Combattre avec Dieu

Cette marche vers la clarté de Pâques que nous entreprenons tout au long du carême nous entraîne au combat pour retrouver le chemin de Dieu. Tout au long de notre vie de foi nous sommes invités à nous conversion, à changer nos habitudes, nos comportements, notre manière de pensée pour essayer de ressembler davantage au Christ. Le carême nous invite donc d’une manière toute particulière à nous exercer au combat spirituel.
Le combat spirituel est bien expliqué par l’apôtre Paul dans son épître aux Ephésiens (6, 10,20). A travers la métaphore de l’équipement du combattant, il nous fixe des repères à la fois pour se protéger mais aussi pour entrer en lice contre tout se qui nous risque de nous détourner de notre vocation chrétienne. Ce combat est à mener au travers de plusieurs grandes batailles qui toutes visent à redonner à la personne humaine sa dignité de Fils de Dieu. La première d’entre elle est la lutte contre le mal. Il s’agit d’un ennemi particulièrement sournois et fourbe qui se loge un peu partout et surtout dans tout ce qui pourrait permettre de croître. Un des signes de l’action de l’ennemi est le découragement et la désespérance. Dans ces moments, il faut redoubler de prudence et s’armer de patience sans oublier d’intensifier sa prière et le partage avec des frères et sœurs.
Le choix des armes est important dans ce combat. Il est important tout d’abord de demander au Seigneur la grâce d’être rempli de sa paix, de sa joie; c’est lui le Maitre que l’on désire faire régner dans nos vies. Il est l’Eternel Seigneur de toutes choses en qui le Père a mis tout son amour révélé par l’Esprit. Il est l’auteur de la notre Mission et le Maitre de la Joie. Ainsi armés nous pouvons partir au combat sous l’étendard de la Croix. Cette lutte il nous faut d’abord la mener en nos cœurs et à nos âmes. Comment pouvons-nous essayer d’annoncer le Prince de la Paix si nous sommes en guerre à l’intérieur de nous ? Prenons le temps de nous laisser pacifier par celui que nous servons car les ruses de l’ennemi de la nature humaine sont rudes et nombreuses.
Notre désir est d’apporter à ce monde le salut qui nous vient de Dieu. Ce salut qui consiste à délier les chaînes de ceux qui sont prisonniers de leur vie, de leur situation. Nous ne devons pas nous satisfaire du provisoire, du précaire, de l’a peu près. Nous sommes appelés à annoncer la Vie, à donner la Vie alors pourquoi nous contenterions-nous d’un feu de paille alors que le feu de l’Amour nous est donné en héritage ? Cela demande aussi un enracinement dans le concret, une attention de chaque instant et aussi d’accepter la responsabilité de nos actions. Il faut être également très prudent à l’égard de notre désir de reconnaissance et de la culture ambiante des résultats. Notre ambition est autre et notre plaisir ne consiste pas en des résultas chiffrés. Il faut se rappeler la joie qu’évoque Luc dans son chapitre 15 à propos de la brebis perdues. Cela nous place dans la perspective de tout faire pour ceux vers lesquels nous sommes envoyés et mais aussi de savoir leur laisser toute la liberté d’agir. Nous ne sommes pas à leur place, nous ne vivons pas pour eux, ni par eux ; seulement avec eux. Nous sommes appelés à une fraternité universelle ce qui signifié être à côté dans un compagnonnage et non dans une fusion/absorption.
Ce ne sont là que quelques pistes pour entrer dans ce combat où Dieu nous attend pour bâtir son règne. Il faut résolument vivre en communion avec les trois personnes divines qui nous montrent le vrai mode de relation qui est un échange permanent. C’est dans cet attachement à la fois personnel et communautaire à ce Dieu trinité que nous trouverons l’enthousiasme, la force et l’énergie d’entrer en résistance afin que la dignité de l’être humaine ne soit jamais bafouée. Notre foi qui entraîne notre action doit favoriser des conditions de vie de chacun de ceux qui sont nos frères et sœurs afin et qu’il puisse vivre en plénitude dans la paix, la joie et l’allégresse.

Splendeur de l’Amour de Dieu

Pendant les quarante jours où nous nous préparons à la fête de Pâques, nous sommes invités à entrer avec le Christ dans sa Passion. Chemin d’humanité, chemin de vérité, chemin d’authenticité qui nous invite à mieux le connaître et mieux l’aimer, mais aussi à découvrir davantage combien nous sommes souvent prompts  à lui tourner le dos.

Il y a toujours un avenir avec Dieu
Il y a toujours un avenir avec Dieu

Lorsque nous prenons le temps de regarder les événements qui conduisent Jésus à sa Passion et sa Résurrection nous pouvons être étonnés du comportement des foules, voire scandalisés par leur manque de constance et leur retournement, leur renoncement à leur foi très rapide. Ainsi, lorsque Jésus entre solennellement à Jérusalem (Lc 20), il est accueilli en Messie, la foule l’acclame, nappe de manteaux le chemin qu’Il emprunte assis sur l’âne royal. Quel enthousiasme, quelle consécration, Jésus est enfin accueilli comme il se doit, pouvons-nous penser. Cependant, l’Evangile n’est pas un conte de fées, avec un happy end, il est puissance de contestation de nos comportements et de nos fonctionnements complexes.
En effet, Jésus, dans ce passage, ne fait pas de triomphalisme, il demeure pleinement dans sa mission prophétique et nous renvoie à notre propre réalité. Ce qui compte, ce n’est pas de le célébrer avec tambours, trompettes et acclamations, c’est juste de l’accueillir pour recevoir la joie et la consolation. Sa Parole nous dérange souvent, même les pharisiens veulent le faire taire, mais il nous fait saisir qu’elle vient d’ailleurs, qu’elle est vie, force, dynamisme. Il n’est pas possible de taire cette Parole qui est acte, et qui veut nous construire en maison de paix, en rempart contre l’injustice, le mensonge et l’égoïsme. Accueillir Jésus, tel qu’il est, même dans ce qui me dérange, c’est être en mesure d’accueillir l’autre tel qu’il est, dans la simplicité du quotidien. Mais, pour cela, il nous faut nous enraciner dans la constance d’une foi en Dieu, en ce Dieu fait homme qui ne cesse de nous appeler à devenir sa ressemblance (1 Jn 3, 2). Ce n’est pas plus facile pour nous aujourd’hui, que pour les disciples  de Jésus qui vivaient avec lui au quotidien.
Quelques versets plus loin, nous prenons conscience de la versatilité des contemporains de Jésus. Une foule vient l’arrêter et parmi elle, Judas, un de ses intimes, de ses compagnons de chemin. Quelle déception doit habiter Jésus, mais au lieu de s’y appesantir, au lieu de lui faire un reproche, lui rappelant sa condition de disciple, Jésus le remet devant ses responsabilités : « c’est par un baiser que tu trahis le fils de l’homme » (Lc 22,48). Même comportement devant les gardes qui veulent l’arrêter manu militari. Jésus ne cesse de remettre l’homme devant ses inconséquences, ses contradictions. Il met en lumière la fragilité de nos prises de position, non pour les condamner définitivement et nous y enfermer mais pour nous inviter à nous appuyer d’abord sur Lui (cf . ps 8, 5). Là, est la pierre de fondation, sur le Christ, sur sa Parole qui nous invite à regarder plus loin, à oser affronter nos peurs, nos doutes, nos questions. L’apôtre Pierre ne s’y est pas trompé, lorsqu’il a pleuré, après s’être rendu compte qu’il avait trahi son maître et ami. Pierre comme Judas a trahi, mais la différence est que le premier s’en est repenti, ses pleurs et son mouvement en sont le signe. Pierre prend conscience de l’importance de la Parole du Christ et en la faisant sienne accepte de sortir de son refus, d’assumer son appartenance au Christ. Il y a toujours un avenir avec Dieu, il suffit d’accepter de lui faire confiance, de se remettre devant lui, à l’écoute de sa Parole.
C’est cela la puissance de Pâques, l’ouverture à l’inouï de la splendeur de l’Amour de Dieu. Il ne cesse de venir en notre monde, en nos vies, afin de les transformer, les transfigurer, les inonder de sa lumière jaillissante. Cette lumière du matin de Pâques nous fait tenir dans les difficultés, les doutes, les désespoirs car elle vient nous remettre debout, nous ressusciter.

Claude Dagens : un évêque libre de la Tradition

Il y a des rencontres qui valent des cours et des manuels entiers d’ecclésiologie. C’est le cas de celle avec Claude Dagens, académicien et évêque d’Angoulème. Sur Paris, il loge chez les Sœurs de l’adoration. Ce détail anodin peut nous faire saisir l’enracinement profond qui émane de ce bordelais : le Christ. Il vous y accueille simplement, dans une des pièces de l’hôtellerie, vous demande de prendre place et vous écoute. Réaliser une interview à Claude Dagens c’est accepter d’échanger un peu de soi. Il est d’une disponibilité qui ferait pâlir un bénédictin.
L’information est faîte pour informer et non pour être déformée
Lorsque vous êtes communicant, ce que je suis modestement, vous en prenez déjà pour votre grade. Avec beaucoup de sympathie, d’empathie, monseigneur Dagens vous fait saisir que vous avez un grand défaut ; celui de voir l’immédiat. Ceci dit, il accepte tout de même de reconnaître que vous êtes là dans votre rôle d’informer. Il s’en suit une discussion digressive sur cette mission d’informer. Et là, vous saisissez que l’immédiat, bien que nécessaire, doit savoir faire la place à l’indispensable. Ainsi, lorsque les médias évoquent une allocution du Pape ou de l’un ou l’autre pasteur de l’Eglise, il n’est pas obligé de flatter les bas instincts et de donner une information biaisée. Car, bien souvent, ces prises de parole visent des réalités bien plus épaisses et pertinentes que des questions de préservatifs, mariage, etc. Elles sont destinées à la croissance de l’intelligence. C’est une bonne leçon de journalisme que vous recevez là. L’information est faîte pour informer et non pour être déformée.
Le but de l’Eglise n’est pas l’Eglise
Cette (re)mise en perspective effectuée, nous pouvons aller en eaux profondes avec ce Pasteur attentif des signes des temps. Quand il s’agit d’échanger à propos de l’Eglise, il est tout aussi pertinent et perspicace pour mettre en lumière sa réalité ontologique. Avec Claude Dagens nous percevons bien que les questions satellites ne sont pas l’essentiel de sa pensée. Ce qui lui importe c’est de donner la vision d’une l’Eglise appelée à vivre sa mission qui n’est pas de s’auto-annoncer, ni de s’auto-proclammer. Il aime dire avec insistance que « le but de l’Eglise n’est pas l’Eglise ». Il utilise cette phrase pour faire saisir que l’Eglise est « le doigt de Jean-Baptiste » qui montre le Christ. Appartenir à l’Eglise, pour le Pasteur de l’Eglise qui est à Angoulême, c’est avant tout vivre et témoigner d’une relation vivante avec le Christ. Le reste n’est pas essentiel. Il reconnaît tout de même l’intérêt de l’institution mais la replace dans une perspective de service du corps entier. Vivre comme chrétien pour l’Eglise c’est être infidèle à sa mission. Il faut, s’il on en croit cet évêque académicien, comprendre, saisir et vivre «  que le but de l’Eglise est de permettre la rencontre avec Dieu. ».
Sécularité et apostolicité
Le contenu de la foi chrétienne est une pierre d’achoppement, c’est même, en quelque sorte, constitutif de son identité. Le chrétien, celui qui confesse « Je crois en Dieu qui s’est fait homme en Jésus » témoigne déjà d’une incongruité. Cette confession est une réponse à un appel nous dit Claude Dagens. Il est important de ne pas nous sentir prisonnier, esclave d’un système même et surtout dans nos sociétés sécularisés. A propos de ces dernières, l’évêque d’Angoulême nous invite, nous incite à demeurer ferme dans l’espérance : « Il y a  un combat chrétien à mener, celui ‘d’espérer contre toute espérance ‘ ». Ce n’est pas un appel neuf, Paul nous l’enseignait déjà, mais c’est une dimension, une dynamique à réentendre afin de ne pas nous laisser aller au désenchantement. De même, il nous indique une autre mission du chrétien qui est celle d’être attentif, vigilant à l’autre et au respect de sa dignité. Ce ne sont pas là des conseils révolutionnaires, ce n’est pas le genre de Claude Dagens, mais ceux issus d’une sagesse, celle de l’Evangile puisque « l’homme est la route de l’Eglise » (CA 6).
Cet échange avec monseigneur Dagens a saveur d’Evangile. Sa présence, ses réponses patientes et argumentées vous donnent le visage d’une Eglise en phase avec le monde, avec les questions que les hommes et les femmes de ce temps se posent. Il n’a pas des réponses formatées, ce sont plus des pistes pour avancer, des jalons pour un chemin qui reste à parcourir à la suite du Christ. Sa devise épiscopale, « i » (va), la plus courte du monde en est comme le signe et le rappel.

Compléter l’effort militant par un effort de connaissance

Jérôme VIGNON

Jérôme Vignon, président de l’ONPES (l’Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale) et des Semaines Sociales de France a bien voulu accorder pour les publications de l’Armée du Salut en France.
Vous êtes aujourd’hui Président de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Pouvez-nous dire en quoi consiste cette nouvelle mission qui vous est confiée et de quelle manière cet organisme peut aider à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.
Le rôle de l’ONPES est de révéler ce qui n’est pas vu. Ainsi, nous lançons des travaux, des méthodes par rapport aux personnes qui sont sans toit. Nous avons ainsi une perception d’une part de ce qui est visible c’est-à-dire de se rendre compte qu’il y a des personnes à la rue, qu’elles sont dans une situation difficile.
Mais ces personnes ne sont pas les seules à vivre dans des conditions précaires, il y en a qui logent dans des caravanes, chez des amis…Le fait d’être sans toit, sans un véritable « chez soi » est beaucoup plus fréquent que d’être à la rue. Nous essayons de mesurer les différentes situations où il n’y a pas de « chez soi ». Si on ne mesure pas cela, nous ne serons pas alors outillés pour être solidaire des personnes et pouvoir leur offrir un logement plus humain, plus digne. C’est beaucoup plus compliqué que des statistiques. Pour ces mesures nous avons besoin du concours des personnes elles-mêmes. D’où la nécessité d’être accompagné dans cette démarche par le secteur associatif. La connaissance partagée est nécessaire et elle se construit avec des acteurs.
L’ONPES est conçu comme un lieu de rencontre composé de chercheurs, de membres du secteur associatif et de membres de l’administration. C’est un véritable travail conjoint qui permet de voir ce que l’on ne voit pas, de mesurer et de connaître les causes et d’en faire prendre conscience au public. Par cette analyse nous cheminons vers la résolution du problème.
Nous pouvons aider également grâce à l’évaluation des stratégies par rapport aux effets attendus (Dalo, RSA, ASE, CMU). A cet égard, il est nécessaire de passer d’une optique assistancielle – discretionnelle à une perspective de lutte contre l’exclusion par la loi par une reconnaissance des droits. L’ONPES est indépendant et a ainsi une large autonomie de choix. Ainsi, l’évaluation peut avoir une certaine crédibilité. Ainsi, nous avons été chargés par le CNLE (Conseil national des Politiques de Lutte contre la Pauvreté et l’Exclusion) de la question du « reste pour vivre » suffisant pour éviter la pauvreté. Cette étude constitue une évaluation des minima sociaux et du non accès de certaines personnes aux allocations. Il s’agit de desceller et de mettre en évidence l’entrée dans la pauvreté qui reste collée à l’exclusion. Ainsi, une étude sera menée quant aux mécanismes, aux processus. Il faudra aussi réfléchir aux causes et à la part de la société civile et de l’Etat dans la pauvreté.
Pour bien comprendre la pauvreté, il faut avoir s’appliquer à trois domaines de recherche :

  • la difficulté d’accès aux droits
  • Comprendre pourquoi le taux de pauvreté des enfants est supérieur au taux moyen de pauvreté de la population. Cette pauvreté des enfants risque de conduire les adultes qu’ils seront demain à demeurer pauvre. Le risque ici est celui de la transmission intergénérationnelle de la pauvreté.
  • Le rapport entre pauvreté et marché du travail. Il est important que nous puissions éclairer le lien entre pauvreté et accès à l’emploi. :
      – Il existe des difficultés structurelles;
      – Les travailleurs pauvres ne progressent pas, malgré leurs souhaits, ainsi ils demeurent en situation de temps partiels contraints Par son caractère propre le marché du travail les fait entrer dans une sorte de cercle vicieux.

L’accès à l’emploi permet de sortir de la pauvreté. Il faut aussi se poser la question des emplois non qualifiés viables. L’emploi est un lieu de réalisation de la personne. Egalement, il est essentiel de comprendre l’intérêt de l’accompagnement dans son rôle de soutien social. De même il faut creuser la différence entre emploi et activité. L’emploi est associé à une rémunération, l’activité non mais elle est un processus où les personnes sont capables de rendre un service accompli dans des conditions qui ne trouveraient pas d’employeurs. Cela contribue néanmoins à leur épanouissement. Cela les rend capable de s’exposer ensuite au marché du travail.
D’une manière plus générale il faut une véritable approche méthodologique. C’est techniquement difficile et c’est là que l’ONPES peut aider. Il faut s’interroger sur la question de l’approche partagée et de sa fiabilité. Quant à l’amélioration de la méthode, elle pourrait passer par la comparabilité selon la géographie, même si ce n’est pas directement lié à la lutte contre la pauvreté ; cela permettrait d’avoir une vision des choix des départements faits quant à l’accompagnement du travail social. Ceci afin d’avoir un noyau d’indicateurs. Enfin, il est indispensable aujourd’hui de compléter l’effort militant par un effort de connaissance. Pour mobiliser les pouvoirs publics et l’opinion il est nécessaire de montrer qu’il y a du nouveau, de l’amélioration d’où la nécessité du travail de mesure.
L’année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale vient de se terminer. Bien qu’il soit trop tôt pour faire un bilan, quelles pistes l’Europe peut-elle tirer de cette thématique spécifique pour aider les personnes les plus fragiles, sachant que ce n’est pas une de ses compétences ?
C’est un paradoxe ancien. La Commission Européenne, le Parlement ont toujours cherché à encourager l’innovation sociale sans avoir pour autant de compétences claires. Le Conseil Européen n’a pas de base juridique pour cette ligne budgétaire, cependant avec l’article 189 du Traité de Maastrich, une compétence d’animation est donnée. Cette dernière permet notamment d’observer avec fiabilité un échantillon de la population par âge et revenus. Cela donne une indication claire sur la pauvreté matérielle et monétaire. Une décision prise à l’unanimité permettrait par exemple de définir un seuil minimum de ressources pour toute l’Union Européenne. En 1998, il y a eu une reconnaissance, par la Commission,.des compétences de l’UE en matière d’inclusion active. Depuis la Traité de Lisbonne en 2000, la Méthode Ouverte de Coordination a permis aux gouvernements de se voir doter de véritables outils même si les bases juridiques ne permettent pas de proposer des directives.
L’Europe contribue à la lutte contre la pauvreté grâce aux fonds structurels. Ces subventions aident à lutter contre la pauvreté mais ne soignent pas ses racines. Cette pauvreté est souvent la conséquence d’un problème autour de l’emploi : insuffisance de qualification, d’aptitude à se présenter pour un travail… Les politiques se mobilisent et se sentent obligés d’honorer de leurs présences les grandes manifestations européennes autour de cette année 2010 consacrée à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Cela peut sans doute les obliger à proposer certaines résolutions et propositions aux opinions publiques qui sont favorables à cette lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.
Aujourd’hui la peur de l’autre, de l’étranger, du migrant devient de plus en plus prégnante. Comme chrétien engagé, président notamment des Semaines Sociales de France, dont le thème l’an passé était « Migrants, un avenir à construire ensemble », quelles pistes pouvez-vous donner pour vivre ce rapport à l’autre d’une manière ouverte et apaisée.
Il me semble que la première chose à faire c’est de purifier son propre esprit. Lorsque l’on est dans un état de crainte ou de tension les rapports à l’autre peuvent être vécus de la même manière. La ressource spirituelle permet de percevoir nos manques et nos faiblesses, et en les partageant nous constatons qu’il y a là un véritable enjeu à l’égard de l’autre, du plus fragile. L’autre nous renvoie à nos propres faiblesses. En permettant à l’autre de tenir sa place, de lui garantir un respect nous nous réhabilitons nous-même. Lorsque l’on rencontre des jeunes hésitant sur le chemin à prendre, il est conseillé de les encourager à s’engager dans un chemin vers l’autre. Cela permet de relativiser nos propres problèmes.
La question de la laïcité recoupe cette question de l’étranger, de l’autre. Il y a une portion de la population française pour qui il faut combattre « le religieux ». A côté de cela, il y a tout de même une certaine bienveillance à l’égard du « religieux ». Même si la générosité demeure, elle est éphémère. Les personnes les plus modestes sont souvent les plus généreuses Et cette grande cause nationale qu’est la solitude est une bonne idée qui va nous inviter à sortir de cette « inertie de soi » qui peut nous entraîner dans un égoïsme forcené.

La Contemplation dans l’action


Il nous arrive parfois de tout attendre de Dieu, de nous comporter en notre monde comme spectateur de la scène où Dieu jouerait. Ainsi, il est facile de se lamenter et de s’interroger sur l’action de Dieu en notre monde. L’Ecriture nous enseigne, depuis ses premières pages, que Dieu nous a offert la liberté afin que nous soyons « les intendants bons et fidèles » de sa création. Il nous place dans une attitude de responsabilité avec pour mission une véritable vigilance, non seulement quant au monde dans lequel nous vivons et évoluons, mais surtout à l’égard de nos frères et sœurs avec lesquels nous le partageons.
Parfois, nous pouvons être tentés, poussés par l’esprit de concurrence latent qui règne dans nos sociétés, de fragiliser l’autre, de le mépriser et de faire en sorte qu’il fasse une erreur. Cette attitude est contraire à ceux qui se réclament du Christ et nécessite une vraie conversion, un changement radical de comportement. Il ne s’agit pas de respecter une consigne mais bien d’établir le règne de la Paix et de la Justice dans notre monde.
La contemplation du Christ peut nous aider à sortir d’une sorte de légalisme religieux afin de rechercher ce qui nous fait grandir davantage. Il ne s’agit pas non plus de se comporter en mercenaire de l’Amour de Dieu. La justesse d’attitude et d’action doit guider nos vies. Nous pourrons alors rechercher les modalités concrètes qui améliorent le quotidien de chacun. Quand le Christ reprochait aux pharisiens leurs comportements ce n’était pas pour les enfoncer, mais pour leur montrer le contraste qui existait entre leurs paroles, la Parole qu’ils proclamaient, et leurs vies. Nous aussi, nous sommes constamment invités à mesurer cet écart afin de nous accorder à la douce mélodie de l’Amour  du Père, qu’Il ne cesse de nous porter malgré nos fragilités et nos faiblesses.
Gardons confiance dans le don de l’Esprit et relevons nos manches pour que ce monde soit habitable pour chacun.

Sauvés pour servir

Le service de l’autre, au nom de l’Evangile, est une priorité pour celui qui désire être disciple du Christ. C’est une manière concrète de vivre ce salut offert gratuitement par Dieu  à chaque être humain.

Servir l’autre ce n’est pas se substituer à sa liberté, ni à son autonomie. Il s’agit de l’accompagner, de l’aider pour un temps et une tâche déterminée. Quelle peut bien être l’utilité du service, de la main tendue dans nos sociétés qui semblent s’enfermer dans une sorte d’égoïsme, de repli, même s’il demeure ici où là  des îlots de générosités?
L’autre est source de richesse
Servir c’est d’abord se décentrer, reconnaître l’importance de l’altérité ; que la présence de l’autre est signe pour moi d’un monde où la richesse est avant tout relationnelle. Il est important de passer par la gratuité dans nos échanges. Les relations tissées ne sont pas des marchandises dont nous devons négocier le prix. Nous devrions avoir en tête la singularité des personnes rencontrées avant toute autre chose, c’est une question de respect non seulement de l’autre mais aussi de moi. C’est à cette seule condition que le service aura une pertinence.
Oser la rencontre
Servir c’est aussi reconnaître que je suis différent du fait de mon histoire, de mes connaissances, de mon savoir tout autant que l’autre. Servir ce n’est pas se croire supérieur à l’autre mais penser en terme de complémentarité dans une altérité bien ajustée. Cela nécessite de prendre le temps de connaître celui que je sers et inversement. Ne restons pas à l’apparence, au regard qui juge promptement et risque le mépris et l’ignorance. La peur du regard de l’autre ou même la peur de mon propre regard sur l’autre peut parfois être un obstacle à la rencontre. Un effort est alors nécessaire pour briser la glace naturelle des relations. C’est une longue et bénéfique marche qu’il faut alors entreprendre pour un accomplissement serein du lien qui se noue.
Se laisser rejoindre
Accomplir un service, c’est s’engager librement. Cela demande de l’abnégation, du courage et surtout de consentir à la cause pour laquelle on s’engage. Cette liberté est importante, sinon l’action ne sera pas pérenne et le but ne sera pas atteint. Lorsque l’on se fait serviteur de l’autre, ce n’est pas un hobby, une occupation pour tuer le temps mais une action qui compte et engage toute la personne dans l’ensemble des dimensions de son être. C’est une dynamique de don de soi à l’autre qui va au-delà du service que l’on rend. C’est un double mouvement, celui qui reçoit donne aussi à l’autre et souvent bien plus. Nous ne sommes pas dans du donnant-donnant équilibrant une relation mais dans un accueil réciproque.
Servir c’est accepter non seulement d’être dépossédé de ce que l’on donne à l’autre et surtout d’être rejoint par ce dernier dans l’inattendu des événements.

Etre du Centre

La talentueuse journaliste et blogueuse Natalia Trouiller m’a tagué, ainsi que quelques autres, à propos du centre, dans sa conception politique. Le temps a passé mais je n’ai pas oublié cette main tendue, déjà saisie par certains comparses – je n’ose pas dire camarades ni même compagnons – à participer au débat.

A vrai dire, je ne sais pas si je dois utiliser le terme « centre » ou « les centres » tellement la situation actuelle de notre paysage politique est embuée par l’obsession, la pseudo nécessité d’occuper cet espace entre la droite et la gauche. Ce serait risible si cela ne risquait pas de mettre en péril la confiance – déjà bien mal en point –  de notre démocratie. Mais là n’est pas le propos. Se revendiquer du centre, c’est pour moi affirmer que la politique est d’abord une affaire de consensus, de rencontres, de partages aidant à se forger une d’opinion. Je suis et demeure convaincu qu’en politique, comme en beaucoup d’autres choses d’ailleurs, il n’y a pas de vérité absolue mais des vérités qui se forgent au gré de la rencontre et la confrontation d’idées sources et motrices.

Une des miennes, qui est peut être une obsession, c’est la centralité de l’homme comme sujet. Il doit être le point de départ, le poids nodale de toutes réflexions, de tous socles. Ce que le politique est amené à bâtir doit résolument être ordonné au bien-être des personnes, à favoriser le vivre ensemble. Il ne s’agit pas de bâtir un communautarisme mais une communauté au sens où Emmanuel Mounier l’entendait. De cette base initiale, il peut être mis en œuvre des politiques publiques en faveur du dynamisme économique, des réformes fiscales et sociales etc… La seule condition et la seule question qui doit se poser, à l’heure de ces réflexions, est le principe d’égalité ou, à l’extrême rigueur, veiller à ce que les mesures prises soient le moins nuisibles possibles. J’ai bien conscience non seulement qu’il est difficile de satisfaire chaque concitoyen mais aussi qu’il existe des différences entre les uns et les autres. Pourtant, se réclamer du centre, pour moi, c’est être extrêmement vigilant à ne pas favoriser une catégorie plus qu’une autre. Cela serait pour moi de la démagogie et de l’électoralisme. Cependant, j’ai conscience de la difficulté de tenir sur le terrain ce discours mais c’est pour moi un présupposé, un critère de discernement de l’action politique.

Choisir le centre, pour moi, c’est le refus d’entrer dans une stigmatisation et une catégorisation outrancière de l’homme. C’est essayer de croire, malgré tout, malgré moi, qu’il y a toujours un avenir pour chacun, qu’il n’y a pas de fatalité où nous enfermerions les personnes dans leur situation et ainsi avoir la conscience tranquille. Choisir de vivre ces valeurs qu’incarnent pour moi le centre, telle que mon mentor Bernard Stasi, l’a vécu, à ce que j’en ai compris lors de mes jeunes années de militantisme, c’est accepter d’aller jusqu’au bout de ses convictions au risque de tout perdre. Le compromis est possible en politique, il est même souhaitable et sain mais la compromission est en revanche délétère tout comme les petits arrangements, les petits renoncements, pour avoir juste un poste, un titre ou un siège. Même si, il ne faut pas se le cacher, il y a une part d’orgueil, de recherche de la satisfaction d’être utile lors d’un engagement politique ce n’est pas cela qui doit être premier et motiver ce choix.

Une fois encore, le service de l’homme, de tous les hommes, de chaque homme doit être le moteur premier, si j’ose dire, de cet engagement au service de la cité. Le centre n’a bien sûr pas le monopole de cette manière de vivre et de penser mais c’est pour moi, aujourd’hui, le seule positionnement qui peut permettre aux uns et autres, démocrates et républicains (dans l’acception étymologique de leur sens) de faire de la politique, de servir la cité, autrement dit en vue du bien public et du bien commun.

Noël, Dieu se dit comme signe de contradiction

Aujourd’hui, nous fêtons avec faste la naissance en notre monde du Fils de Dieu. Nos tables sont bien garnies entourées de ceux que nous aimons. Noël est devenue le prétexte à une fête de famille pour ceux qui sont loin de la foi chrétienne ou plus simplement de nos églises. C’est une belle et bonne chose qui ne déplaira tout de même pas, j’espère, au plus chagrin des laïcards de notre France moderne !

A bien y réfléchir, il y a quelque chose de scandaleux dans cette naissance.  Jésus nait dans une sorte de famille monoparentale ou plutôt pluriparentale :

Premier scandale, pour s’incarner il y a eu la nécessité du OUI de Marie. Sans ce Oui, Dieu ne nous aurait pas rejoint. Il ne vient jamais s’imposer mais se propose. Il en est de même encore aujourd’hui, nous sommes invités à le contempler, à mettre nos pas dans les siens dans une humble confiance à l’image de Joseph, qui accepta de devenir son père ici-bas.

Second scandale, personne n’accepte de recevoir ce jeune couple dont l’épouse est  en voie d’accoucher. C’est indécent tout de même de ne pas faire de place à une femme enceinte. Ces hôteliers et ces habitants de la cité de David ne sont pas très accueillant. C’est alors qu’il nait dans la simplicité d’une grange. C’est peut être l’occasion pour nous de saisir que la simplicité, ce qui nous paraît sans valeur est le lieu de l’essentiel. Ce dépouillement de la naissance du Fils de Dieu nous permet de centrer notre regard sur l’événement lui-même et non sur des oripeaux qui masquerait l’essentiel. Avec la naissance de l’Emmanuel, Dieu veut et vient éduquer notre regard. Il vient nous enseigner l’émerveillement puisque devant un petit enfant nous sommes captivés, heureux et tournés spontanément vers le merveilleux d’une naissance, d’une génèse, d’un a-venir qui se dit, qui se donne et s’offre à nos yeux, à nos vies.

Ces scandales rejoignent celui de la croix et tout ceux qui ont permis à Jésus d’interpeller, d’ouvrir aux autres, la porte du sens et même de la révolte tout au long de sa vie mais plus encore dans ce qu’il en reste : l’Evangile. L’Evangile, la Parole de Dieu faite chair, est scandale ie pierre d’achoppement, un lieu de résistance intérieure qui choque notre raisonnement, notre compréhension naturelle des choses.  Et c’est là, dans ce trébuchement que peut naitre un brèche, telle la crèche ouverte sur le monde des homme, qui nous oriente vers le lieu de Dieu : notre humanité, notre vie intérieure.  Depuis ce jour du temps, ce premier noël, Dieu n’est plus le lointain mais ce très proche, ce « plus intime à moi-même que moi-même » si cher à Saint Augustin.

A Noël, comme à Pâques, nous sommes invités à ne pas demeurer les yeux rivés sur l’événement mais à  élever notre regard vers les réalités d’en haut afin de vivre pleinement notre incarnation qui est présence de Dieu à chacun de ces hommes et femmes qui sont autant de frères et sœurs. Dieu ne se dit pas autrement. Il agit avec nous et par nous et pas sans doute. L’Esprit demeure pour nous inciter à « vivre de la vie de Dieu » ie celle du Fils qui « a pris notre humanité ».

Devant une telle réalité, et l’assurance de cet amour inconditionnel de Dieu qui est donné à chacun, il y a de quoi crier un scandale. Il est quelque part gênant d’être déplacé dans nos  certitudes par un Dieu qui aime, qui donne son propre Fils de la crèche au crucifiement et qui nous rend responsable de ce monde. Nous préférerions sans doute un démiurge nous laissant sans liberté de décider. Ce serait plus confortable et plus rassurant que de mettre notre confiance en cet inconnu qui se fait connaître dans l’inconnu de la crèche.

 

 

Noël, Dieu se dit comme signe de contradiction

Bon, lumineux et joyeux Noël

Seigneur, tu as fait resplendir cette nuit très sainte
des clartés de la vraie lumière;
De grâce, accorde-nous
qu’illuminés dès ici-bas par la révélation de ce mystère,
nous goûtions dans le ciel la plénitude de sa joie.
Par Jésus Christ.
Liturgie catholiques de la veillée de Noël

Que cette nuit où nous faisons mémoire de la venue du Sauveur des Hommes en notre monde, nous aide à prendre pleinement part à la construction d’un monde où ce qui peut nous sembler inutile devienne essentiel.
Bon, lumineux et joyeux Noël

A Noël, Dieu fait de nous ses enfants

La nuit de Noël, nous nous souviendrons, avec respect de la venue du fils de Dieu en notre humanité. La nativité doit nous conforter dans notre foi et dans notre action auprès de ceux qui nous sont confiés. Aussi aride que puisse être ce chemin à la suite du Christ, ne perdons jamais cette Espérance, cette étoile qui jaillit au cœur de cette nuit de Noël.

Dieu choisit, par l’incarnation de son fils, de faire définitivement alliance avec nous, en partageant pleinement notre humanité, Dès ce moment-là, Dieu vient nous dire, d’une manière particulière, qu’il compte sur nous, que nous sommes ceux en qui « il a mis tout son amour ». Si nous en doutons, relisons l’Evangile. Il ne nous abandonne pas après la mort du Christ, il le ressuscite et nous donne l’Esprit pour continuer la route. Ce chemin d’annonce au prochain, par un savoir-être au quotidien, de l’incommensurable amour de Dieu.

Noël est le début de cette nouvelle alliance avec Dieu que nul ne peut détruire. Peu importe ce que les autres peuvent penser de nous, peu importe notre fragilité, ce qui est essentiel c’est cet Amour inconditionnel du Père pour chacun de nous, ce même amour qu’il a pour son fils. A Noël, nous devenons, à notre tour, enfant de Dieu, « co-héritier du Christ ».

Que cette fête de Noël nous aide à affermir davantage notre foi, nous renouvelle dans l’Espérance et dynamise notre charité.