De nos oeuvres à la Gloire de Dieu

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De nos œuvres à la Gloire de Dieu« C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’oeuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions ». Ces derniers mots de la seconde lecture de ce dimanche du laetare nous permettent de goûter le Salut que Dieu offre.

Son désir, le plus intime et intense, est que nous soyons heureux, plein de vie pour la transmettre en abondance. C’est une invitation à être ajusté à sa loi. Elle consiste à aimer de manière inconditionnelle, comme Lui nous aime. Donc, tout ce que nous faisons, toutes les œuvres auxquelles nous participons, doivent être orientées vers la recherche de la joie. Celle-là même qui nous confirme que nous faisons la volonté de Dieu.

Revenir vers Dieu

Notre désir et notre cœur sont tendus vers cet objectif, mais bien souvent nous buttons, nous trébuchons. Notre confrontation au réel nous amène à constater que nous sommes loin de cet objectif de l’amour inconditionnel. Toutefois, c’est bien dans ce réel que le Père nous rejoint.

Dans la première lecture, nous pouvons constater toutes ses entreprises pour que nous revenions à Lui. Les auteurs du Livre des Chroniques relisent l’exil à Babylone comme la conséquence de l’abandon de Dieu. Sa volonté n’est pas de nous punir, mais dans nos œuvres qui réussissent ou échouent, nous pouvons toujours discerner sa présence.

Donner du goût

Si je méprise la loi de Dieu, si je suis égoïste, égocentrique et que je ne fais pas de la place à l’autre dans ma vie, elle perdra toute saveur. La réussite n’est pas une question de gloire, d’honneur, de médailles conquises en écrasant les autres. Elle se mesure à la manière dont je peux rendre l’autre heureux, lui laisser être libre d’agir en lui garantissant bienveillance et accueil.

Laissons-nous interpeller, toujours dans cette première lecture, par l’attitude de Cyrus. Il n’est pas juif, mais c’est lui, mû par la volonté de Dieu, qui met fin à cet exil.

Dieu vient nous bousculer

La grâce de Dieu peut se manifester par ceux qui ne sont pas de nos cercles. C’est une bonne nouvelle qui nous invite à élargir largement notre tente. Ne soyons pas esclave de nos manières de croire et d’agir. Dieu ne cesse de venir bousculer notre vie et a un réel désir d’universalité.

Le salut que le Seigneur vient nous offrir dépasse les œuvres que nous servons ou faisons. Elles sont, certes, une manière concrète de mettre en application le commandement de l’Amour, mais elles ne sont pas Dieu. C’est Lui que nous cherchons à servir et ce que nous faisons, en son nom, par amour, n’en est que la déclinaison.

Dieu et les œuvres

Soyons donc vigilants à ne pas confondre Dieu et nos œuvres. Elles passent, mais Dieu demeure éternellement. Nous avons à garder cette certitude au cœur. Ce temps de Carême est l’occasion de nous le rappeler. La liturgie nous expose au dépouillement pour nous centrer davantage sur l’essentiel : Dieu. Il est Celui vers lequel doivent tendre toutes nos attentions. Il est le sens que prend notre vie, car cela lui donne de la saveur, de la couleur et l’oriente vers la dépossession.

Nous avons, par conséquent, à cheminer vers une certaine ascèse mystique. Ce qui plaît au Seigneur ce ne sont pas tant les « efforts de Carême », toutes les œuvres que nous pourrions faire en son nom, mais l’Amour que nous nous portons les uns aux autres.

Vers la fraternité universelle

Notre mission d’enfant de Dieu est, comme le pape François nous le rappelle, de cheminer et de vivre dans et vers une fraternité universelle. Nous avons à nous déposséder de nos velléités de puissance et de domination. Il nous revient d’être le réceptacle de la lumière de Dieu. Bien souvent, nous sommes ce qui l’entrave et l’empêche de briller.

Reconnaissons humblement que nous ne sommes pas en phase avec l’appel de Dieu à le révéler au monde. Nous préférons, souvent, nous servir, voir ce qui nous profite et faire de nos œuvres une vivante offrande à la louange de notre propre gloire. Cette manière de nous comporter permet certes de faire des choses, de réaliser des œuvres, mais elle ne construise pas le Royaume de Dieu.

Se reconnaître fragile

Ce qui permet de faire advenir ce Royaume de paix est la reconnaissance de notre fragilité. Le Christ lui-même a choisi de se livrer aux mains des autres, de rejoindre la cohorte des fragiles, des persécutés. Ce choix de son incarnation, de s’être librement livré aux mains des hommes jaloux de sa liberté, est pour nous le signe éminent de son amour.

« Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi », nous dit un hymne bien connu. Il est celui qu’ils ont transpercé. Celui dont le cœur a saigné par amour pour nous.

Une place vide

Dieu, en Jésus, est celui qui laisse toujours une place vide. Il est ce présent dont l’absence nous révèle la densité de son amour. Lorsque nos yeux s’élèvent sur le bois vide de la croix, notre cœur ne peut que saigner et s’émouvoir devant un tel don. Cette consécration du Fils de Dieu à l’amour du Père, nous est offerte à chaque fois que nous communions à sa parole, à son corps et à son sang. Dieu se fait alors proche de nous pour nous conduire sur la voix de son plus grand amour. C’est cette lumière qui doit nous guider et nous aider à servir nos frères et sœurs par nos vies.

L’œuvre majeure

Pour autant, nous ne devons pas oublier que la plus grande œuvre que nous avons à faire, en ce monde et en ce temps, c’est de laisser Dieu être Dieu. Nous avons à passer de l’activisme à la contemplation. Prendre du temps pour converser avec Dieu dans la contemplation de son action, de sa création, n’est jamais du temps de perdu. Elle est le préalable à toutes nos actions. Cette mise en présence devrait être le cœur de nos journées. C’est de cette manière que nous serons le plus utile à l’avènement du Salut dont nous parle Jean dans l’Évangile de ce dimanche.

Souvenons-nous que c’est Dieu qui nous sauve, et ce une fois pour toutes. Nos bonnes actions, nos œuvres, notre générosité doivent être le reflet de ce Salut, mais ne nous l’obtiennent pas. Nous avons, sans cesse, à nous convertir à cette évidence pour entrer davantage dans le projet d’amour que Dieu nous porte. Alors, laissons-nous réconcilier avec le plan de Dieu et entrons joyeusement dans ces dernières semaines qui nous conduisent à la splendeur de la lueur de Pâques.