le lévite n’ont pas agi ? L’Évangile ne nous le dit pas. En revanche, il met en lumière la compassion de celui qui est méprisé, non reconnu. C’est celui qui est dehors qui prend soin de celui qui est blessé.

Nous ne sommes pas au centre du monde

La parole de Jésus s’adresse, dans l’Évangile, à un lévite qui se croit juste parce qu’il connaît la loi. Il se pense être au centre du monde, au centre de l’histoire. Mais Jésus vient l’inviter à faire un pas de côté. Ce qui importe ce n’est pas nous, notre connaissance, notre position sociale, etc. Nous, nous et encore re-nous. Combien de fois, nous estimons-nous au centre du motif alors que ce qui importe ce sont ceux avec lesquels nous sommes en relation ? Nous sommes en chemin sur les routes du monde et sommes amenés à rencontrer des « blessés de la vie ». Sur ce chemin, nous avons tendance à être comme le businessman du Petit Prince, des hommes et des femmes pressés. Pour autant, nous ignorons le plus souvent le but de notre course.

Quitter Dieu pour Dieu

La ponctualité est certes importante mais, le service du frère, de la sœur qui souffre l’est tout autant si ce n’est davantage ? Souvenons-nous à cet effet des paroles de recommandations que disait Vincent de Paul à ses filles : « Vous quittez l’oraison ou la lecture, ou vous perdez le silence pour assister un pauvre, oh ! sachez, mes filles, que faire tout cela, c’est le servir. » C’est peut-être ce qui importe le plus dans notre vie que de se mettre au service de l’humanité souffrante. Ses blessures sont plurielles et chacun d’entre nous peut être le « bon Samaritain » pour les panser. Toutefois, n’en tirons aucun titre de gloire.

Avec le bon Samaritain, nous sommes invités à prendre soin des autres

Dans l’Évangile de ce dimanche, le bon Samaritain confie le blessé à une auberge pour que le tenancier en prenne soin. Ce « bon samaritain » c’est le Christ qui nous confie les blessés de la vie. Il nous demande d’en prendre soin jusqu’à ce qu’Il vienne. C’est d’ailleurs ce que nous chantons, parfois, dans l’anamnèse. Ainsi, nous annonçons le Christ en prenant soin des pauvres, des plus petits, de ceux que la vie malmène. Soyons lucides et réalistes, il y a des blessures invisibles. Toutes ne sont pas béantes, mais toutes ont besoin d’avoir un onguent qui vienne les apaiser, tels l’huile et le vin de l’Évangile de ce dimanche. Nous sommes donc invités à être attentifs les uns aux autres.

Nous et le monde

Ce « Nous » c’est l’Église, ce peuple qui chemine à la rencontre du Seigneur au cœur du monde, mais aussi tous les hommes et les femmes de bonne volonté. Il nous revient, à nous, christiens, disciples missionnaires du Christ-Jésus, d’être attentifs à chaque personne, mais c’est une responsabilité de tous. L’Église n’est pas propriétaire de la diaconie, du service des plus fragiles et des plus pauvres, même si elle est appelée à devenir un « hôpital de campagne ». Il y a suffisamment de blessés au cœur du monde pour que chacun se sente solidaire de ces derniers. Mais, pour l’Église, ce n’est pas une alternative, car c’est un commandement du Seigneur.

L’autre est mon prochain

Prendre soin des blessés, c’est comprendre qu’ils sont mes prochains, et qu’il m’incombe d’en prendre soin. Ce dimanche du « bon Samaritain » est l’occasion de nous rappeler cette parole du Christ au chapitre 25 de Matthieu : « Chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait ».

Que la grâce du Christ nous aide à vivre de sa miséricorde et ainsi servir nos frères et sœurs au cœur de ce monde.